Aujourd’hui à Washington, les pays du G-20, comprenant ceux du G-7 et les économies émergentes, seront en conclave pour tenter de trouver une solution à la crise financière mondiale qui depuis la mi-septembre affole les Bourses et touche maintenant l’économie réelle.
Les différents plans de sauvetage annoncés aux Usa (700 milliards de dollars), en Europe (plus de 1.700 milliards d’euros) et récemment en Chine (585 milliards de dollars) après un début d’euphorie, n’ont toujours pas mis en confiance les investisseurs et toutes ces mesures se sont révélées comme des digues dressées à la va-vite face à une vague géante. La crise étant systémique, il faut revoir le modèle d’Adan Smith porté aux nues depuis les années Thatcher et Reagan et qui soutenait que le marché peut s’autoréguler sans l’intervention de l’Etat.
Aujourd’hui, il est apparu que ce modèle, dans son aspect ultra libéral, a montré ses limites pour apporter à la crise financière une réponse adéquate et que l’Etat doit intervenir pour sauver le système financier et des entreprises au bord de l’abîme. Il s’agit donc là d’un démenti a posteriori des thèses des institutions financières internationales comme le Fmi et la Banque mondiale qui, pendant près de 30 ans, ont poussé les pays du Tiers-Monde à des privatisations tous azimuts, au mépris de la nécessaire présence de l’Etat dans le système et qu’elles reconnaissent maintenant en battant leur coulpe.
Depuis longtemps, les grandes places financières mondiales étaient devenues de gigantesques casinos où des traders tout puissants (exemple l’affaire Jérôme Kerviel qui a coûté 5 milliards d’euros à la Société générale) spéculaient sur l’économie mondiale, en s’amusant à anticiper la baisse ou la hausse des actions des sociétés ou des cours des matières premières.
Finalement, il s’était développé une économie fictive qui n’avait plus grande prise sur le réel. De gigantesques sommes -jusqu’à 10.000 milliards de dollars par jour- circulaient, créant des milliardaires et des faillis ou se perdaient dans les méandres des paradis fiscaux. Ce capitalisme de spéculation que dénonçait le président français Nicolas Sarkozy au début de la crise, par son manque d’éthique et de règles claires, doit maintenant être impérativement régulé, malgré quelques réticences des puristes du modèle libéral. En effet, il est surprenant qu’à partir de l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis avec la crise des subprimes, ces crédits hypothécaires à taux variables accordés aux familles pauvres pour l’accès à la propriété immobilière, que l’ensemble de la planète finance soit menacée de dislocation. Un battement d’ailes d’un papillon peut causer un cyclone à l’autre bout du monde, disent les météorologues ; pour montrer que tout est lié. Et c’est ce qui s’est produit dans le monde globalisé de la finance où la titrisation de ces créances toxiques a affecté le résultat des grandes banques du monde.
Au fil des jours, l’ampleur du désastre se dévoile et les départs de feu sont si nombreux que les gouvernements ne cherchent plus qu’à parer au plus pressé. Entre les faillites retentissantes (Lehman Brothers), les entreprises secourues d’urgence (Aig, Fanny Mae, Freddie Mac, Hypo Real State ...) et celles qui sont près de mettre la clé sous la porte (General Motors), on se pose des questions sur le mode de gestion de ces entreprises naguère considérées comme des rocs du capitalisme et qui se révèlent d’une friabilité étonnante face à la crise.
D’après les analystes, on s’achemine vers une période sombre et une bonne partie des économies développées va entrer en récession c’est-à-dire une croissance négative et avec tout ce que cela implique.
Pour faire face au « monstre », en dehors de l’Afrique (dont les ministres des Finances se sont réunis le 12 de ce mois à Tunis), toutes les autres parties du monde se sont concertées pour coordonner leurs positions et concocter les réponses à exposer lors du sommet de Washington.
Le ministre sud-africain de l’Economie a déclaré qu’il sera le porte-parole de ses pairs africains au sommet, mais il est déplorable que l’Afrique, même si elle ne met pas la main à la poche pour lutter contre la crise, ne puisse pas dire son mot sur la nécessaire réforme des institutions de Bretton Woods, qui ont modelé les économies du continent depuis la fin des années 70.
Entre des Américains hésitants et des Européens déterminés à réguler la finance mondiale, le sommet de Washington, on l’espère, dépassera ces petites contradictions face à l’ampleur de la crise. De toute façon, l’unanimité est presque totale sur la nécessité de limiter les salaires des banquiers, de rendre les produits financiers transparents, de réformer les agences de notation ou de refuser les paris sur la baisse probable d’une action. La question des paradis fiscaux, qui vampirisent une bonne partie de l’épargne mondiale surtout dans les pays pauvres, ne devra pas également être négligée.
Quant au Fmi à qui l’on reproche de ne s’être pas suffisamment impliqué pour réguler la finance mondiale et de ne pas contrôler les marchés financiers, beaucoup de gens doutent qu’il fasse l’objet d’une véritable réforme face aux réticences des Etats-Unis. Pourtant la réforme du Fmi (et de la Banque mondiale) paraît nécessaire car le monde d’après-guerre qui a vu naître ces institutions n’est plus celui d’aujourd’hui. Beaucoup de pays étroits s’y sentent à l’étroit car leurs droits de vote ne correspondent plus à leur poids économique actuel. Nul doute qu’ils conditionneront leur soutien financier à la satisfaction de cette revendication.
D’ailleurs, en cas de refus, il est fort probable que de plus en plus de pays émergents pourraient quitter ces institutions pour former dans leur zone géographique des banques en remplacement du Fmi. Sans être exhaustif quant aux griefs faits au Fmi, il faut signaler aussi la lourdeur de ses procédures pour décaisser les fonds prêtés aux pays. Un allégement dans ce sens est vivement souhaité.
Par Ibrahima MBODJ |