DEUX DIMENSIONS IRREMPLAçABLES DANS LE COMBAT POUR LA RENAISSANCE AFRICAINE ET LES ETAT-UNIS D’AFRIQUE - THEME DU IIIEME FESMAN
Par le Professeur Iba Der THIAM
On dit, souvent, que notre monde bouge. C’est, certes vrai. On y ajoute presque toujours que tout change sous nos yeux. Je ne le crois pas. Change-t-il, véritablement et suffisamment, par exemple par rapport à la vision qu’il a de l’homme noir, de son passé et de sa destinée présente et future ? Je ne le pense pas.
A la vérité, qu’il soit d’Afrique ou de la Diaspora, le Noir continue d’être traité, avec condescendance et quelquefois même, avec mépris.
Le simple fait que l’on veuille imposer à notre Continent, des accords dits de partenariat économique, qui hypothéqueraient, durablement, notre ambition à la prospérité et au bien-être matériel et moral ; la volonté de nous exclure (mise à part l’Afrique du Sud) de la réunion que le G 20 avait organisée à Washington et qu’on a reconvoquée, en Avril, à Londres, avec, seulement, le Président de la Commission de l’Union Africaine, celui ayant en charge le NEPAD et le Président de la BAD, en plus, pour réfléchir sur la crise économique en cours, réformer le système capitaliste actuel et reprofiler la gouvernance mondiale, à partir de paradigmes nouveaux ; la stratégie mise en place pour exclure du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, avec droit de veto, les 53 Etats africains, représentant un milliard d’habitants de la planète ; les campagnes de presse menées ici et là pour torpiller notre ambition de créer les Etats-Unis d’Afrique comme réponse de notre Continent aux défis de la mondialisation, ne constituent-t-ils pas des preuves établissant, de manière indubitable, que, pour beaucoup de pays du monde développé, nous demeurons, à leurs yeux, quantité négligeable, comme c’était le cas pendant l’ère coloniale ?
Cette situation ne doit plus durer. C’est à nous et à nous seuls, qu’il incombe d’y porter la hache.
Dans le combat pour inverser cette tendance, il est temps que chaque noir se persuade, que nous ne disposons pas d’armes plus efficaces et plus libératrices que le recours à notre histoire.
Tous les peuples conscients des enjeux de la cohabitation avec leurs pairs et de la compétition qui se mène à l’échelle mondiale, ont en effet, élevé leur Histoire au rang d’une mythologie nationale, pour armer moralement leurs citoyens.
Je ne prendrai qu’un seul exemple.
C’est M. Alain Gresch, dans un Article récent, publié par le Monde Diplomatique de Janvier 2009, qui rappelle, avec beaucoup de pertinence, en se fondant sur les travaux de John M. HOBSON, tout ce que le monde occidental doit à la civilisation orientale et que nombre d’entre-nous savaient déjà.
Il y signale en particulier, « qu’après l’an 500, l’Orient avait, déjà, connu son propre développement économique et qu’en l’An 900, le Proche-Orient et l’Afrique du Nord, musulmane, étaient le berceau de la civilisation, la région la plus avancée du monde », située au centre de l’économie mondiale, avec une croissance économique considérable, fondée sur « la paix, le commerce de longue distance, des marchands musulmans, qui n’étaient pas seulement des commerçants, mais des investisseurs capitalistes » avisés , le tout secondé par des institutions rationnelles, « une comptabilité à double entrée, la pratique des contrats légaux et des partenariats ayant pour soubassement, une pensée scientifique de développement constant depuis l’an 800 ».
Dans le même article, M. Gresch signale, en s’appuyant sur les mêmes sources, qu’au XIème siècle, la Chine des Song avait déjà amorcé sa révolution industrielle, en produisant 125000 tonnes de fer en 1078, alors qu’il a fallu attendre 1788, pour que la Grande- Bretagne en produise 76.000 tonnes.
Il ajoute, sans détours, que « l’Orient a contribué, de manière active et importante, à l’émergence de l’Occident, en inventant et exportant, en Europe, ses technologies, ses institutions, ses idées ».
Evoquant, ensuite, Marcel Détienne, il rappelle que, depuis Ernest LAVISSE, la France a décidé que son Histoire commencerait avec les Grecs, c’est-à-dire, « avec un peuple admirable, puisqu’il a inventé la liberté et la démocratie » et que la notion de Renaissance, si capitale dans l’Histoire de ce pays, n’a été, en effet, inventée qu’au XIXème Siècle et non, avant, par Michelet.
Il s’agit, donc, dans le cas qui nous concerne, de choix nets et précis, d’un acte conventionnel, délibéré, d’une décision politique et idéologique sur laquelle, on a articulé et bâti toute la mythologie historique nationale française, fondée sur la conception « d’une Europe exceptionnelle », « d’une généalogie directe entre l’Antiquité classique et l’Europe actuelle, en passant par la Renaissance ».
Marcelle Détienne, une fois ces précisions apportées, déclare vertement : « que l’Histoire de France commence avec les Grecs, voilà, écrivait Lavisse, dans ses Instructions, ce qu’il faut apprendre aux élèves des écoles secondaires et sans qu’ils s’en aperçoivent. Notre Histoire commence avec les Grecs, qui ont inventé la liberté et la démocratie et qui nous ont apporté le beau et le goût de l’Universel. Nous sommes les héritiers de la seule civilisation qui a offert au monde, l’expression parfaite et comme idéale de la liberté ». Voilà pourquoi, notre Histoire doit commencer avec les Grecs. A cette première croyance, est venue s’en ajouter, une autre, aussi forte que la première : « Les Grecs ne sont pas comme les autres ». « Comment, d’ailleurs, le pourraient-ils, alors qu’ils sont au commencement de notre Histoire ? ».
Deux propositions essentielles pour une mythologie nationale, qui fait le plein des humanistes traditionnels et des historiens férus de nation », conclut Détienne.
Aveu ne peut être plus clair, plus catégorique.
Paul Valéry enfonce le clou, en assenant, à son tour, sans aucun complexe, que la civilisation occidentale, dans sa globalité, tire son originalité des trois sources que sont :
Dans le domaine moral, le christianisme et plus précisément le catholicisme ;
Dans le domaine du droit, de la politique et de l’Etat, de l’influence ininterrompue du droit romain ;
Dans le domaine de la pensée et des arts, de la tradition grecque.
L’Apport de l’Egypte ancienne, c’est-à-dire, de l’Afrique, celui de l’Asie et de l’Islam sont, ainsi, délibérément, évacués.
A partir des paradigmes ainsi posés, on a façonné l’homme occidental, tel que nous le connaissons, de nos jours.
Pour défendre ces valeurs, chaque fois qu’il les croit menacées, il est prêt à tous les sacrifices. C’est au nom de ces idéaux qu’il a conquis le monde et cherche, aujourd’hui, encore, à le formater à son image.
Or, chaque fois que nous, Africains, évoquons notre passé glorieux et la geste de nos ancêtres, ainsi que l’articulation, pourtant prouvée et réelle, de notre Histoire à celle de l’Egypte Ancienne, nous voyons des doutes s’exprimer, des incertitudes fleurir et quelquefois, une honte mal dissimulée se lire dans certains regards.
Tout se passe comme si on avait oublié que l’Histoire n’est pas un produit aseptique, une discipline innocente. Dans le choix des sujets, des acteurs, des faits et des forces en mouvement, dans celui des idées, des valeurs, des concepts, des symboles, des jugements et des références, qu’il convoque, tout historien, qu’il le veuille ou non, projette, toujours, peu ou prou, une partie de son moi, de sa culture, de ses a priori conscients ou inconscients, de sa vision du monde, de l’homme et de la société.
C’est cette démarche-là, qui a inspiré tous les grands peuples du monde et tous les pays qui se sont forgés une identité, dont ils ont fait leur crédo intra, comme extra muros.
Parce qu’il était conscient de cette contrainte majeure, le regretté Professeur Joseph KI-ZERBO avait dénoncé les prétendus Savants « qui regardent l’Histoire comme un liquide incolore, inodore et sans saveur de laboratoire, au lieu de la reconnaître comme un fleuve vivant ».
Si bien, qu’il n’y a qu’en Afrique, que l’on voit des régimes accéder à la souveraineté internationale, sans aborder cette grave problématique et s’accorder sans débat approfondi, pour former leur peuple, et leur jeunesse dans les écoles et les universités, sur des programmes d’Histoire au contenu ambivalent, au nom d’un universalisme de mauvais aloi, manifestement mal compris.
Le même Ki-ZERBO avait, avec humour et fantaisie, décrit ce mouvement en ces termes. : « Ayant brisé la barrière coloniale, ces pays ressemblent, un peu, à l’esclave libéré, qui se met à rechercher ses parents, à l’origine de ses ascendants. Il veut, aussi, en informer ses enfants. D’où la volonté d’intégrer l’Histoire africaine dans les programmes scolaires », avant d’ajouter, plus loin, avec agacement et indignation : « Nous disons que nous en avons assez de l’Histoire raciste, sous quelque forme que ce soit. Nous n’admettons pas d’être considérés comme des instruments perpétuellement passifs, ni d’extrapoler à partir du capitalisme triomphant du XIXème siècle, pour faire de toute l’Histoire africaine, un reflet scabreux de l’Univers, un cul de sac où viennent s’éteindre les influences civilisatrices de tous les continents ».
Notre monde actuel, faut-il le rappeler, est parcouru, depuis l’aube des temps par un processus de compétition dans lequel, chaque nation met en avant ses modes d’identification, les manifestations de son génie inventif, la valeur de ses hommes et femmes, la pertinence de ses idées, la sagesse de ses jugements, la beauté de sa culture, l’extraordinaire attraction de sa langue, de ses croyances, de sa philosophie morale, sociale, économique, culturelle et politique, sans se préoccuper du qu’en dira-t-on. Dans tous les contextes coloniaux identifiés à travers le monde, le vainqueur a imposé, sans le moindre complexe, ses codes, ses valeurs, sa culture et ses institutions, au nom de la prétendue supériorité de sa civilisation.
Il en découle une situation dans laquelle, la pesanteur des traumatismes socioculturels hérités du système colonial corrompt les consciences et asservit les mentalités, à un point tel, que les élites en général, produit parfait de la colonisation, beaucoup plus préoccupées par le regard que porte sur eux, le monde extérieur, que les intérêts spécifiques de leurs concitoyens, s’installent dans une perplexité paradigmatique, qui finit par sacrifier leur moi, pour rester fidèles aux archétypes fixés par leurs Maîtres.
