Lorsqu’on est devant Wasis Diop, on ne parle pas uniquement de musique. Cet artiste aux multiples facettes s’exprime comme un philosophe, comme un conteur africain qui assène ses vérités et ses convictions. Lundi dernier, il nous a fait l’honneur de venir dans les locaux du quotidien « le Soleil », en fin de matinée, pour répondre aux questions des journalistes de la rédaction. Ce monstre sacré de la musique africaine a spontanément accepté cette invitation lorsque nous lui avons fait la proposition le vendredi 10 octobre dernier, juste après son mémorable concert à l’Institut français Léopold Sédar Senghor de Dakar. Malgré son court séjour au Sénégal et son calendrier si chargé (quatre spectacles en deux jours et le tournage d’un clip), il a tenu parole.
Avec simplicité et modestie, Wasis Diop s’est prêté au jeu des questions-réponses des journalistes du « Soleil ». Il faut dire qu’entre lui et le premier quotidien national sénégalais, il existe une vieille histoire. Lorsque nous l’avions rencontré en 1992 aux Journées cinématographiques de Carthage, alors que venait de sortir le long-métrage « Hyènes » de son frère aîné Mambéty et la bande originale du film qu’il avait lui-même signée, Wasis nous avait fait cette révélation : « J’ai fait mon premier stage de photographie au journal « le Soleil » dans les années 1970 ».
En 1992, il était presque un illustre inconnu, mais la richesse musicale de son disque dans lequel il avait invité la diva Yandé Codou Sène, préfigurait déjà l’immense succès qui est le sien aujourd’hui.
Après la BO de « Hyènes », il a tour à tour sorti « No Sant » (C’est quoi ton non) en 1995, « Toxu » (L’exil) en 1998 et, tout récemment, « Judu Bek » (La joie de vivre) en 2008. Quatre albums en seize ans, soit une moyenne d’un disque tous les quatre ans. Mais quels albums !
Ce musicien à l’air débonnaire, au rire facile et qui ne semble pas se prendre au sérieux, a parlé avec nous de tout et de rien lundi dernier. C’était pas une interview classique, mais une conversation amicale, un dialogue fécond. Il a évoqué ses débuts dans la musique avec le West african cosmos (aux côtés du chanteur Umban Ukset, du pianiste Loy Alain Erlich, du percussionniste Madiama Fall, entre autre), de ses liens si particuliers avec son frère cinéaste Djibril Diop Mambéty, de sa vision du monde, de la tournure prise par sa carrière et de plein d’autres choses qui lui tiennent à cœur.
La rencontre de lundi dernier avec Wasis Diop était conviviale, chaleureuse, riche en enseignements et bourrée d’anecdotes.
Pendant près de deux heures, ce passeur de rythmes, de mélodies et de vérités philosophiques a évoqué pour nous et pour les lecteurs du « Soleil », sa vie marquée par la spiritualité, l’exil et les souvenirs d’une enfance passée à Colobane, ce quartier dakarois qu’il évoque avec nostalgie.
Par Modou Mamoune FAYE |