La Mauritanie se rend aujourd’hui aux urnes pour désigner démocratiquement un président de la République après l’intermède d’un an des militaires qui avaient renversé Sidi Ould Cheikh Abdallahi, un autre président élu seize mois auparavant. Le retour espéré à une vie institutionnelle normale devrait permettre à ce pays voisin de réintégrer la communauté internationale. Toutefois, cela ne suffit pas à dissiper toute inquiétude par rapport à l’avenir démocratique de ce pays. Depuis plus de trente ans sous l’emprise du pouvoir kaki, la Mauritanie était tenue en dehors du vent démocratique qui a commencé à souffler sur l’Afrique à partir des années 90. Le coup d’Etat d’août 2005 qui a renversé le colonel Maouwiya Ould Taya après 19 ans de pouvoir, a paradoxalement posé les jalons de l’ouverture démocratique. En effet, grâce au chef de la junte, le colonel Ely Mohamed Ould Vall, une transition exemplaire a été menée et a abouti aux premières élections libres et démocratiques les 11 et 25 mars 2007 avec la victoire de Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Mais la Mauritanie n’aura même pas le temps de savourer les félicitations de la communauté internationale que ce dernier fut renversé le 6 août 2008 par le général Abdel Aziz.
La patiente médiation du Sénégal a permis d’arracher un accord aux différentes forces politiques, un calendrier pour la tenue de nouvelles élections. Le hic est que Sidi Ould Cheikh Abdallahi, le premier président démocratiquement élu, a été écarté de la course par l’accord de Dakar. Cela veut dire que tout compte fait, les putschistes n’ont pas été frustrés de leur objectif premier.
La grande question que l’on peut se poser est de savoir si le général Abdel Aziz qui est un des neuf candidats, ne gagne pas la présidentielle, est ce qu’il reconnaîtra sa défaite ? A l’entendre sur Rfi, c’est comme s’il exclut cette éventualité car il soutient qu’il ne va pas perdre et va même gagner dès le premier tour. Ensuite, s’il reconnaît la victoire d’un civil, l’armée va-t-elle laisser ce dernier gouverner en résistant à toute tentation de reprendre le pouvoir par la force comme l’avait fait le général Abdel Aziz. Ce débat est très prégnant en Mauritanie. Même si certains écartent cette éventualité en donnant comme argument, la résistance au coup de force qui a fini par pousser les militaires à accepter des élections, le risque d’une démocratie à l’ombre des baïonnettes demeure. Il est vrai que le président Sidi, qui était en 2007 le candidat de l’armée, a pu être débarqué avec d’autant de promptitude que les militaires pensaient qu’il leur était redevable quelque part. Espérons que la précipitation dans laquelle le scrutin a été organisé ne nuise pas à sa transparence et à son bon déroulement. Avec les quatre poids lourds que sont Ould Daddah, Ould Boulkheir, le général Abdel Aziz et son cousin de colonel, Ely Mohamed Ould Vall, la compétition sera serrée. Les attaques ad hominem qui ont été notées au cours de la courte campagne électorale, font craindre des violences post électorales. Déjà, le général Adbel Aziz est accusé de vouloir passer grâce à la fraude par Ould Daddah et Ould Boulkheir qui menacent de joindre leurs forces pour s’opposer à toute tentative de confiscation du vote des Mauritaniens.
Quoiqu’il en soit le vainqueur ne sera pas à la fête car il devra faire face au désir d’ouverture et de liberté des Mauritaniens, renforcer les acquis démocratique dans un pays qui n’a connu depuis 1978 que le pouvoir militaire. Il devra également redresser l’économie, lutter contre les inégalités sociales dont certaines relèvent de pratiques ancestrales, discriminatoires. L’épineux dossier de la réinsertion des Mauritaniens noirs réfugiés au Sénégal et au Mali à la suite des violences de 1989, devrait forcément être dans l’agenda du nouveau président, sans oublier la lutte contre le terrorisme dont Al Qaïda dans le Maghreb islamique est le promoteur dans toute la bande sahélo-saharienne.
Par Ibrahima Mbodj |