La conséquence de tout cela, c’est, évidemment, l’existence d’esprits complexés, qui ont, d’eux-mêmes, de leur société, de leur race, une vision si dérisoire qu’ils sombrent dans la résignation, la honte de soi, l’auto flagellation, la glorification de leur dominateur et le mimétisme de leurs modèles, les moins dignes d’intérêt.
Facteur aggravant, le Révisionnisme historique, s’il a, pendant longtemps, été un mouvement plus ou moins latent selon les rapports de force des acteurs en présence, a connu, ces dernières décennies, une vigueur renouvelée avec l’apparition d’une génération de négationnistes arrogants de la réalité historique africaine, organisés en réseaux puissants, relayés par des médiats influents, solidaires, complaisants et agressifs, pour chloroformer les esprits et manipuler les opinons, aux fins de les rendre perméables à leurs idées.
A l’heure où la combinaison de l’Informatique, de l’Audiovisuel et du Multimédia permet de transporter, en temps réel, toute information, d’un bout à l’autre de la planète, les ravages que la propagation des idées révisionnistes peut provoquer dans le monde noir sont incommensurables.
Si les intellectuels d’Afrique et de la Diaspora ne se dressent pas pour conjurer ce fléau, l’Histoire de notre continent et celle de l’Homme Noir, en général, seront travesties, à tout jamais.
C’est, pour répondre à ce défi, que le Président de la République du Sénégal a pensé que le 3e FESMAN devait inscrire au nombre de ses préoccupations, pour bien cerner le concept de Renaissance Africaine et celui des Etats-Unis d’Afrique, deux thématiques de la plus haute importance :
Problématique de la résistance des peuples noirs
Apport de l’Afrique et de sa diaspora à la science et à la technologie.
I - PROBLEMATIQUE DE LA RESISTANCE DES PEUPLES NOIRS
Si la résistance consiste en un effort de volonté s’exprimant par des actes, des attitudes, des comportements , des paroles, des modes de vie, des manifestations existentielles de refus individuel ou collectif, aux fins de réduire, de rejeter, de contrecarrer, ou d’annihiler les effets d’une action d’oppression, d’injustice, ou d’inégalité, conduite délibérément, pour atteindre des objectifs précis de domination, on peut, sans courir le risque d’un désaveu, considérer que cette réalité a, toujours, été présente tout au long de l’Histoire des peuples noirs.
Elle n’a, jamais disparu dans les manifestations de la vie des populations, depuis l’aube des temps, qu’il s’agisse de la période précoloniale, de la période de la traite négrière, de celle de la colonisation ou de l’ère post-indépendance.
Pour ne prendre que l’exemple de la partie occidentale du continent, elle se manifeste très nettement, à la conquête du Royaume du Ghana par les Almoravides, en 1076 et sans aucun doute, bien avant.
On en trouve trace, également, dans tous les royaumes successeurs de Diara et de Sosso, de même qu’au Tékrour, au Mandé, au Songhoï (qu’on pense à l’épopée de la rébellion du Balama Sadiq contre l’Askia Mohamed Bano), au Macina, dans les royaumes Bambara, comme dans tous ceux du Walo, du Cayor, du Baol, du Sine, du Gabou, de Goye, du Boundou, du Niani, du Wouli, dans les communautés Mendè, Ashanti, Akan, Baoulé, Mossi, Senoufo, Fan, Bantou, Khossa, Dioula, Haoussa, Djerma, Peul, Maures, Touareg, etc, etc.
Evidemment, les régimes précoloniaux, tout comme le système colonial, ainsi que les Gouvernements post-coloniaux ont, toujours, imaginé des mécanismes de répression subtile et diversifiée, qui n’ont, certes, ni la même nature, ni les mêmes moyens, ni les mêmes procédés, selon le cas considéré, des mécanismes destinés, toujours, à réprimer, avec la dernière énergie, tous ceux qui ont osé se dresser devant eux, pour contrecarrer leur projet d’absolutisme brutal ou refuser leur autorité, en résistant contre leur volonté hégémonique.
Avant l’implantation européenne, par exemple, le Savant Ahmed Baba, reconnu comme étant la « Lumière de son temps », disposant d’une bibliothèque de 1 700 volumes, avait été exilé à Marrakech, même s’il ne semble pas y avoir été très malheureux, en raison de son statut d’intellectuel hors du commun, au lendemain du désastre de Toudibi de 1591, consécutif à l’invasion conduite par le Pacha Djouder, au Soudan Nigérien.
Pour ce qui concerne, en particulier, l’Administration coloniale, qui atteignit, dans ce processus, une férocité extrême, elle avait, bien avant la tenue du Congrès de Berlin de 1884-1885, institué un système visant à déporter, loin du pays, dans des terres aussi inhospitalières que la Guyane, les Antilles, le Congo, la France, ou l’Afrique du Nord, tous ceux qui avaient osé s’opposer à sa domination, dans les colonies françaises, par exemple.
Ce fut le cas de :
Toussaint LOUVERTURE, arrêté dans un Guet-apens et déporté, en 1802, au Fort de Joux, en France, où il mourut en 1803 ;
Sidya Léon DIOP, fils de la Reine Ndaté Yalla, qui, bien qu’adopté par Faidherbe et envoyé au Lycée d’Alger, s’était rebellé contre la France. Exilé au Gabon, à Ningué, Ningué, il y perdit la vie.
Il y a, là, l’échec le plus éclatant de la politique d’assimilation au Sénégal, au milieu du XIXème Siècle.
Ce fut, également :
le cas de Birane CISSE, marabout intrépide, compagnon de Maba DIAKHOU BÂ ;
celui de Houmbo, 2ème Chef de Cotonou, transféré en 1886 au Castel de Gorée et mis aux fers avant sa déportation ;
Le 30 septembre 1887, Paris avait publié le Code de l’Indigénat, corpus juridique qui était une sorte d’adaptation du Code Noir de 1685, reprenant quelques-uns des principes de répression coloniale, qui avaient été expérimentés, aussi bien aux Amériques, que dans les colonies allemandes d’Afrique Orientale, Australe, Centrale et Occidentale .
Au nom de ce texte, Niokhobaye DIOUF, Roi du Sine fut exilé au Gabon en 1891, pour une période de 17 longues années.
Béhanzin, Roi du Dahomey, sera, lui aussi, envoyé en Martinique, d’abord, en 1894, à Blida, en Algérie, ensuite, en 1906, où il mourut, alors qu’il venait, à peine, d’avoir 65 ans.
Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la Mouridya, sera, lui aussi, exilé à Mayombé, au Gabon, en 1895, puis à Saout-El-Ma, en Mauritanie, en 1903, avant d’être assigné en résidence surveillée, à Thiéyène, dans le Djoloff, en 1907 et à Diourbel, en 1912.
Samba Laobé Penda NDIAYE, Bourba Djoloff, exilé, après le départ volontaire d’Alboury NDIAYE, pour aller aux côtés du Sultan Ahmadou TALL.
Demba ALARBA, originaire du Bosséa, sera, lui aussi, déporté, en 1897, par un Arrêté du 09 Août.
Samory TOURE connaîtra le même sort, en 1898, avant de mourir, deux années plus tard, en 1900.
Ce furent, ensuite, le tour :
d’Amadou FALL, Chef du Saniokhor, province du Sénégal, envoyé au Gabon, pour 5 ans ;
de Fara Penda DIAW, Chef du Merinaghem, déporté en Casamance, en 1904, puis du WALI de Goumba, en 1916, sorti de son terroir et assigné en résidence à la prison de Conakry, alors qu’il était âgé de 80 ans.
On peut, également, citer :
Cheikh HAMALAH, exilé en 1925-1926, pour 10 ans, à Adzopé, en Côte d’Ivoire, après un bref séjour à Saint-Louis et à Mederdra, en Mauritanie, puis en 1936, en Algérie et en France, en 1941, où il rendit l’âme, en 1943.
L’historien M. Alioune TRAORE lui a consacré une thèse.
C’est à cette lignée de résistants qu’appartiennent, en plus :
Cheikh Anta MBACKE dit Borom Gawane, exilé à Ségou pour 10 ans, à partir de 1930 après un séjour de 8 mois à la prison de Saint-Louis. Il mourut en 1941.
Aline Sitoé DIATTA, résistante casamançaise, exilée à Tombouctou, en 1942, où elle rendit l’âme, en 1943.
S’inscrivent, aussi, dans cette lignée de héros mal connus :
-les diolas du Canton de FLoup, parmi lesquels, Alougaye DIATTA, et Koupoti, Chef diola d’Essi ;
Alpha Yaya DIALLO, Chef de la Province de Labé, déporté, d’abord, à Abomey, en 1905, pendant 5 ans, puis, envoyé à Port-Etienne, en Mauritanie, en 1911, en compagnie de son fils Aguibou et de son Conseiller Oumarou Coumba ;
Seydina Limamoulaye, à Gorée ;
le Sultan Ahmadou, envoyé dans le territoire militaire de Zinder, au Niger, puis à Dabou, en Côte d’Ivoire, en 1907, pour 10 ans ;
Thierno Aliou, connu sous le nom de Wali de Goumba ;
Karamoko SANKOUNE du Fouta Djalon ;
Ali DIALLO, interprète à Zinder, exilé en Côte d’Ivoire, pour deux ans ;
Blaise KOUASSOU, dahoméen et homme de presse.
Papiss Gokhoma FALL développe sur cette thématique, depuis quelques années, une réflexion qui mérite d’être encouragée.
Cette résistance admirable contre la domination, l’oppression et l’injustice, n’a, on le voit, jamais, connu de répit véritable. Sous des formes diverses elle se poursuit, encore, aujourd’hui, sous nos yeux, dans tous les pays africains, au nom d’idéaux de démocratie, de liberté, de justice, d’égalité, de solidarité, de participation, de refus de l’exclusion, de dignité, de défense de l’identité noire, etc.
Voilà pourquoi, il faut rendre un hommage mérité au Président Abdoulaye WADE, pour avoir, dans « Un Destin Pour L’Afrique », attiré l’attention des Historiens africains sur cette notion de « résistance permanente » des Peuples Noirs, si vitale, pour une bonne compréhension et une intelligibilité correcte du passé de nos ancêtres, mais aussi de notre présent.
Si cette idée fondamentale était parfaitement intériorisée, le monde noir aurait fait de la tolérance et du dépassement, son étendard emblématique. Notre rapport à la démocratie s’en trouverait substantiellement modifié.
