Mercure bas oblige. Rares sont les Sénégalais qui osent mettre le nez dehors. Ils s’imposent, pour la plupart, des changements dans leur port vestimentaire. Les chandails et les vestes reviennent en force dans l’attirail vestimentaire, au même titre que les lotions protectrices pour le corps et les lèvres, surtout pour les femmes.
Comme l’avait annoncé il y a quelques jours le chef de la prévision de l’Agence nationale de la Météorologie du Sénégal, Abdoulaye Sarr, l’anticyclone des Açores, qui bloquait l’air frais, qui devait venir d’Europe, s’est complètement affaibli. Ceci a facilité l’arrivée de l’air frais dans notre zone. En effet, depuis quelque temps, on note sur l’ensemble du territoire sénégalais un grand retour de la fraîcheur. Devant un tel changement climatique, des précautions s’opèrent, notamment au niveau de l’accoutrement. Les pulls, les vestes, les écharpes et autres vêtements chauds reviennent à la rescousse. Tandis que les tenues légères sont zappées. Les lotions protectrices sont également prisées en cette période de fraîcheur chez les femmes, pour mieux se protéger et éviter les gerçures et craquelures de la peau. 18 heures dans les rues du quartier populeux de Grand-Yoff. D’habitude, ce quartier était bondé de monde dehors à pareille heure. On ne voit plus le décor d’habitants en train de vaquer à des occupations ou assis devant le portail des maisons. Avec le temps qu’il fait ces jours-ci, les rues ne connaissent plus cette affluence d’antan. En effet, les habitants désertent très tôt les rues pour s’abriter dans les maisons. Mieux, ils se blottissent dans les chambres. Toutefois, nous avons pu croiser quelques-uns qui se hasardent à mettre le nez dehors. Mansour Sané, technicien en Informatique, est habillé en costume cravate. Vous direz à cause de sa fonction, mais selon ses propos, le changement de climat l’oblige à se vêtir de la sorte. « D’habitude, je m’habillais en pantalon Jean et tee-shirt ou chemise manche courte, mais depuis quelque temps, le froid gagne du terrain fortement, surtout le matin de bonne heure. C’est pour contrecarrer le froid que j’ai fais sortir mes costumes longtemps enfouis dans mes placards », confie-t-il. S’il s’agit de faire sortir ou d’acheter des vêtements chauds (pulls, chandails, vestes, écharpe et autres... », ce technicien n’est pas le seul. Coumba et Fatoumata, deux élèves du collège privé « Keur Rokhaya » croisées aux abords du marché Sandaga embouchent la même trompette. « Cette semaine, j’ai fait sortir mes pulls pour les faire laver car ils sentaient le moisi », avoue Coumba. Par contre, Fatoumata est venue acheter des habits lourds au marché Sandaga, soutenant qu’elle ne supporte plus le froid. « Je n’en peux plus. D’habitude, je ne suis pas frileuse. Je supportais facilement le froid. Mais cette année, j’avoue, en toute sincérité, que je n’en peux plus. Le froid est tellement fort que je suis obligée de changer ma garde-robe en me procurant des vêtements chauds, chaussettes et foulards pour mieux me protéger », explique-t-elle. Toutefois, elle déplore la cherté des prix des pulls qui, selon Fatoumata, varient entre 4.000 et 5.000 francs Cfa. Cette période de fraicheur fait l’affaire de nombreux commerçants. Notamment ceux qui vendent des chaussettes, des écharpes, etc. L’aveu est même du commerçant Iba Dia, établi au marché Sandaga. Il rend grâce à Dieu car son commerce des pulls et vestes marche. « Au début du mois de décembre, j’avais commandé un lot important de pulls. Il est presque épuisé. Il ne me reste qu’un seul pull », dit-il tout en pointant du doigt un pull en couleur jaune accroché à une ceinturière. « Quant aux vestes, j’avoue que je viens d’empocher 150.000 francs Cfa pour six ensembles vendus à 25.000 francs Cfa l’unité. Pour vous dire combien la vente d’habits chauds marche en cette période de fraîcheur ».
