Mory Kanté a pris le relais de Youssou Ndour mercredi dernier sur la scène de l’Esplanade Riadh El Feth d’Alger. Son spectacle a ravi un public venu découvrir ce « griot électrique » dont la musique est de plus en plus acoustique.
ALGER (Algérie) - Mory Kanté est très préoccupé par la difficile situation sociopolitique que traverse son pays, la Guinée. « J’appelle tous les Guinéens à l’édification de l’unité nationale indispensable pour la paix et le développement de notre cher pays », a-t-il déclaré mercredi soir après son concert à l’Esplanade Riadh El Feth d’Alger. Il a même entonné une chanson composée pour la circonstance, un véritable hymne pour l’unité et le dialogue destiné aux hommes politiques, aux membres de la société civile, aux militaires et aux citoyens de la Guinée. Le « griot » électrique, comme on le surnommait dans les années 1990, fait partie des grands musiciens du continent et de la diaspora invités à la deuxième édition du Festival culturel panafricain d’Alger (Panaf 2009, du 5 au 20 juillet). La culture, selon lui, est un véritable ciment capable d’unir les peuples. « Les artistes ont déjà réalisé l’unité africaine et les acteurs politiques doivent suivre le rythme. Moi, je me considère comme un Africain et je suis très fier de participer à ce festival panafricain d’Alger qui est un grand moment de communion et d’échanges pour des communautés venues de toutes les parties du continent », nous a-t-il confié après son spectacle suivi par des milliers de personnes.
Sur la même scène où s’est produit Youssou Ndour la veille, Mory Kanté et ses musiciens ont tenu en haleine un public ravi de le (re) découvrir, lui qui est devenu très discret depuis quelques années. Pourtant, il est l’auteur d’un des plus grands tubes de l’histoire de la musique africaine, « Yéké Yéké », un disque qui s’est vendu à des millions d’exemplaires à la fin des années 1980 et qui a été repris dans de nombreux pays sous différentes versions. Mercredi soir à l’Esplanade Riadh El Feth d’Alger, Mory Kanté a démontré qu’il n’est pas un « has been » et que les manitous de la world music ont tort de vouloir l’enterrer avant l’heure. Le griot électrique est devenu plus acoustique, avec une musique plus dépouillée où les instruments traditionnels comme la kora (qu’il manie à merveille), le balafon, le tokhoro (flûte peule) et les djembés sont mis en valeur. Finis les compositions et les arrangements mâtinés de funk et de rock. Le Mory Kanté nouveau se veut plus soft et moins psychédélique. Bref, une musique que l’on peut écouter les yeux fermés, l’esprit ailleurs, loin du stress quotidien et des tracas de la vie moderne. Bien sûr, de temps en temps, le chanteur guinéen propose des rythmes dansants, comme justement dans « Yéké Yéké » qui a bien secoué les Algérois.
LES PAS DE DANSE DE DANNY GLOVER
Dans quelques mois, en décembre, Mory Kanté compte bien remettre ça, cette fois-ci à Dakar où il va certainement se produire pour la troisième édition du Festival mondial des Arts nègres (Fesman) dont il est l’un des ambassadeurs. « Je suis vraiment flatté d’avoir été choisi par les responsables du Fesman pour mieux faire connaître cet important événement culturel à travers le monde », confie-t-il aux journalistes qui l’ont interrogé à la fin de son spectacle. Un spectacle qui a été marqué par la virtuosité de ses musiciens (parmi lesquels l’Américain Thomas Vahle qui a fait les beaux jours du Nakodje de Dakar et qui joue si bien de la flûte et de la sanza), la belle voix de ses trois ravissantes choristes et les notes de kora très mélodieuses de Mory Kanté. Sa musique a ravi le comédien Afro-américain Danny Glover (« L’arme fatale » aux côtés de Mel Gibson) qui, devant la scène et durant tout le concert, n’a pas arrêté de danser. Chemise trempée de sueur, parlant avec peine tellement il a le souffle coupé, il a quand même tenu à nous dire qu’il est super heureux de partager ces moments de bonheur avec ses frères Africains venus en masse (près de huit mille invités sont à Alger !) pour participer au Panaf 2009. Au milieu de nombreux fans qui veulent se faire photographier à ses côtés, Danny Glover s’y prête avec sourire. La veille, Youssou Ndour l’avait invité sur scène. Il avait esquissé des pas de... mbalakh et arraché des applaudissements au public. Mercredi soir, il était visiblement heureux d’écouter et de danser une musique qui symbolise bien la culture mandingue.
Il faut dire que Mory Kanté a séduit le public en revisitant son riche répertoire et interprétant des titres tirés d’albums comme « Touma », « Akwaba beach », « Ten cola nuts », « Kourougnégné (l’un de ses premiers disques solos) ou « Sabou », le tout dernier paru en 2004. Depuis cette date, celui que l’on doit désormais surnommer le « griot acoustique » sillonne le monde, multipliant les featurings et les duos, comme dans « Nin kadi » avec Shola Ama, ou avec Carlos Santana. Entre tournées et concerts à travers le monde, Mory Kanté s’illustre dans d’autres projets comme des BO de films : « Black mic mac » ou « The Beach » de Leonardo di Caprio (avec un remix de « Yéké Yéké »). Lui qui est très actif dans les causes humanitaires (disque « Tam Tam pour l’Ethiopie »), est devenu ambassadeur de la FAO en 2001 et contribue à la lutte contre la faim et la pauvreté. Depuis qu’il a quitté la France et retrouvé sa Guinée natale, il s’est consacré à un grand projet culturel à Conakry : un studio d’enregistrement et une école de musique pour l’enseignement de l’utilisation des instruments traditionnels et la formation aux métiers du spectacle. L’ancien sans-papiers des banlieues parisiennes a bien fait du chemin. Et il l’a bien prouvé mercredi soir à Alger.
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