Evidemment, cette résistance a été multiforme. Elle peut être active, passive, violente, physique, morale, spirituelle, linguistique, vestimentaire, architecturale, axiologique, mystique, pour tout dire, culturelle, ou autre.
Elle peut s’exprimer dans les consciences individuelles, dans le cadre familial, local, associatif, villageois ou urbain, national ou régional.
Elle se manifeste, souvent, dans les mythes ésotériques, dans les narrations verbales, écrites, imagées ou symboliques, dans des contes ou proverbes, dans des récits épiques, dans des systèmes de computation endogène, dans l’invention d’un langage codé, comme le Kall (en pays wolof), dans des signaux ou des gestes particuliers, dans des danses conventionnelles, dans une tradition orale normative, dans la Théologie, dans l’Archéologie, dans l’enfouissement volontaire des valeurs sacrées(comme ce fut le cas à l’Université de Pire) , dans les modulations comportementales, tout comme dans le camouflage à travers les antonymes, les toponymes, ou bien dans la fonction assignée à l’Art, dans les mystères de la Pharmacopée, dans le recours à l’ethnobotanique, ou à l’éthnogéologie, ou encore dans les variations des sonorités d’un simple instrument de musique, sans parler des particularités culinaires, etc, etc. Cette énumération n’épuise, nullement, le sujet.
L’histoire ayant pour objet, l’homme et la société dans leurs interrelations avec les autres et avec l’environnement, pour paraphraser Fustel de COULANGES est, à ce titre, toujours, présente, partout, où l’humain a déployé son activité.
Elle est connaissance des hommes, explication de leur démarche, formatage de leur conscience, parce qu’elle permet, en faisant recours au passé, de comprendre le présent et quelquefois, de préparer l’avenir.
A partir de cette dimension-là, la place qu’elle occupe dans les consciences des peuples et des individus, dans leur manière de se concevoir et de se voir, d’être et d’apparaître, est quelquefois, si déterminante qu’elle conditionne le mental collectif de toute une nation, au point de moduler son comportement, dans chacun des moments de l’activité existentielle, selon les matériaux qu’elle utilise, la manière dont elle les combine et l’usage qu’on en fait.
C’est, sans doute, en pensant à tout cela, que Paul VALERY disait : « qu’elle était le plus dangereux produit que la Chimie de l’intellect ait pu élaborer ».
Le monde noir a connu une trajectoire historique complètement irriguée par l’action de forces endogènes, dynamiques et créatrices, mais, hélas, totalement déformées par celle des forces exogènes.
La traite négrière, la domination coloniale, l’Apartheid, ont provoqué des pathologies socio-culturelles, dont les conséquences n’ont pas, encore, été complètement identifiées, quantifiées, étudiées et décrites dans leur mode d’expression et leurs conséquences multiformes.
La colonisation, j’ai l’habitude de le dire, n’a pas, seulement, été un simple processus d’occupation territoriale, d’exploitation économique et de domination politique.
Elle a, surtout, été un processus lent, pesant, profond et massif d’aliénation culturelle, opérant selon un mode de dé-cérébration et de re-cérébration.
Si dans l’esprit des élites de l’Afrique contemporaine, ne subsistent, presque, plus des idées aussi sottes et saugrenues, que « nos ancêtres étaient les Gaulois », le formatage colonial n’a pas moins macéré celui-ci, avec une telle prégnance et une si forte intensité, que 50 années après les indépendances africaines, les générations aussi bien actuelles, que celles qui les ont devancées, demeurent, encore, l’otage, le plus souvent, inconscient des préjugés des écoles de pensée et du corpus axiologique du monde colonial et post colonial.
Immergées dans cette confusion paradigmatique, nombre d’élites ont, encore, beaucoup de mal à trouver leurs repères. Elles nagent dans le magma informe d’une identité mal maîtrisée, qui les fait agir et parler, beaucoup plus en fonction des influences, qu’elles ont subies, que des intérêts fondamentaux de leur peuple.
Victimes du brouillage idéologique et culturel dans lequel, les populations africaines ont été durablement exposées, elles sont devenues les victimes inconscientes d’un processus de conditionnement psychologique, qui les manipule à sa guise.
L’une des conséquences de cette situation a fait de beaucoup d’intellectuels africains, des êtres sans âme, en quête perpétuelle de leur moi intrinsèque, devenus, par la vigueur des traumatismes socio-culturels encourus, d’authentiques étrangers à leurs semblables. Nehru, dans « Toward Freedom », a décrit ce drame avec des accents inégalables.
Ceux qui sont parvenus, par un effort personnel, à sortir de cette aliénation destructrice, ne sont, hélas, qu’une minorité.
Voilà pourquoi, notre continent a du mal, parmi d’autres facteurs, à rompre avec le passé colonial et ses prolongements néocoloniaux, pour concevoir et définir des stratégies de rupture, qui sont, pourtant, autant de pré-requis, pour l’avènement dans notre continent, d’une indépendance véritable, lui permettant de dialoguer à égalité de dignité et de respect avec tous ses interlocuteurs, sans complexe d’aucune sorte et de marcher, résolument, vers les Etats-Unis d’Afrique.
C’est le Professeur M. Théophile OBENGA, théoricien brillant et réputé de la Nouvelle Histoire, qui nous apprend que « tout enseignement neuf est, nécessairement, une mise en évidence des refus, voire des audaces et des ferveurs ».
Et il précise : « Ce n’est pas illogique ».
J’ajoute qu’aussi longtemps que nous manquerons de confiance en nous-mêmes et que nous chercherons le salut de nos populations dans le mimétisme servile de modèles étrangers, en tournant le dos à notre passé, à notre culture, à nos valeurs et au génie de notre race, nous irons de désillusion en désillusion, d’échec en échec.
Nous serons, toujours, les laissés pour compte du développement, la lanterne rouge des nations.
Nous n’oserons, jamais, exploiter d’autres itinéraires avec la volonté de parcourir le chemin que d’autres pays, que d’autres continents ont mis des siècles à couvrir.
Qu’on me comprenne bien !
Je ne préconise pas qu’on réinvente l’Histoire. Je demande, seulement, que nous partions de l’axiome fondamental, selon lequel, notre continent n’a aucune honte de son passé. Il renferme des gisements de prospérité, de bien-être, de bonheur et de paix insoupçonnés.
Sa contribution au patrimoine de l’Universel a été irremplaçable et n’eussent été les siècles obscurs de la traite négrière, de la domination coloniale et néocoloniale et des pesanteurs de l’Apartheid, il ne fait aucun doute que l’Afrique, qui avait pu soutenir, avantageusement, la comparaison avec le reste du monde, jusqu’aux XVème - XVIème siècles, en gros, compterait, aujourd’hui, indubitablement, parmi les Leaders les plus respectés et les plus prospères de la planète.
Si les colonisateurs ne se gênent plus pour réécrire l’Histoire de la colonisation, sous des oripeaux d’Humanisme flatteur et d’autosatisfaction exubérante, avec une volonté intense de révisionnisme, qui proclame, sans détours, qu’elle « rejette la repentance », pourquoi devrions-nous nous abstenir, au nom de je ne sais quelle lamentable pudeur de mauvais aloi, de proclamer, haut et fort, à la face du monde, notre opinion sur nos rapports avec nous mêmes et avec le reste du monde.
Si Toussaint LOUVERTURE, DESSALINES, PETION et FIRMIN ; si Henri Sylvester WILLIAMS ; si Marcus GARVEY ; si Cheikh Anta DIOP ont marqué, durablement, les consciences de millions d’Africains et de la Diaspora ; si Aimé CESAIRE, Frantz FANON, Abdoulaye LY, Kwamé NKRUMAH, Ahmet Sékou TOURE, Patrice LUMUMBA, Modibo KEITA, Sylvanus OLYMPIO, Sir Tafa BALEWA, Julius NYERERE, Barthélémy BOGANDA, AMINU KANO, Amilcar CABRAL, Agostino NETO, Samora MATCHEL, Jonas SAVIMBI, Walter SIZULU, Steve BIKO, Winnie MANDELA, Jomo KENYATTA, et bien d’autres, ont dit non à la domination, non à l’esclavage, non à la colonisation, en des termes ou sous des formes qui gonflent le cœur de chaque noir de fierté et d’admiration, c’est parce qu’ils avaient foi en leur race, en sa capacité à relever les défis. C’est parce qu’ils avaient foi en la grandeur et en l’avenir de leur Continent.
Bien avant les XVIIe, XVIIIe et XIXe Siècles, des Noirs se sont dressés dans le continent africain, lors des expéditions consacrées à la capture et à la vente des esclaves (Me WADE cite dans « Un Destin Pour L’Afrique », les révoltes Yoruba, celles des Ashanti, de la Reine Zinga, du Matamba, d’Agaga Trudo, Roi d’Abomey, et celle des Zoulous), pendant leur entassement provisoire, dans les esclaveries d’Angola, de Ouidah ou de Gorée, pendant la traversée de l’Atlantique, comme dans les territoires d’implantation de la Caraïbe ou des Amériques.
Malheureusement, la recherche historique n’a pas, encore, recensé, totalement, l’ensemble de ces manifestations de résistance, dont le rôle, dans la prise de conscience de la domination et de l’oppression est, pourtant, capital.
J’ose espérer que les Historiens Africains du Continent et de la Diaspora, ainsi que leurs Gouvernements, prendront, le plus rapidement possible, toutes les initiatives idoines, en termes de volonté politique et de moyens financiers, pour que les éléments épars de cette précieuse Saga soient défossilisés, connus et reconnus, au profit de toute l’Humanité.
Combien de Noirs connaissent les noms de Anthony Amo de Guinée, d’Ignatino Soncho, de Otobah Cuguano, de Alaudah Equiano, de James Somerset, pionniers, pourtant admirables, de la résistance africaine ?
Combien de manuels d’Histoire, en Afrique et dans la Diaspora, mentionnent ceux de Crummel Alexander, de Delany Martin, de Blyden, de Volney, de Horton, de Africanus Wilmot, de Weindorf C.C, de Abbé Moussa, Abbé Fridoil, Abbé Boilat, de Samuel Johnson, de Caseley-Heyford, d’Anténor Firmin, de Benito Sylvain, champions de la réhabilitation du passé Africain et de la dignité de l’Homme Noir ?
