Les conservateurs de Stephen Harper ont été reconduits au pouvoir à l’issue des élections législatives au Canada mais sans la majorité escomptée, une victoire en demi-teinte qui apparaît aussi comme un pari perdu pour le Premier ministre.
Montréal - En cette période de grande incertitude économique, Stephen Harper est parvenu à convaincre les électeurs qu’il était le plus apte à diriger le pays, mais ces derniers lui ont refusé la majorité qu’il convoitait, l’obligeant à nouveau à composer avec l’opposition. Selon les résultats officiels quasi-définitifs publiés hier, les conservateurs remportent 143 des 308 circonscriptions, un score supérieur aux 127 sièges qu’ils avaient dans la chambre sortante, mais insuffisant pour atteindre la majorité. La presse canadienne faisait hier une lecture sévère de cette courte victoire conservatrice, en soulignant que si M. Harper avait convoqué ces élections, c’était bien pour obtenir une majorité.
M. Harper, qui dirigeait un gouvernement minoritaire depuis le début 2006, avait provoqué ces législatives anticipées il y a cinq semaines en invoquant le fait que l’opposition paralysait le Parlement. Les sondages lui prédisaient alors une victoire haut la main face au parti libéral de Stéphane Dion. "Le fait que M. Harper doit se contenter d’un autre gouvernement minoritaire - même plus fort - ne peut être vu que comme une défaite personnelle", estimait dans un éditorial le quotidien de référence « The Globe and Mail ». "C’est une victoire en demi-teinte, une demi-victoire", a estimé pour sa part François-Pierre Gingras, politologue de l’université d’Ottawa. M. Harper a lui-même reconnu que la "portée" de sa victoire n’était "pas aussi grande" qu’il l’aurait espéré et il a dit souhaiter pouvoir s’entendre avec l’opposition pour gouverner, au moment où l’économie canadienne, rattrapée par la crise financière américaine, connaît un coup de frein sérieux. La cuisante défaite subie par le parti libéral de Stéphane Dion, qui se retrouve avec 76 députés alors qu’il en avait 95 dans la précédente législature, devrait toutefois permettre à M. Harper de gouverner le pays sans être trop inquiété par l’opposition dans les prochains mois. M. Dion, dont la carrière risque d’être compromise, a offert sa "pleine collaboration" au Premier ministre "en ces temps économiques difficiles".
Le chef libéral, qui dirige son parti depuis fin 2006, a indiqué qu’il n’avait pas l’intention de céder sa place, mais son parti ne manque pas de candidats à sa succession... Le parti libéral a subi la concurrence de trois autres partis, qui occupent avec lui le centre-gauche ou la gauche : le Nouveau parti démocratique (Npd, gauche), le parti Vert et le Bloc québécois (indépendantiste), qui ne fait élire des députés qu’au Québec...
AFP |