Quelqu’un, dans ce pays, qui se gêne qu’on parle de lui en bien ? Que l’on dise qu’il est vertueux même en entourant le propos de l’anonymat ? Vous vous rendez compte ? Fait rare à l’ère du “m’as-tu vu” et du “moi-je”. La société du paraître a ses exceptions. L’une d’elles, c’est cet ami qui m’a parlé des “grands chantiers des valeurs’’ et qui m’a refilé la superbe expression de “fast-think”. C’était en réaction au texte dans lequel je parlais de généalogies “fast-food”.
Ce matin, j’ai une humeur moribonde. Je passais sur une rue très fréquentée de Pikine. Le soir, les ordures faisaient leur congrès sur l’asphalte, disputant le monopole du désordre aux clandos, cars rapides et autres guimbardes sautillant comme des puces par un temps sec. Les éboueurs, en grève, ont démontré qu’ils seraient plus utiles au pays que certains hommes publics. Demandez leur avis aux mouches (pas les caméléons politiques hein !) et moustiques qui ont fait leur “ngenté toubab” sur les monticules ! Je n’ai pas le ton irrévérencieux pour un sou. Seulement, pour une fois, je suis en phase avec cet homme politique doublé d’un avocat qui disait, le week-end dernier, que “le peuple sénégalais est fatigué de ses hommes politiques”.
Je vous parlais, la semaine dernière, des “logues” de la République (politologues et autres). Eh bien ! la politique a ses “settologues’’. Eux, sont les “Monsieur Vertu” et “Mains propres’’ aux actes couverts de la suie de l’escroquerie. J’en ai vu quelques-uns, lors de la dernière présidentielle, aligner des tirades sur la morale. Dieu, qu’ils avaient de la peine à être convaincants, même avec un dessin à l’appui, deux mains : l’une en noir et l’autre en blanc ! Les uns taillaient en pièces d’anciens “messies” tandis que les autres faisaient l’apologie de la virginité (pas de mauvaise pensée !) en matière de gouvernance. Premier couac : chèque sans provision. Deuxième : vente illégale de terrains. Troisième : escroquerie sur plusieurs millions. Quatrième : détournement. Et cela continue ! La liste est longue. Mains propres ? Mon oeil ! Hormis la part de ’’Ndogal’’ (pardon Cheikh Lô), c’est bien une erreur de casting pour nous autres Sénégalais. Je suis d’un pays où un “Monsieur comme il faut’’, pour pirater Guy Tirolien, dénonce les voleurs le matin et quémande, lorsque la lune enveloppe de sa robe de pudeur les êtres et les choses, une entrevue pour une opération de chirurgie esthétique sur le pacte d’alliance noué avec les malfrats dénoncés tout haut.
Je préfère la plastique très tonique et malléable d’une Beyoncé Knowles ou l’Opb (Offre publique de bise) d’une Vivi à l’esthétique de la politique de l’instant et des intérêts. Un masque en fait. J’apprécie le beau, mais je me garde de considérer l’image de la femme comme un vulgaire objet de réclame ou de fantasmes. Et pourtant, c’est de saison à la faveur d’une vicieuse superposition d’illustrations ! En parcourant les voies à grande circulation, je tombe souvent sur le corps d’une femme exposée sur les panneaux géants. Au bas de cette superbe nymphe en peinture et en exhibition, il y a l’image d’une voiture de luxe. Des deux, l’objet et la femme-objet (merci la Gawlo !), je me demande lequel il faudrait admirer. L’approche est loin d’être farfelue. J’entends souvent un de mes amis soutenir, avec un malin plaisir, qu’il n’y a rien de plus efficace pour booster une équipe commerciale qu’un bataillon de disquettes bien armées physiquement. Et la valeur du produit que ces bombes sexuelles sont chargées de vendre, qu’en fait-il ? Avec un rire malicieux, il estime ne se soucier que de son chiffre d’affaires. Attention, Monsieur est un mauvais conseiller pour tous les employés qui gèrent un budget !
Franchement, je confesse que la beauté, c’est mieux qu’un plus ; c’est essentiel, car il ne faudrait pas, comme le disait ma très taquine grand-mère, que la personne soit laide au point de faire passer de vie à trépas toute personne qui découvrirait son visage ! Mon propos païen s’arrête à ces mots pour ne pas prendre une gamelle de ces femmes qui savent se faire respecter. Pas simplement parce qu’elles sont belles, mais bien parce qu’elles sont déterminées à être les vigies de la société. L’autre jour, je suis tombé sur une information : au Kenya, elles ont lancé, sous la houlette de la désormais célèbre Ann Njogu, un mot d’ordre de grève du sexe. Le motif ? Marre des hommes politiques qui installent le pays dans un cycle d’instabilité ! Noble cause à effet immédiat. Une image a fait le tour du monde. Un homme s’est converti prêcheur de rue pour infléchir la religion des partenaires de choix des hommes : “Allons voir dans les quartiers chauds !” Il a eu chaud lui...
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