A la vérité, les résistances du monde noir ont été, non seulement, très très nombreuses pendant les guerres esclavagistes dans toutes les zones concernées, mais aussi, pendant plus de 3 siècles de traversées de l’Atlantique. Elle se sont, en plus, développées, également, dans les territoires actuels du Brésil, de Panama, de la Nouvelle Grenade, du Venezuela, de la Colombie, du Mexique, de la Bolivie, du Pérou, de Haïti, des Etats-Unis, où des Etats noirs autonomes ont, parfois, vu le jour.
Dans « Un Destin pour l’Afrique », Abdoulaye WADE en dresse une liste impressionnante « Capitaine Cudjo, Colonel Johson, Mme Nanny, le Chef Tacky, le Colonel Montague, le Capitaine Léonard Parkinson, Jack Manson, Charles SHAW, Sam Sharp ».
Lorsque la colonisation fut lancée, les résistances à la pénétration étrangère ont impliqué à l’intérieur du Continent des figures aussi illustres que les femmes de Nder, El Hadji Oumar Foutiyou TALL, Maba Diakhou BÂ, Lat Dior DIOP, Malick SY du Boundou, le Chef Yao de Tanzanie, le Chef Hendrik Wittbois de Namibie, le Chef Makomba de Mozambique, le Moro-Naba de Haute-Volta, le Chef Sanguebeno d’Afrique Centrale, la reine Ravalona, Samory TOURE, GUEZHO, Chaka, Alboury NDIAYE, Fodé Kaba DOUMBOUYA, Bademba, Roi du Kénédougou, Béhanzin, le Mahdi, Glélé, Ménélik II, Mamadou Lamine DRAME, Abdou Hamid KANE, El Hadji Abdoulaye NIASSE, Sounkary CAMARA, Alpha Yaya, El Hadji Malick SY, Cheikh Ahmadou Bamba, Cheikh Ibra FALL, Limamoulaye THIAW , Ndiouma DIATT, Diéri Ndella Coumba, Ali YORO, El Hadji Seydou Nourou TALL, Cheikh Ahmed Tidiane SY, Madiama DIOP, Yadikone, etc., et bien d’autres Chefs, ou simples citoyens, ouvriers, paysans, ou autres, qu’il serait long d’évoquer.
A l’extérieur du Continent, des noirs comme Booker Washington, Du Bois, Price-Mars, Henry Sylvester Williams, Marcus GARVEY, nombre d’animateurs des congrès pan noirs, Lunion Gothon, Lamine Senghor, Tiémokho Garan Kouyaté, Kodjo Tovalou, André Matswa, Banda Farnama, les sociétaires du comité de défense de la race nègre et de la ligue universelle de défense de la race noire, tous ceux de l’Union Intercoloniale, les organisateurs de la Conférence de Bruxelles de 1927 contre le colonialisme et l’impérialisme, les animateurs du Mouvement de la Négritude, Aimé CESAIRE, Léon Gontran DAMAS, Léopold Sédar SENGHOR, Alioune DIOP, les étudiants des colonies françaises, britanniques, portugaises et arabes, les jeunes, les femmes, les défenseurs des Martyrs de Thiaroye 44, ceux de l’UPC , les leaders politiques, les écrivains et artistes noirs, réunis en 1956 à la Sorbonne et en 1959 à Rome, Joséphine Baker, Sidney BECHET, Louis AMSTRONG, Duke ELLINGTON-RAY Charles, dont l’art exprime les déchirements de leur âme assujettie, Malcom X, Elridge CLEAVER, Angéla DAVIS, Maryse CONDE, Rosa PARKS, Muhamad ALI, Robert MUGABE, Martin Luther King, sa femme, et le Pasteur Benchevis, Toni MORRISON, et bien d’autres , comme Um NYOBE, Félix MOUMIE, Théophile OBENGA, Ibrahima Baba KAKE, Lansana KABA, Djibril Tamsir NIANE, Thomas SANKARA, Christiane TAUBIRA, Opah GAIL WINFRED, Louis FARRAKHAN, Dereck WALCOTT, James BALDWIN, Frederic DOUGLAS, Louis, DELGRES, Abdoulaye WADE, Steve BIKO, Walter SIZULU, Nelson MANDELA, participent aux mouvements de résistance, selon des moyens, des styles et des enjeux variés.
Ils évoluent, seuls ou au sein de partis ou de mouvements politiques, qui ont noms, (je cite, pêle-mêle), Parti Jeunes Sénégalais, African National Congress, Parti Communiste Algérien, Néo-Destour, WAFD Egyptien, Mouvement Jeunes Algériens, Jeunes Tunisiens, Jeunes Marocains, Union Populaire de Ferrat Abbas, Ligue de la Jeunesse Somalie, Arborigen Rights Protection Society, Rassemblement Démocratique Africain, Parti du Regroupement Africain, National Democratic Party, West African Pilot, Congrès National Ouest Africain de Caseley Hayford Mouvement Démocratique de Rénovation Malgache, l’Istiqlal, etc, etc.
Le rôle de la plupart d’entre eux sera déterminant dans la tenue du Congrès Panafricain de Manchester de 1945, dans celle du VIe Congrès Panafricain de Kumassi, dans la participation de notre continent à la Conférence de Bandoeng d’Avril 1955, tout comme dans les premières Conférences d’Accra d’Avril 1958 et dans celle de Décembre 1958.
Le distingué Professeur Elikia MBOKOLO, dont on ne dira jamais assez, le rôle incommensurable dans le combat pour la réhabilitation de l’Histoire Africaine, nous rappelle fort à propos, dans une page célèbre du Mouvement Panafricaniste du XXème siècle, que déjà : « dès la 2ème moitié du XIXème siècle l’histoire, comme discipline scientifique allait occuper une place de premier plan dans les préoccupations des activistes engagés, aussi bien aux Nations-Unies, qu’en Afrique Occidentale et Australe, dans la défense et l’illustration de l’Afrique et de ses populations,
Si certains d’entre-eux réfutent les thèses d’Arthur GOBINEAU et de HEGEL, d’autres, dès cette époque matinale, évoquent, déjà, l’idée de l’Afrique, berceau de l’Humanité, celle de l’antériorité des civilisations nègres, l’exemplarité de l’Ethiopie, à travers sa longue histoire, l’éclat de la vie politique, économique, culturelle et scientifique des Etats africains, au Moyen-Âge, les fastes étincelants de Tombouctou, les ravages de la traite négrière et de l’esclavage, la capacité de survie des sociétés africaines, confrontées aux intrusions les plus destructrices, les résistances africaines à l’esclavage et aux dominations étrangères, la proximité entre l’islam et les cultures africaines.
Tout au long de l’Histoire du Panafricanisme, conclut le brillant chercheur, la protestation intellectuelle et la créativité culturelles allaient, ainsi, accompagner les luttes proprement politiques.
La naissance de Présence Africaine en porte témoignage, ainsi que la publication d’articles politiques, culturels, scientifiques ou historiques, sous la plume de Price-Mars, de Louis BEHANZIN, de Majhmout DIOP, d’Albert TEOVEDJERE, d’Abdoulaye LY, de Joseph K-ZERBO, de Cheikh Anta DIOP, de Rabémananjara, de Paul Hajoumé, de Hampathé BÂ, Léopold Sédar SENGHOR, Frantz FANON, Andriantoilaniaravo, Aimé CESAIRE, L.T. ACHILLE, Abdoulaye WADE, Eric WILLIAMS, Sékou TOURE, Richard WRIGHT, Marcelino de Santos, Thomas DIOP, Alassane NDAO, Assane SECK, Doudou THIAM, Amadou Makhtar MBOW, David DIOP, Mongo BETI, Amadou KOUROUMA, Albert MEMMI, etc.
Il découle de ce qui précède, que la longue saga du peuple africain et de sa diaspora, au service de la résistance, est une série d’engagements, de combats, et d’expériences aussi obstinés, les uns que les autres, qu’aucun autre peuple n’a connues dans le monde.
Si le peuple africain n’a pas sombré, c’est qu’il dispose d’une capacité de résistance, d’une force d’abnégation, d’un courage inoxydable, d’une ténacité et d’une volonté de survie hors du commun.
Depuis l’accession des Etats africains et de ceux de la diaspora à la souveraineté internationale, le combat des populations, pour la dignité, la justice, la liberté, la démocratie, les droits humains, la paix, la sécurité et le bien-être matériel et moral n’a connu aucun répit.
Dommage que certains historiens, en dépit de leurs immenses qualités, parlent, à tord, « d’Afrique pacifiée » ou bien « d’une conquête de l’Afrique », notions, à mon avis, excessives, qu’on retrouve, pourtant, jusque dans les programmes officiels enseignés dans nos écoles et dans nos universités.
A la vérité, pour celui qui va au fond des choses, l’Afrique et sa diaspora n’ont, jamais, été, véritablement, conquises et leurs populations n’ont, vraiment, jamais, été totalement pacifiées, mis à part quelques îlots, ça et là, dispersés.
Leurs combats continuent, encore, de nos jours, sous des formes variées, à s’exprimer dans les différents domaines de l’activité existentielle, au sein de chacun de nos Etats. Cette image d’un peuple héroïque, d’un peuple debout, qui n’a, jamais, baissé les bras, qui ne s’est, jamais, agenouillé, constitue, certainement, le viatique le plus sûr, pour conscientiser les générations actuelles et futures et pour libérer, définitivement, l’homme africain de la peur et du manque de confiance en soi et forger sa personnalité.
Le Colloque International, consacré à l’Afrique et à sa Diaspora sur cette thématique, a, précisément, pour mission, de fournir l’occasion aux chercheurs de revisiter, d’identifier toutes les formes de résistances, d’en dresser la typologie, de les étudier, avec précision, pour en tirer des motifs de fierté, des raisons de réarmement moral et des leçons pour le présent et pour l’avenir.
Certes, tout récemment, le Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique (CODESRIA), a lancé un SOS et a tenu, du 27 au 29 Octobre 2008, au Kenya, une conférence intitulée : « Relire l’Histoire et l’Historiographie de la domination et de la résistance en Afrique pendant la période d’avant indépendance », à laquelle, les historiens de 14 pays africains ont participé.
Il a, même, adopté une déclaration importante, dite de Kampala, sur l’histoire africaine.
Les chercheurs présents, ont produit un important travail qui mérite d’être salué, un travail dont l’approche et la méthodologie présentent, évidemment, des similitudes avec notre démarche, mais également, de substantielles différences, en ce qui concerne, surtout, la séquence temporelle étudiée.
Pour notre part, qu’elle soit violente, ou passive, ouverte ou camouflée, la résistance a précédé et dépassé la période d’avant les indépendances et a, chaque fois, entraîné des conséquences, dont on n’a pas, encore, fini d’évaluer tous les effets.
