Avec les efforts consentis pour améliorer les emballages, les produits sénégalais restent confrontés à l’écueil de l’acceptation et de la pénétration des marchés. En face, les vieilles traditions, les crus et les domaines contrôlés ont la part belle, alors que le Sénégal célèbre sa journée ce mercredi.
Dans l’immensité du parc des expositions abritant le Sia 2009, au-delà du Hall 4 où les visiteurs sont excités rien que pour apercevoir les animaux -remarquables certes-, le Pavillon 7 est l’un des plus courus, étant le fief des grandes traditions françaises. La curiosité et, peut-être, l’instinct grégaire y conduisent le visiteur derrière les foules qui se pressent aux comptoirs des crus qui meublent les bonnes tables. Tous les noms de régions retenus en cours de géographie du secondaire défilent alors dans un ballet savamment orchestré pour donner une vision exhaustive de la diversité des produits de terroirs, les appellations contrôlées et les millésimes rivalisant d’ingéniosité pour séduire. Le pays profond des vins est déjà tout un monde entre Bourgogne, Franche Comté, Languedoc-Roussillon, Limousin, etc.
Ici, la modernité n’a guère réussi à estomper les régionalismes qui sont même devenus des arguments de marketing. Cette immersion offre une bonne mesure, comme le disent les exposants sénégalais, pour évaluer le chemin qui reste à parcourir. Opportune aussi, puisque le Pavillon Sénégal installé dans le Hall 3 contigu a reçu la visite du Secrétaire général de la Semaris du fameux marché de Rungis, M. Francis Lefèvre. Accueilli par Mme Traoré Sagar Diouf, il s’est longuement penché sur les fruits et légumes transformés. Une opportunité qu’ont saisie la Dg d’Asepex entourée de ses collaborateurs, ainsi que les transformatrices de l’association « Doleel Jigeen » de Rufisque, Mariama Mbodji, la présidente de la Fédération des professionnels de l’agroalimentaire et propriétaire de la marque Maria, le Gie Oumou Mountaga Tall et les délices de la mer. Les emballages ont été nettement améliorés cette année. Pour autant, la question des normes sanitaires et de qualité posée, M. Lefèvre n’a pas manqué de recommander à tous de se promener dans le salon pour se comparer, mais surtout, en matière de production, de privilégier la consommation locale qui est le premier facteur de développement. Pourtant, les transformatrices, qui ont bien mesuré la portée des efforts consentis, lancent un ultime appel pour le soutien accru des autorités.
Selon Mariama Mbodji Diouf, qui a fait plus de 5 éditions, « il y a toujours eu quelques contacts noués, mais très peu de commandes émanant d’Europe », alors que le marché américain s’est presque ouvert de lui-même grâce à l’entremise des African Markets. La pénétration des marchés européens reste à faire, selon cette dame qui fait dans toute la gamme de produits des terroirs. C’est pourquoi Mme Diouf estime qu’il faut des boutiques qui se chargent de faire découvrir les produits. A défaut, seuls les connaisseurs comme E. Coly viendront encore, annuellement, rechercher ces produits qui leur manquent. Et la 1ère question de nombre de visiteurs reste : « où les trouver en dehors du salon ? ». L’association féminine « Doleel Jigeen » qui a bénéficié du partenariat des villes de Rufisque et Nantes est, elle, confrontée au manque de contact avec les structures comme l’Asepex.
Avec 180 Gpf regroupées derrière Mmes Touré et Diène, elles en appellent à davantage de partenariat avec les collectivités décentralisées et, pour les sortir de l’informel, à la création d’une unité de production et de transformation qui mutualise leurs efforts. Nonobstant ces difficultés de pénétration des produits locaux dans les tables européennes, le salon se poursuit avec les rencontres de haut niveau, dont la visite du ministre malien dont le stand fêtait sa journée, d’une délégation marocaine et du président Daniel Perrin, d’Adepta, une compagnie bien connue du Siagro et qui a été invitée par Amath Sall à la Fiara, prévue à Dakar en avril. N’a-t-il pas fallu des décades, voire des siècles pour que le ginseng que vante la Coréenne Hwang Mi Ae à proximité du carré sénégalais fasse le tour du monde et s’invite aux rayons des thés prisés ? Le bissap, le bouye, le ditakh et le tamarin cherchent encore leur voie et seront en vedette ce mercredi, journée du Sénégal à Paris.
Fara SAMBE (Envoyé spécial) |