Dans le but de décentraliser le théâtre africain et le faire découvrir à divers publics, une caravane est initiée par des comédiens du cru. La compagnie « Les Gueules Tapées » a débuté son périple à Rufisque par une représentation du « Clan du destin ».
Cascades d’une mer en furie, des vagues qui se déversent rageusement sur la plage et des sirènes des gardes côtes qu’on imagine espagnols, qui se mettent à traquer des candidats à l’émigration clandestine. Le tout sur un décor séparé en deux mondes (l’Occident et l’Afrique) par une barrière.
La représentation théâtrale vendredi dernier, à Rufisque, de la pièce « Le Clan du destin » ou « Mbëk mi », par la compagnie « Les Gueules Tapées » n’a rien laissé pour plonger le public dans l’univers des émigrants clandestins. Deux d’entre eux, « rescapés du désert » pourtant, forment à nouveau un autre projet d’aventure. En mer cette fois-ci. Mais, pensent-ils, leur dessein ne peut aboutir sans la présence d’un passeur. Celui-ci leur indique la voie à suivre. En chemin, le trio croise un prêtre qui les dissuade de retourner au pays pour s’engager dans les combats contre la désertification, contre les enfants de la rue et sur d’autres luttes citoyennes. Mais leur obsession de l’Occident les conduit à faire fi de ces conseils. A la place de l’Eldorado tant rêvé, ils font face à la déception, aux scènes de folie, à la mort et l’imploration d’un Dieu qui semble ne pas les entendre. Avec brio et professionnalisme, les comédiens Ibrahima Mbaye Sopé, Roger Sambou, Matar Diouf, Anne Marie Dolivera et Ousseynou Bissichi ont réussi à mettre le doigt sur ce phénomène des temps modernes. Mettant parfois le public au contact de cette réalité. Mise en scène par Macodou Mbengue, cette pièce entre dans le cadre de la « Caravane des réalités » entreprise par différentes compagnies théâtrales d’Afrique. Devant sillonner sept villes du Sénégal et du Mali, la compagnie « Les Gueules Tapées » a débuté son périple africain à Rufisque. Participent à cette caravane, les compagnies « La voix du caméléon » et « Un pas de côté », ainsi que d’autres participants qui doivent quitter le Burkina pour rallier Bamako.
De l’avis de Macodou Mbengue, cette initiative vient du fait que les films africains ne sont pas vus en général par les Africains. Mais aussi, du constat fait sur le monopole des centres culturels français par où passent la plupart des spectacles africains. Ainsi, cette « Caravane des réalités » va permettre, selon M. Mbengue, de décentraliser le film africain. Pour ce faire, un réseau est en train d’être formé entre les acteurs du théâtre africain. Ce projet englobera à terme l’Afrique de l’Ouest, du Centre et du Nord.
MAGUETTE NDONG |