Elles ont, quelquefois, impliqué des peuples entiers, de vastes régions et ont provoqué des flux migratoires considérables, ainsi que des ravages incommensurables sur l’environnement, les infrastructures, l’habitat, les cultures, les voies de communication, les populations, etc., dans un contexte marqué par la découverte du Télégraphe et du Morse, l’invention du Chemin de fer, de la carte d’Etat-Major, l’apparition de l’Artillerie lourde, dans laquelle, les obus remplacent les boulets de plomb, l’invention du Fusil à répétition LEBEL et MAUSER et de la Mitrailleuse, celle de la Dynamite, les progrès de la Marine à vapeur et du Blindage, grâce auxquels, la France se dota d’un empire, entre 1871 et 1914 et d’autres mutations technologiques du même genre, ayant, toutes, des conséquences militaires.
Rien de tout cela n’a pu, définitivement, éradiquer la capacité de résistance des peuples africains.
Il est important de mettre un accent particulier sur le fait que, même dans les zones où le système colonial croyait s’être le plus solidement implanté, la contestation était permanente, les protestations courantes, les revendications incessantes, en faveur de l’égalité, de la justice et de la démocratie.
Ces manifestations s’expriment sous tous les registres, y compris, à travers les religions du territoire et leurs rituels secrets, les cadres d’expression des religions révélées, dans les ethnies, dans les familles, dans les lieux de travail, dans les quartiers, etc.
C’est le cas du Sénégal, où, bien qu’établie à Saint Louis dés 1659, de manière rudimentaire, la France, devra végéter pendant prés de 2 siècles avant d’oser amorcer la tentative de conquête du pays, dont les populations avaient, pourtant, bénéficié à Saint Louis et Gorée du code civil, dès 1830, de la citoyenneté, dès 1833 et de l’abolition de l’esclavage et du suffrage universel, du droit d’élire un Député au Palais BOURBON, dès 1848, du Régime des Communes de Plein Exercice, dès 1872, sans parler du droit d’association, du droit de réunion, du droit de manifestation, de la liberté de presse, etc.
Quand la tentative de conquête commença en 1854, ce sont à quelques 248 actes de guerres et de belligérance, entre Janvier 1955, Décembre 1956, que le Gouverneur FAIDHERBE dut faire face, à cause de la résistance des Chefs locaux.
Ces manifestations, qui n’ont jamais cessé, impliquent, avant et après 1856, ce qu’on appelle l’élite francophone d’extraction coloniale, avec ses partis, fonctionnaires, ouvriers, paysans et ses syndicats, le mouvement associatif, les sociétés secrètes. Tous se manifestent, soit, sur le plan linguistique, artistique, culturel, vestimentaire, culinaire, rituel, soit, sous des formes plus élaborées comme les pétitions, les poèmes, les journaux, les marches, les défilés, les meetings, les grèves, les boycotts, les démissions individuelles ou collectives, le blocage des rouages administratifs ou institutionnels, etc.
Elles peuvent concerner, aussi bien, les adultes les plus divers, selon les époques, mais aussi, les femmes, les jeunes, des étudiants, des fonctionnaires, des syndicalistes, des enseignants, que des journalistes, des avocats, des arabisants, des sociétaires des associations diverses, etc.
Dans l’espace africain, ces figures sont, par exemple (je cite dans le désordre, sans aucun préjugé. Si j’oublie certains noms, je m’en excuse d’avance) :
des Adultes, qui ont noms : François Mbaye SALZMAN, Mamadou KONATE, Houphouët BOIGNY, Isaac FOSTER, Kéba MBAYE, Ameth Télémaque SOW, BARRY Diawandou, Ahmed Ould DADDAH, Baba MISKE, Ibrahima Seydou NDAO, KEITA Fodéba, Samba Diabaré SAMB, Amath Ndiaye SAMB, Assane Marokhaya SAMB, Maguette LÔ, Mady CISSOKHO, Ibou DIALLO, Edouard DIATTA, Emile BADIANE, Ousmane NGOM, Samba DIOP, Abdoul Aziz WANE, Cheikh FALL, Mamadou DIOP DECROIX, Landing SAVANE, Mahmoud SALEH, Malick NDIAYE, Doudou SARR, Mamadou Bamba NDIAYE, Bouba LY, Abdoulaye Bara DIOP, Moustapha KASSE, Mamoussé DIAGNE, Bouba DIOP, Arame Diop FALL, Dialo DIOP, Samir AMIN, Bernard AFOUNOU, Oumar SARR, Abdou SOW, Boubacar BARRY, Achille BEMBE, Mamadou DIOUF, Souleymane Bachir DIAGNE, Djibril SAMB, Serigne DIOP, Abdallah Ben TAWFIKH, Ben HAMOUDA, Mbaye GUEYE, Oumar KANE, Saliou NDIAYE, Ibrahima THIOUB, Mamadou DIALLO, Babacar FALL, Mamadou KONE, Jean Paul DIAS, Boubacar SALL, Amath DANSOKHO, Cheikh Tidiane GADIO, Alassane BÂ, Yéli FALL, Madior DIOUF, Benoît NGOM de l’AJA, Adama DIENG, Stanislas ADOTEVI, Youssou NDOUR, Manu DIBANGO, Didier AWADI, Alpha BLONDY, Baba MAAL, etc.
des Femmes s’appelant : la Reine POKOU, Dona Béatrice, Soukeyna KONARE, Sylvie CAMARA, Elisa DIOP, Binta DIOP, Jeanne TOURE de l’Union des Femmes du Sénégal, Aminata Ciss MARONE, Ndoumbé NDIAYE, Jeanne Martin CISSE, Fatou ARIBOT, Aminata TRAORE, Fatou GUEYE, Rose BASSE, Marième GUEYE, Mariane d’ERNEVILLE, Thioumbé SAMB, Aminata SARR, Caroline FAYE, Marie Angélique SAVANE, Fatou SOW, Simone GBAGBO, Henriette DIABATE, Maréma TOURE, Fatou SARR, Rokhaya FALL, Myriam MAKEBA, Penda MBOW, Mbeinda NDIAYE, Aminata TALL, Awa DIOP, Marie Pierre SARR, Amsatou Sow SIDIBE, Marième WANE, Louisa HANOUNE, etc.
des Jeunes dénommés : Jean DIALLO de la Jeunesse Ouvrière Catholique, Lamine NDIAYE, Félix NGOMA, DIOP Abdoulaye, DIENE Blaise, SARR Cheikh, tous les membres du Conseil de la Jeunesse, ou du Rassemblement de la Jeunesse Démocratique Africaine, ainsi que KANE Aly Bocar (SFIO), Amadou Ndéné NDAW, PAYE Aliou Badara (RDA), Youssouph DIOP, KANE Amadou, Dellatre Marie Louise (JOC), Albert NDIAYE, Charles GUEYE, Mbaye Jacques DIOP, Charles MENDY de l’Amicale Catholique. PONGAUT du Congo, Dembélé Balla, Konaté DEMBA, Diawara Gackou, DRAVE Baladji, COULIBALY Cheikh Tidjani, Sow Oumar, Traoré Mountaga, Sylla Seydou DJIM, tous du Soudan, Soumah MANGUE, BARRY Yvette, SYLLA Boubacar, TOLNO Laurent de Guinée, Yattara Seydou BÂ, NDIAYE Joseph, CAMARA Nabi Yaya de Guinée, sans parler de Issouphou Seydou, AGBOTON Ambroise, Ouédraogo Joseph, Yacoub Ould Boumédiana et de l’inoubliable martyr Oumar Blondin DIOP, etc.
des Etudiants parmi lesquels, LY Tidiane Baïdy, Assane SYLLA, Amadou Aly DIENG, Memel FOTE, Samba NDIAYE, Ousmane CAMARA, Papa Soulèye NDIAYE, SY Amath Kaoury, Assane SECK, Amadou Moustapha WADE, Abdoulaye LY, Diaraf DIOUF, Cheikh Hamidou KANE, Abdoulaye WADE, Cheikh Anta DIOP, Abdoulaye FADIGA, Charles Konan BANY, Guy POGNON, Daniel Amara CISSE, Daniel CABOU, Majhmout DIOP, Mbaye DIACK, Abdoulaye BATHILY, Moctar DIACK, Lamine KANE, etc, etc, militants des organisations comme la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF), l’Union Générale des Etudiants de Dakar (UGED), l’Union Générale des Etudiants d’Afrique Occidentale (UGEAO), l’Union des Etudiants de Dakar (UED), ou l’Union Démocratique des Etudiants du Sénégal (UDES), avec leur pendant dans les colonies anglaises, comme la West African Students Union, etc.
des Fonctionnaires, comme Thierno BÂ, Doudou GUEYE, Abdoulaye GUEYE Cabri, Malick CAMARA, etc., les docteurs Amath BÂ, Moustapha DIALLO, Iba Mar DIOP, Blondin DIOP, Daouda DIOUF, des démocrates comme Alla KANE, Abdoul Aziz DIAGNE, Abdoul Maham BÂ, etc.
des Syndicalistes comme Cheikh DIACK, Aynina FALL, Ibrahima SARR, Bassirou GUEYE, David SOUMAH, Djibo Bakari, Abdoulaye DIALLO, Adama NDIAYE, Alassane SOW, Cissé Alioune, Abass GUEYE, Mamadou Lamine DIALLO, Abdoulaye THIAW, Bouré THIAW, Mamadou Ongué NDIAYE, Latyr CAMARA, Bakhao SECK, Alassane NDAO, KEITA Koumandian, Babacar SOKHNA, Sidy DIOP, Souleymane LOUM, Falèye Noël DIOP, Doudou COULIBALY, Djim SARR, Ibrahima SARR, Matabara FAM, Madia DIOP, Lindor MBAYE, Moustapha THIAM, Sogui KONATE, Doudou NGOM, Mbaye MBENGUE, Sanor DIOUCK, Kalidou DIALLO, etc., tous, Ex-membres de l’UGTAN, de la CFTC, de la CGT, ou de la CSA, ou encore, de la CATC (organisations syndicales ayant des relations avec la Fédération Syndicale Mondiale (FSM), ou la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL), de l’UST, ou de l’UNTS, pour ce qui concerne l’Ex-AOF, par exemple.
des Enseignants comme Yaré FALL, Souleymane NDIAYE, Amadou Gabin GUEYE, Maguette THIAM , Samba Diouldé THIAM, Bouna GAYE, Adama DIOP, Louis DACOSTA, SAO Nicolas, Samba DIACK, Ibrahima FALL, Mamadou SANE, Babacar SOW, Babacar SANE, Mamadou NDOYE, Babacar SENGHOR, Iba Der THIAM, Mbaba GUISSE, Séga Seck FALL, Cheikh Faty FAYE,, Pape Demba SY, Paulin HOUTONDJI, etc.
des Journalistes qui ont noms : Marcus GARVEY (Garvey’s Watchmar et Negro World), François CARPOT (Le Radical Sénégalais), Armand ANGRAND (Vérité), Lamine GUEYE (L’AOF), Abdoulaye SECK (L’Afrique Nouvelle), Amadou Duguay Clédor (La France Coloniale), Louis GIRAUD (Stégomya), Ngalandou DIOUF (Périscope Africain), Léopold Sédar SENGHOR (Condition Humaine), Bachir THIOUNE et Mbaye DIONE (Momsarew), Siradiou DIALLO, Jean Pierre FAYE, Moussa PAYE, Henri MENDY, Boubacar DIOP, Abdourahmane CISSE, Mame Less DIA, Boubacar Boris DIOP, Alain FOKA, Mame Less CAMARA, Bara DIOUF, Laurent Donan FOLOGO, etc.
des Avocats, comme Georges CRESPIN, Lamine GUEYE, Fadilou DIOP, Boissier Palun, Oumar DIOP, Moustapha SECK, Amadou Moustapha WADE, Abdoulaye WADE, Valdiodio NDIAYE, etc.
