Plusieurs arguments militent à la prise en charge de la petite enfance, « meilleur investissement social et économique », selon les experts.
Le développement de la petite enfance est un « investissement sûr et efficace », selon des experts de la question, qui ont fondé leur analyse sur des arguments scientifiques et économiques.
Selon James Cairins de l’université de Harward (Usa), « les problèmes durant l’enfance peuvent impacter sur le reste de la vie ». Se basant sur une étude menée par Rutter et Rutter publiée en 1993, la directrice du Bureau régional de l’Unesco pour l’éducation en Afrique (Breda), Ann Thérèse Ndong-Jatta, a rappelé que « le développement du cerveau commence très tôt. Il est développé à 70 % avant la naissance et 90 % avant l’âge de 8 ans ». Mieux, les résultats en neuroscience et en développement de l’enfant, des bébés de 4 à 5 mois, font preuve de capacité de reconnaissance des objets et d’attention et cette capacité continue à croître au cours de la petite enfance.
Mme Jatta a soutenu que lorsque l’investissement pour les enfants cible partiellement le niveau primaire qui commence à 6-7 ans (âge de la scolarisation dans la plupart des pays en développement), « il est trop tard pour obtenir de l’enfant les meilleurs résultats au point de vue quantitatif que qualitatif ».
Dénonçant les taux « inadmissibles » de redoublement, d’échec et de déperdition scolaire, elle a fait remarquer qu’en Afrique subsaharienne, « seulement 25 % des élèves inscrits au primaire passent au niveau du secondaire et moins de 10 % se retrouvent à l’université », appelant à « l’introduction aussi tôt que possible d’interventions bien planifiées en vue d’opérer une connexion entre les enfants, des enseignants bien formés et des programmes de haute qualité afin de stimuler l’apprentissage », c’est-à-dire, « au changement radical de paradigme », car seuls les pays qui ont accepté une telle conception, en Afrique (Afrique du Sud, Ile Maurice, Seychelles, Ghana et Tunisie) ont obtenu des taux d’inscription au pré-primaire dépassant les « 55 % » et ont un « niveau de développement humain moyen ou élevé » dans le Rapport des Nations unies sur le développement humain de 2008.
Certes, le Sénégal a enregistré des progrès importants. Le Rapport de la revue de la Politique d’éducation et de protection de la petite enfance au Sénégal du Breda (n° 15, 2009) montre que le Tbs est passé de 2,2 % en 2000 à 7,7 % en 2006. Mais le pays est très loin derrière les pays suscités. Autant dire qu’il faut « commencer très tôt avec les enfants, en assurant la protection anté-natale, post-natale et la nutrition », a dit Ahlin Bill-Cataria de l’Adea. Cela, en luttant contre la pauvreté dont l’une des plus grandes conséquences demeure la malnutrition « facteur de blocage » du développement de l’enfant, a souligné Jacques van der Gaag, économiste à l’Institut Brookings aux Etats-Unis.
D. MANE |