Ici, un mot sur Senghor, Birago, Aminata Sow Fall, Mariama Bâ, Boubacar Boris Diop, Cheikh Hamidou Kane, Cheikh Aliou Ndao, David Diop. Là, des échanges avec Seydi Sow, Elie-Charles Moreau, Nafissatou Dia Diouf, Alioune Badara Bèye, Mbaye Gana Kébé ou les conteurs Massamba Guèye et Babacar Ndakk Mbaye. Les lettres sénégalaises ont été à l’honneur de la quinzième édition du Salon international de l’Edition et du Livre (Siel) de Casablanca. Passés les bons mots du protocole, un tour d’horizon en ombres et lumières.
Le Sénégal invité d’honneur. Un souffle de chaleur sur Casablanca, ville blanche sous un temps glacial. Le Prince Moulay Rachid passe dans quelques minutes pour l’inauguration du quinzième Salon international de l’Edition et du Livre (Siel) de Casablanca. Ce jeudi 15 février est le jour tant attendu. La sécurité examine le site au détail près. Même pas un fil qui déborde de la moquette rouge de solennité. Dans la fièvre des ultimes instants avant le grand saut au cœur d’une quinzaine des belles lettres, l’image a quelque chose de révolutionnaire. « Doomi Golo », « le petit de la guenon », trône sur l’étagère. Dans le stand Sénégal, Seydou Nourou Ndiaye, le patron des Editions Papyrus, tient son trophée d’excellence. Après avoir publié « Les temps de Tamango », « les Tambours de la Mémoire », « Les traces de la Meute », « Le cavalier et son ombre », « Murambi, le livre des ossements », le romancier Boubacar Boris Diop s’est lancé le pari « fou » de publier dans sa langue maternelle, le wolof. C’est une des originalités de ce Siel. C’est seulement après ce challenge que l’intellectuel, qui a en outre co-signé l’essai « Négrophobie », écrit « L’Afrique, au-delà du miroir » puis un sixième roman « Kaveena », se tourne vers le public francophone pour leur traduire les mots de sa propre identité culturelle et linguistique. A côté de « Doomi Golo », des textes remarquables de Aboubacry Moussa Lam entre autres. Le journal bilingue (wolof-pulaar) fait la part belle à un autre monument des lettres sénégalaises et non moins défenseur des langues locales dans leurs expressions les plus savoureuses, Ousmane Sembène. Seydou Nourou se satisfait de sa présence « au royaume des livres » (thème de cette édition) avec ses langues. Le défi de la visibilité est relevé, selon lui. Il organise sa résistance à une pensée unique qui ne promeut que les langues héritées de l’histoire de la colonisation par un « étrange matin », comme dirait l’écrivain Cheikh Hamidou Kane.
Plus loin, le ministre Mame Birame Diouf, aux côtés du Directeur du Livre et de la Lecture, Abou Mow, s’affaire entre les stands des éditeurs sénégalais : Seydou Sow pour les Nouvelles éditions africaines du Sénégal (Neas), Elie-Charles Moreau du ‘’Nègre International’’, Oulimata Thione de ‘’Oxyzone’’, Maryama Kanté de la ‘’Bibliothèque Lecture et Développement’’, Aïssatou Diop de ‘’Maguilen’’ et Pape Mafallé Guèye des ‘’Editions des Ecoles nouvelles africaines’’.
La littérature générale, le scolaire et les enfants y trouvent leur prose et leur poésie. Le Prince passe. Moment de fête pour les rigueurs protocolaires et les mots d’usage. Il est officiellement invité au troisième Festival mondial des Arts nègres (Fesman III) en présence du Coordinateur, Alioune Badara Bèye.
Dès cette parenthèse fermée, les bons mots sur l’honneur fait au Sénégal. Parole au ministre : « N’oubliez pas qu’à un moment, le Sénégal et le Maroc avaient une frontière commune. Les Almoravides ont favorisé le dialogue interculturel et le brassage. Cela a été entretenu et amplifié par les différents responsables au sommet de l’Etat dans les deux pays. La coopération se porte à son paroxysme avec cet honneur fait au Sénégal dans la plus grande manifestation culturelle du Maroc. Je suis persuadé qu’à la fin de ce Siel, le Sénégal saura engranger tous les bénéfices pour que les échanges soient beaucoup plus fructueux ». Quelques mots sur le livre. Sur les interrogations. « Depuis les indépendances, dit M. Diouf, le Sénégal s’est efforcé de définir une politique culturelle. Le livre a une importance considérable. Senghor était écrivain. Il avait privilégié le livre en consacrant aux NEA une subvention. Les effets ont continué. Aujourd’hui, il y a les grandes ambitions du président Wade pour l’édition avec, notamment, un fonds de dotation de 500 millions. Les budgets ont subi les contrecoups de la crise, mais cela se fera. » Il poursuit : « Il Sénégal regorge de talents et une multitude de manuscrits seront mis en valeur. Nous sommes en train de voir comment appuyer les maisons d’édition et les rapprocher des écrivains. » Le projet de maison d’édition panafricaine est plus que jamais d’actualité. « L’Afrique a besoin de produire mais aussi de diffuser.
Il faut que nous prenions en charge la diffusion et que nous réduisions les coûts de production. Le livre doit être compétitif pour que, quand on l’achète, on ne se prive pas d’autres obligations », explique le ministre de la Culture.
Un reportage à Casablanca de Habib Demba FALL |