Pour beaucoup de Sénégalais, la Goana a été accueillie d’abord comme une idée. Une idée lumineuse sans doute pour les perspectives qu’elle offre mais une idée seulement, proclamée solennellement le 18 avril dernier, comme une nécessité devenue absolue en raison de la crise profonde que traverse l’humanité. Le président Abdoulaye Wade en a fait son affaire et le peuple sénégalais a suivi. Plus qu’un pari, la Goana s’est imposée comme un défi, comme une insoutenable gageure. Et ça l’a été.
Il y a si longtemps que le Sénégal devrait sortir de la tyrannie du riz importé et que le silence, observé par les gouvernements successifs, face à cette urgence et à cette nécessité, nous était apparu, non comme une incompétence, mais comme un suicide.
Quelle signification devrait avoir la réalisation de l’Organisation de mise en valeur du Fleuve Sénégal avec les 97 mille hectares de terre irriguée en toute saison si ce n’est produire du riz, du maïs, du mil, du manioc et autres produits maraîchers si recherchés par l’Europe, pour nous nourrir d’abord et sortir de la pauvreté ?
L’idée du président Abdoulaye Wade, qui va conduire le Sénégal à l’abondance n’est donc pas si nouvelle, ni magistrale, mais plus que cela, elle a été audacieuse et patriotique. C’est le mot d’ordre politique qui avait manqué jusque-là, ce haut sentiment de sacrifice absolu, ce don de soi pour les autres qu’on appelle patriotisme.
C’était le sésame et le Sénégal a suivi. Car le patriotisme n’est pas le sentiment le moins bien partagé. Il sommeille au cœur des hommes. Celui d’entre eux qui, non content de le sentir mais l’aura suscité, provoqué son réveil et sa mise en œuvre au moment qu’il faut, cet homme-là, ce chef exceptionnel, est un héros.
C’est peut-être en temps de guerre que les héros s’imposent. Le danger mortel est là et cela suscite une réaction qui ne peut être qu’immédiate. Mais en temps de paix, quand la peur n’est encore qu’une lointaine menace, que la faim est là sans doute mais n’est pas encore mortelle, l’aide internationale, la charité des riches et quelque part notre fameux « até yalla » ne nous ont pas encore quittés et abandonnés, le patriotisme politique et l’héroïsme deviennent des attitudes exceptionnelles et ceux qui les ressentent ne sont pas légion. Ils caractérisent le chef.
En cela donc, le président Abdoulaye Wade, avec la Goana, s’est révélé à son peuple sénégalais et au reste du monde. Et Dieu a suivi. Car la pluie ne se décrète pas sous nos cieux si peu cléments en eau. Cela veut dire que l’année prochaine peut ne pas être aussi fastueuse que cette année en récolte de tout genre. Mais cela veut dire surtout que la grande difficulté qui nous attend, celle de l’eau, est toujours là. Mais l’exemple du président Abdoulaye Wade, l’espoir né dans nos cœurs en raison de ses audaces intellectuelles, techniques et scientifiques, peut et doit nous permettre de vaincre la pénurie de l’eau, la sécheresse, le spectacle désolant de nos plaines asséchées et de nos cultures foudroyées dans leur épanouissement par la rareté des pluies, par la sécheresse.
Le « goutte-à-goutte » mis à l’honneur par nos amis israéliens, les pluies artificielles qui ont fait le progrès de l’agriculture marocaine, les forages, si éloignée que puisse être l’eau des puits, les bassins de rétention sont une panoplie de techniques que nos intelligences peuvent développer et mettre en œuvre pour faire face aux aléas d’une nature qui a choisi d’être inclémente pour nous, mais qui par ailleurs nous a dotés du patriotisme, du courage et de l’intelligence que suscitent le mise en œuvre de telles techniques.
Notre jeunesse suivra et désertera les routes d’une Europe qui n’a besoin que de nos élites et nous l’a fait savoir.
Alors à nos postes ! Aux enseignants, qui, sans perdre de vue leurs intérêts, doivent aussi penser à ceux, plus immédiats, des âmes fragiles qu’on leur a confiées, aux hauts fonctionnaires et responsables de la bonne conduite des affaires de l’Etat dont on attend autre chose que la corruption et les prévarications, à nos hommes politiques, enfin, dont on attend de la vertu, de la compétence, de l’audace et du patriotisme à l’image du président Abdoulaye Wade, le modèle.
Bara DIOUF |