Ces manifestations de résistance peuvent, aussi, s’incarner à travers des personnes emblématiques, dont le profil varie selon le milieu considéré (Chefs religieux, Chefs de Cantons, Leaders d’opinion, Artistes, Sportifs à la notoriété reconnue, Poètes, Ecrivains (SEMBENE Ousmane, Paul VIEYRA, Souleymane CISSE, Wolé SOYINKA, Bretenbretenbach) Médecins, militaires, Opérateurs Economiques, pris individuellement ou regroupés dans leurs organisations patronales, etc.
Ce fut le cas avec Khaly Amar FALL, Matar Ndoumbé DIOP, Ndiaga Aïssa DIEYE (1827), Guilé Fatim THIAM (1830), Serigne Niomré, Ahmadou Cheikhou (1875). On aurait pu mentionner le rôle joué par le Bey Moncef, ou par Habib Bourguiba, le Néo-Destour, la Voix du Tunisien et l’Action Tunisienne (deux organes de presse engagés) et les pédagogies militantes que ces acteurs et évènements enseignent.
Ce fut le cas, également, au Maroc, où le nationalisme marocain fut incarné par la révolte d’AbdelKrim (1924-1925), sans compter les réactions vives des autochtones contre le Dahir Berbère de Mai 1930, la montée au créneau des Jeunes marocains et du Sultan Mohamed Ben Youssouph. Le combat mené par El Fassi, El OUAZZANI, LYAZADI, BALAFREJ, constituant le Comité d’Action Marocaine, mais aussi, en Libye, avec le combat du patriote Al Mukhtar contre les colonisateurs, ou celui de Gamal Abdel NASSER, en Egypte.
En Algérie, ou peut noter l’action des jeunes algériens, celle de Messali Hadj, les thèses de Ben BADIS, de l’Association des Oulémas d’Algérie, ainsi que la contribution de l’Etoile Noire Algérienne et du Parti Communiste Algérien de Ferrat ABBAS, de Ben BELLA, par exemple, auxquels, s’ajoutent les activités menées par les élus musulmans de l’Algérie aux Assemblées métropolitaines.
Au plan sportif, Battling SIKKI alias Mbarik FALL, Ray Sugar ROBINSON, Mohamed Ali alias Cassus CLAY et bien d’autres mènent le même combat dans leurs domaines de compétence.
Dans le monde des opérateurs économiques, des membres de la « Société Agricole du Sénégal », ceux du Syndicat des Petits Commerçants du Sine-Saloum, ancêtres, hélas, inconnus de nos groupements de vendeurs informels, participent à la lutte.
La résistance a, en effet, revêtu d’innombrables formes et modalités, selon les personnalités, les personnes concernées, leurs personnalités respectives, les cadres dans lesquels, elles évoluaient, les idéologies dont elles se réclament, les préoccupations qui les mettaient en mouvement et la marge de manœuvre que le système de domination leur avait concédée.
On oublie, souvent, qu’il a existé, par exemple, effectivement, des résistants parmi les Députés coloniaux aux Etats Généraux de 1789, d’autres à la Convention Nationale de 1792, ainsi qu’au Directoire de l’an V.
C’est, sans doute, leur comportement qui fut à la base, entre autres facteurs, de la suppression de la Représentation Parlementaire Coloniale dans la Constitution de l’An VIII (15 Décembre 1799). C’était sous le Régime de la Restauration et de la Monarchie de Juillet.
Elle sera, certes, rétablie sous le 2nde République, avant d’être, à nouveau, supprimée entre 1852 et 1871, puis entre 1876 et 1879, dans une colonie comme le Sénégal.
Ce fut à la IIIe République que revint l’honneur de remettre en scelle cette Institution, qui durera jusqu’à la fin de la IIIe République et même après.
Lorsqu’on lit le Journal Officiel contenant les débats parlementaires, on y trouve les traces d’une forte résistance contre l’injustice coloniale, contre l’assimilation et ses méthodes et contre les abus du travail forcé, de la justice indigène et de l’autoritarisme excessif des représentants locaux de l’Administration.
Ce furent, sans conteste, leurs récriminations qui ont permis les modestes avancées esquissées, timidement, aussi bien par la Conférence de Brazzaville (30 Janvier 1944), que par l’Union Française (1946).
Dans la sphère francophone, dans les Institutions comme les Grands Conseils de l’AOF et de l’AEF, dans les Assemblées Locales, comme dans les Assemblées de l’Union Française, au Conseil de la République et à l’Assemblée Nationale, des élus africains résistent, à leur manière, contre la domination étrangère.
Bien que l’époque soit celle de la protestation verbale, on entend leurs voix, lors de la dévaluation du franc CFA, au bénéfice exclusif de Paris, pendant le bombardement du Port Haiphong, en 1946, la révolte de Madagascar de Mars 1947 et ses 100 000 morts, sans parler de l’arrestation et de la condamnation des trois Députés malgaches, au Palais Bourbon, mais aussi, pendant les Massacres de Thiaroye du 1er Décembre 1944, au Sénégal, ou les évènements sanglants de Sétif, en Algérie (Mai 1948).
Louis Paul Ojulat du Cameroun, Léopold Sédar SENGHOR et Lamine GUEYE du Sénégal, Félix Houphouët BOIGNY de Côte d’Ivoire, Mamba SANO de Guinée, Sourouminian APITHY du Dahomey, Andréas AKU du Togo, Emile d’Erlin Zinsou du Dahomey, Georges CONDAT du Niger, Joseph Konombo, Nazi Boni de Haute-Volta, Gabriel d’Arboussier, reprennent le flambeau, qu’avaient brandi, avant eux, Gratien CANDACE, Henri BERENGER, LAGROSSIERE.
L’action de ces élus était soutenue et, quelquefois même, inspirée par le combat initié par Issac Beton, Professeur au Lycée Saint-Louis, Dantès-BELLEGARDE, d’Haïti, le Docteur Jackson, Alcide DELMOND, l’Avocat Reyford Logan, Blaise DIAGNE, Lamine GUEYE, Ngalandou DIOUF, Béchir SOW du Tchad, Mohamed Benchennouf Hachémi d’Algérie, Condat GEORGES Mahamane du Niger, Konombo Joseph Issouphou de Haute-Volta, Dia Mamadou du Sénégal, Douala Manga BELL du Cameroun, GUEYE Abass du Sénégal, GRUNITZKY Nicolas du Togo, Maga Hubert du Dahomey, Mahamoud Harbifarah de la Côte Française des Somalies, Ouédrago Mamadou de Haute Volta, qui ramaient, tous, dans le même sens.
On trouvait, également, des résistants dans les rangs des Noirs, qui manifestaient, à Paris, des sympathies pour le Parti Communiste Français. C’était le cas de Caminade, Paul Faure, LY Ibrahima, Pierre Salzman, frère de François Salzman, NDIAYE Mass, SOW Ibrahima , SY Sékhou, TOUNKARA Ouandé, GUEYE Abdoulaye, DIOUF Ousmane, DIALLO Samba dit DIALLO Rita, William SAM, Lamine SENGHOR, Thiémokho Garan KOUYATE, Kodjo TOVALOU, Louis HUNKARIN etc.
Beaucoup d’entre eux étaient membres de l’Union Intercoloniale, qui tenait ses réunions au 94, Boulevard Auguste Blanqui avec, à leurs côtés, des personnalités comme SAROTTE, représentant de la Martinique, Hadjali, Représentant de l’Algérie, Saint-Jacques, Représentant de Madagascar, SYLVA, Représentant de la Guyanne et Bloncourt, Représentant de la Guadeloupe.
Ces figures emblématiques de la résistance développent, presque toujours, un argumentaire de rupture, un plaidoyer ouvrant des perspectives nouvelles articulées, pour l’essentiel, au passé de la région concernée.
Certes, tout le monde n’a pas été résistant. Il y a bien eu des collaborateurs et, même, des traîtres à leur race et à leur patrie, comme il en existe partout. Mais, ils ne sont jamais parvenus à renverser durablement le cours des choses
L’indépendance acquise, le mouvement, loin de s’arrêter, s’est poursuivi. Pourquoi ? Sous quelles formes et à quelles fins ? Selon quelles méthodes ? Chacune de ces questions mérite réponse.
L’entrée en scène de nouveaux acteurs et de nouveaux contextes modifie tout naturellement la donne.
Mais, la lutte n’en continue pas moins. Il apparaît, ainsi, que l’Homme Noir a, toujours, été debout, pour faire face à la domination et l’oppression. Sa résistance a été, partout, omniprésente.
Il y a, là, une dimension fondatrice, articulée à des comportements, à des valeurs et à des références capables de libérer, totalement, l’homme africain, des fantasmes coloniaux et post-coloniaux, qui ont gangrené son esprit.
Il y a, là, une démarche capable de le décomplexer, de le réarmer moralement, de lui insuffler une volonté permanente de courage, de dignité, de liberté, un goût de la démocratie, de la justice et du droit, un refus systématique de baisser les bras, de s’agenouiller ou de se coucher. Le refus, en plus, de l’humiliation, de la honte de la soumission au plus fort, au plus riche, au plus puissant, au nom du droit de chaque être humain de s’élever contre ce que sa conscience abhorre.
