L’Etat du Sénégal aura 65% des bénéfices du monument de la renaissance africaine. Propriétaire de la production intellectuelle de cette statue à la mémoire des Africains, le président de la République va détenir 35% des recettes. En visite sur le chantier le samedi, Me Wade a déclaré qu’il va donner ses parts aux enfants à travers la construction de cases des tout-petits.
Sur l’une des collines des mamelles, l’architecture de Dakar apparaît avec ses contrastes. Des grands immeubles qui jouxtent de petites bâtisses. L’océan atlantique s’ouvre à perte de vue. De l’autre côté, des avions de l’aéroport Léopold Sédar Senghor sont stationnés. Les nuages qui s’amoncellent cachent le soleil. Mais, la chaleur est toujours de rigueur, même si elle diminue au fur et à mesure que l’heure file. En face de la colline, des centaines d’ouvriers asiatiques, casques rouges bien vissés sur la tête, sont à pied d’œuvre sur le chantier du monument de la renaissance africaine. Les travaux sont manifestement en avance. Le couple et l’enfant qui composent cette statue prennent forme. Et cela, le président de la République, Me Abdoulaye Wade, a pu le constater de visu, ce samedi 01er août 2009. Arrivé sur les lieux à 17 h 57 mn, en compagnie de son épouse et de l’architecte Pierre Goudiaby « Atepa », le chef de l’Etat ne cache pas sa satisfaction. Pendant plus de 30 secondes, il braque son regard sur le monument. Puis il se dirige vers la chaise en bois placée en face de l’édifice. Avant de s’asseoir, il formule des prières qu’il partage avec la dizaine de journalistes et cameramen présents sur les lieux. « Leup loy def djital ci ayatoul koursi, diam rek mola faye fek (réciter ayoul koursi, un verset du Coran pour avoir la paix de toutes tes entreprises) », prodigue-t-il, le sourire aux lèvres.
Après quelques minutes d’observation de l’édifice de loin, la marche vers le monument peut bien démarrer. Le véhicule du président fonce sur la statue, suivi par les journalistes. La splendeur de l’œuvre s’affiche davantage. De là, on a une vue panoramique de Dakar. Des éléments de la statue sont exposés ça et là. Ils seront, d’un moment à l’autre, placés, selon un ouvrier. D’autres chantiers dont un musée et une salle de spectacles seront construits à côté, a informé Pierre Goudiaby « Atépa ».
1200 ans de durée de vie
Tous les compartiments de l’édifice sont visités par le président. L’ingénieur coréen, Yo Song, qui conduit les travaux explique que la statue peut avoir une durée de vie de 1200 ans. Une information qui a semblé réjouir le chef de l’Etat. « Je suis satisfait de l’avancement des travaux et de tout ce que nous avons décidé d’ajouter, une plate-forme pour les invités et les spectateurs. Je suis très ému de voir le monument dans cet état déjà très avancé », a déclaré le président de la République. Me Wade souligne que les formes essentielles sont déjà dégagées. La philosophie générale du monument aussi. « Je pense que l’ouvrage traduit ce que je ressentais au départ en le concevant comme le symbole de la renaissance africaine », a-t-il indiqué.
Le président, expliquant le montage financier du projet, a souligné que le monument n’a pas coûté de l’argent, mais du terrain. « Nous avons échangé le monument réalisé contre des terrains. C’est ce qu’on appelle en droit une dation en paiement. Nous n’avions aucune possibilité de sortir du budget 14 milliards », a-t-il confié. Le président a poursuivi que son gouvernement a fait « une très bonne opération, surtout que le prix appliqué dans cet échange est en réalité très au-dessus du prix officiel du terrain fixé par décret ». Il a affirmé qu’au-delà de sa signification et de sa beauté symbolique, le monument est un investissement. « Des centaines de milliers de personnes viendront de partout dans le monde et paieront pour le visiter et pour aller jusqu’au sommet. La duplication, la reproduction, en exemplaires de 5 mètres va nous permettre aussi de placer le monument un peu partout dans le monde. Il y aura aussi des reproductions dans des dimensions plus petites jusqu’à la dimension qui sera posée sur la table d’un chef de bureau », a argumenté Me Wade. Et le chef de l’Etat de poursuivre : « il y a tout une industrie qui se dresse autour du monument et qui va générer beaucoup d’argent. Le gestionnaire du monument de la liberté aux Etats-Unis nous a dit que ce monument a était visité par des centaines de milliers de personnes. Cette statue générait des centaines de milliards de dollars. Il estime que la statue de la renaissance sera encore plus rentable parce qu’elle est plus significative ».
Don aux enfants
Le président de la République a dit qu’il est le propriétaire de la production intellectuelle, précisant que le monument appartient à l’Etat du Sénégal. Il indique avoir décidé de créer une Fondation du monument de la renaissance africaine. « En tant qu’auteur, je vais signer un contrat avec l’Etat qui va m’allouer un pourcentage du profit net, c’est-à-dire, une fois qu’on aura défalqué tous les frais, le profit net sera partagé entre l’Etat et le propriétaire de l’œuvre », a-t-il souligné. Me Wade a précisé, en wolof (langue nationale) que l’Etat va détenir 65% des recettes. En tant que propriétaire intellectuelle, il va engranger 35% des bénéfices. Le chef de l’Etat a décidé d’accorder sa part aux enfants. « Toutes les recettes seront utilisées pour l’édification de cases des tout-petits au Sénégal et en Afrique. Les fonds qui vont sortir sont tels qu’à un moment donné, il y aura saturation au Sénégal. Il faudra alors penser à faire des cases en Afrique », a-t-il déclaré. « Qu’est-ce que l’Etat va faire de son argent ? s’est-il interrogé, avant de répondre : « tant que je serai chef de l’Etat, les recettes de ce monument seront affectées aux enfants ».
Le président a réaffirmé que le monument sera terminé avant le mois de décembre, date prévue pour son inauguration. « Je tiens à ce que cette inauguration soit de la plus grande ampleur possible, que ce soit à la dimension du monument, de l’espérance des Africains. L’inauguration sera ouverte par le président Lula du Brésil. Ce monument, je le dédie à la gloire de la renaissance africaine », a-t-il conclu.
Babacar DIONE |