Temps béni pour commerçants
Aliou Diop se frotte les mains, lui aussi. Les pulls sont même en manque à son niveau, dit-il. « La demande est tellement forte, aussi bien du côté des jeunes filles que des hommes, mais l’offre ne suit pas », nous indique-t-il. Cette rupture de stock s’explique, d’après ce jeune commerçant, par le fait que les livreurs de pulls ont cru qu’il n’allait pas faire aussi froid. Par crainte de voir leurs fringues invendues et stockés dans les magasins, ils ont préféré ne pas faire de commandes suffisantes. En plus des vêtements chauds, les lotions protectrices contre la gerçuredes peaux et des lèvres et l’encens constituent autant de moyens pour combattre la baisse du mercure.
En effet, les hommes et les femmes utilisent ces lotions pour éviter les gerçures et craquelures de la peau, souvent localisées au niveau des plantes des pieds et des lèvres. « Je suis quelqu’un de très fragile. Pendant le froid, ma peau, mon corps et mes lèvres ne cessent de craqueler. Je suis donc obligé d’acheter des produits pharmaceutiques pour les protéger », confie Mamadi Camara, croisé aux abords d’une pharmacie dakaroise. Même son de cloche chez la jeune Miss Fall. Seulement, avec elle, c’est plutôt une question de feeling d’abord. D’après ses affirmations, elle aime prendre soin de son corps, surtout avec la rigueur du froid. « Car, ce sont les atouts majeurs pour une femme de prendre soin d’elle, surtout quand elle est à la recherche d’un partenaire », dit-elle.
Pieds et lèvres, souci des hommes
Ces aveux ne sont pas démentis par les vendeuses de pharmacie. Mme Mariétou Sow Diémé de l’officine « Conseil » à la cité Scat-Urbam soutient que ces temps-ci, la demande en crème pour peau a augmenté. « Les femmes et les jeunes filles, plus enclines à soigner leur paraître, viennent acheter des lotions et des tubes pour se protéger les lèvres. Quant aux hommes, Mme Diémé indique qu’ils se soucient plus de la gerçure des lèvres et des plantes des pieds. D’où leur ruée sur les baumes à bon prix comme le célèbre « Mentholatum ». Les baumes relativement chers appelés communément « lipolèvres » n’attirent pas les hommes. A la pharmacie « Guigon » au centre-ville, la tendance est tout autre. D’après, la vendeuse Hélène Sané, les « lipos » se vendent plus que les crèmes, laits et huiles protecteurs. « Nous avons constaté que la ientèle des années précédentes est plus importante que celle de cette année, alors qu’il fait plus froid cette fois-ci », indique Hélène. C’est peut-être en raison de la conjoncture difficile, pense-t-elle. En effet, les prix de ces produits variant entre 7.000 et 15.000 francs Cfa, certains comme Kémo Sambou préfèrent utiliser à la place le beurre de karité jugé meilleur. Il confie en toute franchise qu’il a recours au karité, même contre la gerçure de ses lèvres. Pour compléter la panoplie, les Sénégalaises déploient aussi les grosses couvertures. Avec la baisse des températures, les couchettes bien douillettes ornent la couche de beaucoup de couple. D’après Emmanuel, une jeune marié, qui n’est d’ailleurs pas le seul à raisonner ainsi, « ces couvertures nous permettent de bien nous tenir au chaud. La sensation qu’elles nous procurent est sans pareil, surtout quand c’est agrémenté d’odeurs d’aromates provenant des encensoirs », argue-t-il. En effet, l’encens est une autre arme précieuse de lutte contre le froid qui sévit ces jours ci sous nos tropiques. Les vendeuses de ce produit font de bons chiffres d’affaire. « J’avais l’habitude d’utiliser le « thiouray » (encens) mais avec le froid, j’ai doublé ma commande car je suis obligée d’en allumer tous les jours et à n’importe quelle heure afin de maintenir ma maison au chaud », nous confie une femme aux allures de « drianké » (grande dame), affublée d’un boubou en bazin croisée au marché Sandaga.
Maguette GUEYE |