Dans le contexte de la mondialisation actuelle, qui, en agissant par uniformisation et par standardisation , taille toutes les société sur le même patron et fait abstraction de leurs spécificités culturelles, si nous parvenons à élever ce message, au rang d’un viatique, dont chaque africain s’armera, dans le combat pour sortir notre continent de l’aliénation, de la domination, de la sujétion, du mépris culturel, de la marginalisation économique, diplomatique, nous l’aurons sauvé du naufrage, qui le guette et des velléités de reconquête impériale.Il faudra, pour cela, que les enseignants d’Histoire, leurs associations professionnelles, leurs instituts de recherche, leurs chercheurs, leurs communicateurs traditionnels s’organisent en réseaux, repensent le contenu des programmes et des enseignements, créent de nouveaux outils d’apprentissage.
Il faudra une politique vigoureuse dans laquelle, les traditionnistes, les archivistes, les instituts, les musées, les archéologues, les linguistes, les anthropologues, les sociologues, les historiens, les groupements de jeunes, s’impliquent dans ce combat, qui nécessitera des moyens et des soutiens politiques et financiers, capables de les transformer en synergies positives.
L’histoire africaine sera, alors, investie, dans les magazines, dans les bandes dessinées, dans le cinéma africain. Des pages d’Histoires seront, régulièrement ouvertes, dans les journaux, dans les radios, dans les télévisions, dans les cybercafés et sur Internet.
Des clubs d’Histoire seront créés dans toutes les écoles élémentaires, moyennes, secondaires et universitaires.
Des pièces de Théâtre à caractère historique, des chansons, des poèmes, des manuels de vulgarisation seront produits, pour toucher le plus grand nombre.
Des olympiades d’Histoire, à l’échelle nationale et continentale et à celle de la Diaspora, avec des prix et des distinctions honorifiques, seront encouragées.
Des historiens africains seront honorés, mieux écoutés et plus respectés, qu’ils ne le sont actuellement.
Ainsi, une conscience historique nouvelle verra le jour, pour prendre en main, le destin de notre Continent, dans la continuité de tout ce que nos prestigieux devanciers ont entrepris, depuis l’aube des temps.
Or, quand la conscience est éclairée, le combat au service de l’Afrique ne peut que sourire d’espoir et de réconfort, car la conscience, a dit quelqu’un, est, toujours, un pouvoir.
Tel doit être le sens véritable de notre combat.
II - APPORT DES NOIRS A
LA SCIENCE ET A LA TECHNOLOGIE
Ce cadrage, une fois posé, il faut, dès l’entame, rappeler que, tenter d’évaluer l’apport de l’Afrique au Patrimoine Scientifique et Technologique ne constitue pas un exercice nouveau.
D’autres, avant nous, s’y sont attelés, avec brio. Nous fondant sur leurs travaux remarquables, nous devons profiter de notre projet pour leur rendre un hommage mérité.
L’Afrique est, aujourd’hui, universellement reconnue, comme étant le berceau de l’humanité.
Elle est, également, le seul continent, où toutes les phases de l’évolution humaine sont attestées par des éléments concrets.
C’est, donc, sur son sol, que les premières formations humaines ont vu le jour, se sont développées, pour ensuite, essaimer à la faveur de facteurs multiples, vers les autres parties de la planète.
C’est, incontestablement, là que les premières manifestations du génie humain se sont exprimées, comme en portent témoignage d’innombrables traces du temps du Paléolithique, comme du Néolithique, notamment.
Depuis les découvertes d’Henri LOTTE, il est prouvé, avec les peintures rupestres au Sahara, que les peuples noirs avaient connu plusieurs cycles culturels.
La conception et la construction de la Pyramide de KHEOPS, à une époque où l’on ne connaissait, ni le fer, ni la roue, ne cessent de forcer notre admiration et de poser à tout observateur averti, des questions qui n’ont pas, encore, été élucidées, à ce jour.
On sait, par ailleurs, que bien avant l’édification de la Grande Pyramide, le Peuple égyptien avait, à partir d’une observation méticuleuse du Nil, imaginé et maîtrisé des mécanismes d’endiguement et des techniques d’exploitation de ses crues, grâce auxquelles, il avait fertilisé des régions entières, jadis, occupées par le désert, ou les marécages, pour les transformer en un cadre de vie prospère.
Lorsqu’on évalue les réalisations de l’Egypte Antique, on y sent une volonté tenace de maîtriser les forces de la nature, le souci constant de booster les limites des capacités de l’homme à façonner son destin, avec une constance et une pugnacité extraordinaires.
On en vient à estimer que ce peuple exceptionnel, comparé à d’autres peuples de la même époque, avait pris une avance de près de 2 000 ans sur l’Histoire Générale de la planète.
Aucun de ces processus n’était le fait du hasard. Il était le résultat de savoirs et de savoir-faire intériorisés, de techniques et de technologies maîtrisées par des acteurs du moment, que malheureusement, le peuple noir, comme le reste de l’humanité, dans leur écrasante majorité, ignorent.
Les écrits des historiens grecs, les chroniqueurs arabes, tout comme les différents témoignages, du Soudan Nigérien, par exemple, renferment des données intéressantes.
Les descriptions du continent et de ses populations, laissées par les explorateurs mentionnent elles aussi, des éléments importants.
Les différentes campagnes de fouille faites en Afrique ont, par ailleurs, révélé des données incontestables.
Mais, nul n’a autant que l’incomparable Professeur Cheikh Anta DIOP, saisi cette problématique, avec l’exhaustivité qu’on lui connaît.
Dans « Nations Nègres et Culture », il nous révèle l’existence « d’un Observateur Astronomique » selon le témoignage de LEPSIUS, dans la Méroé Antique.
Il signale, en outre, « qu’on y a découvert une série d’équations numériques, relatives à des évènements astronomiques, qui s’étaient déroulés deux siècles avant, Jésus Christ ».
Après avoir démontré que les égyptiens étaient des Noirs, le Professeur Cheikh Anta DIOP, pour étayer sa thèse, a exposé, un certain nombre d’arguments ethnologiques, parmi lesquels, le totémisme, la circoncision, la cosmogonie, la royauté, l’organisation sociale, le matriarcat ou la parenté.
Sa théorie s’appuie, également, sur des arguments linguistiques, au nombre desquels, il avait, avec brio, établi une étude comparative des Grammaires égyptienne et Ouolof, ainsi, d’ailleurs, qu’une autre, concernant le Vocabulaire.
Cheikh Anta a soutenu que ce sont les égyptiens qui ont initié des Savants, comme Solon, Thalès, Platon, Pythagore, Eudoxe, Archimède, Eratosthène, etc...
Il a, également, mentionné les particularités de l’Architecture cyclopéenne, découverte au Zimbabwe. Preuve, assurément, que l’Afrique anté-coloniale connaissait, non seulement l’usage de la pierre, mais également, des processus architecturaux avancés, pour l’époque, attestés par l’existence de châteaux- forts fortifiés, de fenêtres vitrées, de murs peints, etc., et d’éléments architecturaux combinant le bois à d’autres matériaux.
Le même Cheikh Anta DIOP avait, déjà, soutenu le caractère rigoureusement endogène du style architectural dit de Djenné et de Tombouctou.
L’Afrique anté-coloniale possédait ses corporations de maçons, de pêcheurs, de chasseurs, de piroguiers, d’architectes, comme en portent témoignage, certaines formes d’habitats Dogons.
C’est, encore, Cheikh Anta DIOP, qui note la présence d’une métallurgie comprenant l’extraction de minerais, métallurgie attestée, entre autres preuves, par la maîtrise du travail du bronze des chevaliers du Bénin, la pratique de l’Orfèvrerie, le travail de l’or, du cuivre, de l’étain, des alliages, de la serrurerie, etc. ..
Même, le travail du fer était attesté. Puisque sa présence en Afrique date de 2500 ans
C’est, toujours, Cheikh Anta DIOP, qui mentionne la place que la Médecine Spécialisée et l’Hygiène avaient atteinte, en se fondant sur le témoignage de Tariq El Sudan.
Cette Médecine empirique avait maîtrisé l’opération de la Cataracte.
La Toxicologie, elle aussi, empirique, avec l’utilisation des venins de serpent et des sucs de certaines plantes était déjà connue.
L’usage du savon avait, également, été inventé.
Cheikh Anta avait, de même, découvert, dans « L’Afrique Précoloniale », l’usage du métier à tisser, à pédales ou horizontal, les techniques d’exploitation et de transformation du coton, et l’existence d’un velours indigène chez les peuples Balubas.
Evidemment, les métiers de tailleurs et de couturiers avaient une origine endogène que la perspicacité du chercheur sénégalais nous fait découvrir.
Dans le domaine de l’agriculture, il démontre que les peuples africains avaient mis au point, des techniques agricoles permettant toutes les cultures, dont ils avaient besoin.
Ce sont eux qui ont développé en Amérique la culture du coton, du riz et de l’indigo, ainsi que leur savoir faire et la technologie nécessaire à ces activités.
La cordonnerie, la vannerie, la chasse, l’écriture et les techniques nautiques, pratiquées dans l’Afrique précoloniale, ont, elles aussi, été inventées en Afrique.
Bakari II a équipé 2.000 pirogues, grâce auxquelles, il s’est lancé dans la traversée de l’Atlantique ; et celà, dés le début des années 1300.
En 1513, Vasco Nunez de Balboa affirme avoir rencontré des Noirs dans l’Isthme de Panama, confirmant, ainsi, les révélations du chercheur américain Ivan Van SERTIMA, faites dans son livre, intitulé : « Ils y étaient avant Christophe Colomb ».
Le chercheur scandinave Thor HYERDALL, pour vérifier cette assertion, a conçu un canot selon les techniques des Boudoumas du Tchad, grâce à quoi, il effectua, du 25 Mai au 18 Juillet 1869, la traversée de l’Atlantique, du Maroc aux Antilles, soit une distance de 4.345 Kms.
M. Serge BILE, mentionne cet événement. Tout récemment, une embarcation partant de Saint-Louis du Sénégal, a rejoint Cayenne, entre Mars et Avril 2009, en 42 jours.
Tous ces remarquables travaux n’ont cessé de se développer dans les pays francophones, anglophones, lusophones ou hispanophones d’Afrique, ainsi que dans nombre de pays de la Diaspora, soit à l’occasion des débats engagés par l’Unesco autour du projet de l’Histoire Générale de l’Afrique, dont, notamment, le fameux Colloque du Caire, soit dans d’autres cadres.
Le Professeur Théophile OBENGA a apporté à cette réflexion, une contribution irremplaçable. Le BREDA, à Dakar, a organisé d’intéressantes rencontres au cours desquelles, des savants noirs anglophones ont, même, démontré que des modèles des ponts aériens, parmi les plus célèbres des Etats-Unis avaient, aussi, été, découverts en Afrique, bien avant l’arrivée des Blancs.
Dans l’ouvrage monumental qu’il a consacré à l’Afrique Noire (Egypte Pharaonique et Afrique Noire) dans l’Antiquité, notre sémillant collègue a, tour à tour, étudié, la question de la diffusion des peuples noirs dans l’Antiquité Primitive, celle des divers foyers culturels antiques, avant de se consacrer à ce qu’il appelle le rôle civilisateur des anciens égyptiens dans l’Histoire de l’Humanité, à travers des exemples empruntés à l’Ecriture, à l’Architecture, notamment.
Ces deux Savants auxquels, on doit ajouter, pour faire bonne mesure, le Prince Dika Akwa du Cameroun et les Professeurs Aboubakry LAM, Babacar SALL et Pathé DIAGNE de l’Université Cheikh Anta DIOP, ont, admirablement, démontré la parenté génétique de l’Egyptien Ancien avec les langues négro-africaines et mis en exergue, avec érudition et compétence, les capacités opératoires des parlers négro-africains et leur aptitude à transposer les concepts les plus sophistiquées.
Poussant, plus loin, sa réflexion, Cheikh Anta DIOP écrit dans « Nations Nègres et Culture » : « L’homme de couleur, contrairement ce que pense André SIEFRIED, loin d’être incapable de susciter la technique, est celui-là, même, qui la suscita, le premier, en la personne du nègre, à une époque où toutes les races blanches, plongées dans la barbarie, étaient, tout juste, aptes à la civilisation ».
« En disant que ce sont les ancêtres des nègres qui vivent, aujourd’hui, principalement, en Afrique Noire, qui ont inventé, les premiers, les Mathématiques, l’Astronomie, le Calendrier, les Sciences, en général, les Arts, la Religion, l’Agriculture, l’Organisation Sociale, la Médecine, l’Ecriture, les Techniques, l’Architecture ; que ce sont eux, qui ont, les premiers, élevé des édifices de 6 millions de tonnes de pierre( Grande Pyramide, en tant qu’Architectes et Ingénieurs) et non en tant qu’ouvriers ; que ce sont eux, qui ont construit l’immense temple de KARNAK, cette forêt de colonnes, avec sa célèbre salle HYPOSTYLE, où entrerait nôtre Dame avec ses Tours ; que ce sont eux, qui ont sculpté les premières statues colossales, en disant tout cela, on ne dit que la modeste et stricte vérité que personne, à l’heure actuelle, ne peut réfuter par des arguments dignes de ce nom ».
Portant, ainsi, le débat à un niveau qu’il n’avait, jamais, atteint, après les intuitions de VOLNEY et BLYDEN, les publications de Marcus GARVEY et les anticipations de FIRMIN, celui que le Professeur OBENGA appelle le Père de la Nouvelle Ecole Historique Africaine avait, très largement, ouvert la voie.
Sous cet éclairage, les fastes des empires du Soudan Nigérien, pour ne citer que ceux-là, s’inscrivent dans une continuité historique ininterrompue.
Les Rappeurs et chansonniers noirs disposent, là, d’un vivier informatif considérable dans lequel, ils devraient puiser, sans modération, pour inscrire tous ces savoirs dans l’esprit de tous les segments du monde noir. Tirant les conclusions d’une partie de ce qui vient d’être rappelé, le Professeur Cheikh Anta DIOP s’exclame : « Dès lors, le nègre doit être capable de ressaisir la continuité de son passé historique national, de tirer de celui-ci, le bénéfice moral nécessaire, pour reconquérir sa place dans le monde moderne, sans verser dans les excès d’un nazisme à rebours, car la civilisation dont il se réclame eût pu être créée par n’importe quelle autre race humaine - pour autant que l’on puisse parler d’une race - qui eût été placée dans un berceau aussi favorable, aussi unique ».
Pour compléter ce dispositif, deux chercheurs Paul Fehmu BROWN (un noir canadien) et Oumar DIOUME (un sénégalais de stricte obédience, qui vient de regagner son pays, après plus de 20 ans passés en Amérique du Nord) ont publié, aux Editions « Les Cinq Continents », en 1998, un important fascicule intitulé : « Inventeurs et Héros Noirs » dans lequel, figurent 42 personnalités sélectionnées, parmi lesquelles :
la pionnière du féminisme, au Canada, dans la Province de Nouvelle Ecosse, Rose FORTUNE, est une Noire, née en 1774, d’une famille d’esclaves. Elle fut la première Policière.
Des Noirs ont, aussi, participé à l’exploration du Monde. C’est le cas avec Jean Baptiste Pointe du Sable (1745-1818), né d’un métissage franco-congolais, fondateur de la ville de Chicago.
Il a, le premier, traversé le Mississipi, jusqu’aux environs du Lac Michigan.
Matthew HENSON, qui fut, dès 1909, un des explorateurs de l’Arctique.
Elijah Mc Coy (1843-1929), lui aussi, d’origine africaine, qui compte à son actif, 50 inventions.
Benjamin BANNEKER (1731-1806), qui inventa la première horloge américaine, en 1753, reçut les hommages et l’admiration du Président JEFFERSON, qui transmit ses travaux à son ami CONDORCET, de l’Académie des Sciences de France, travaux qui furent applaudis par tous les académiciens.
Richard Pierre POINTE, originaire du Boundou, stratège militaire, qui mobilisa les noirs de 16 à 60 ans dans une milice, grâce à laquelle, le Canada remporta sa première victoire militaire contre les Etats-Unis.
Tilly MAYS, femme de conviction, inventrice de l’Action humanitaire, qui mit au point un service de bénévolat, destiné à dispenser l’instruction aux anciens canadiens noirs, ayant participé à la guerre des Boers, dans le cadre de ses écoles du dimanche.
Majorie JOYNER (1696-1794), inventrice d’une machine électrique
Granville T. WOODS (1856-1910), qui comptait à son actif, 150 inventions nouvelles.
Lewis LATIMER (1848-1928), qui fut l’auteur d’un manuel à l’usage des écoles sur l’éclairage électrique.
Norbert RIILIEUX (1806-1894), qui a inventé un procédé permettant le raffinage du sucre.
Abdou MOUMOUNI, Professeur Agrégé de Physique, Docteur d’Etat, qui inventa le chauffe-eau solaire, adapté aux pays du Sahel.
Cheikh Modibo DIARRA, co-responsable de la mission « Pathfinder » sur Mars.
Camille Saint Jacques LARAQUE (1902-1986), qui a été l’un des plus grands spécialistes de la mécanique des fluides et de la thermodynamique, au 20e siècle, avec à son actif, 5 sélecteurs brevetés.
Il fut, en outre, l’un des membres les plus influents de la Ligue de Défense de la Race Noire et de l’Union intercontinentale.
J’ajoute, pour ma part, que c’est un Noir, nommé Washington CARVER, qui a fait des découvertes sur l’arachide, la patate douce et le soja.
Le rôle joué par l’Institut TSUKEGGEE de Booker T. WASHINGTON, dans ce sens, fut déterminant.
On pourrait y ajouter que, c’est le Professeur Abdoulaye WADE, qui a inventé « The Formula WADE » (Pt-29) Q t = St), visant à combattre la pauvreté par le pétrole, publiée, pour la première fois, le 22 Septembre 2006, par le Financial Times, dans un Article intitulé : « Africa Over a Barsel ».
Un travail du même genre doit être entrepris dans chacun des 53 pays africains et dans chacun des pays des Amériques, de la Caraïbe, de l’Europe, du Moyen-Orient, mais aussi, de l’Asie et de l’Océanie, où les Noirs ont développé des civilisations brillantes, avant d’être dominées et écrasées, de manière à dresser la liste complète de tout ce que le Monde noir a apporté à la Science et à la Technologie, dans un premier temps.
Dans un second temps, il faudra procéder à un inventaire, tout aussi exhaustif, dans le domaine des Arts, des Lettres, de la Politique, du Droit, de l’Histoire, de l’Economie, de la Linguistique, de la Danse, de la Chanson, du Sport, etc., bref, dans chacun des domaines de la connaissance et de l’activité humaine.
Les éléments de cette gigantesque moisson pourraient être consignés dans une Encyclopédie Africaine destinée à révéler, au grand jour, tout ce que nos ancêtres et les fils actuels du Continent, ont apporté au Patrimoine de l’Universel.
Cela veut dire que notre projet n’a pour ambition que de poser un jalon. Il ne doit pas s’arrêter à un simple Colloque. Il doit se poursuivre sous une Autorité Scientifique Internationale, comme le FESMAN, par exemple, s’appuyant sur des Comités Nationaux de Recherches Pluridisciplinaires, touchant tous les domaines du Savoir (artisanaux, scientifiques, ethnologiques, culturels, etc.).
Cela demandera des moyens. Nous devons les trouver, car cette richesse incommensurable va étonner toute l’humanité et modifier, du coup, la vision que les autres continents, cultures et civilisations, ont de l’homme noir et de sa place dans l’Histoire, et dans la Gouvernance Mondiale.
C’est cela qui va armer les générations actuelles et futures, d’outils de re-célébration, de conscientisation, de fierté.
C’est cela, qui permettra de saisir, dans son exacte mesure, la grandeur du peuple africain, le génie de l’homme noir.
C’est cela, qui légitimera notre volonté de réécrire l’Histoire du Monde, une histoire qui restituera enfin à notre race (si tant est que la race existe), la juste place à laquelle, elle a droit.
Si le combat sacré pour les Etats-Unis d’Afrique et la Renaissance Africaine sous-tend cette démarche, on peut parier que ce combat-là peut être gagné, à condition, évidemment, que chaque fils, que chaque fille de notre continent et de sa Diaspora se retrousse les manches, avec la volonté ferme et résolue, de se mettre au travail, dès à présent et sans relâche, dans la sphère où s’exercent ses activités, armé du dessein conscient de traduire ces deux nobles et fortes Ambitions, en actes concrets.
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