Marc Montaret est un artiste plasticien qui vit sa créativité en triturant allègrement l’imaginaire des peuples et des civilisations à l’orée des mythes et des légendes. Son art est d’autant plus attractif et puissant qu’il use à satiété de la fantaisie pour faire passer les idées les plus iconoclastes sorties des méandres de son imagination débordante.
« Paradis perdus », c’est l’intitulé de sa nouvelle exposition à l’Atelier « Céramiques Almadies ». Très colorée, cette exposition est tout autant complexe par la réunion de techniques différentes, mais en réalité très attractive du fait de l’identité forte des 56 pièces proposées par Marc Montaret.
On y retrouve aussi bien des tapisseries aux motifs rappelant une vague influence cubiste par la transposition des personnages qui expriment ici « la guerre des sexes » (150x110cm) et là-bas « le « jardin d’Eden » (130X100cm). La scénographie de cette exposition présente des sculptures posées au sol. Il y a les six « DS » (rouge, bleue, orange, jaune, verte et bronze) personnages féminins stylisés en résine polyester recouverts de peinture polyuréthane qui, à l’instar d’autres pièces de l’exposition, ont une résonance « pop art ». Avec les statuettes en bronze « Princesse XXL » (4x10x10cm), on plonge dans un courant entre figuration et abstraction qui était une originalité du sculpteur roumain Constantin Brancusi. Il y en a à voir et à acheter de belles pièces qui semblent tellement convenir pour un intérieur moderne et spacieux. Cependant, l’attraction de l’exposition semble être « Edouard », personnage à la tête de singe qui a été inspiré à l’artiste par la lecture du livre de Roy Lewis « Pourquoi j’ai mangé mon père ? » une histoire qui raconte à sa façon les premiers hommes, l’origine de l’humanité et la découverte de la foi. « Edouard » est le nom du père dans ce roman de R. Lewis. Dans la pièce de Montaret ce personnage en bronze, haut de 70 cm, est debout la main tendue en supination, d’une part, et d’autre part, il attrape une sorte de bâton de patriarche de l’autre main.
Statuettes en bronze, personnages en résine polyester coloré à la peinture polyuréthane, de la peinture sur contreplaqué et même des compositions inédites avec la série de cinq « tortues » marines en bronze et céramique (taille 70x50x30 cm), c’est une belle palette de techniques. L’artiste exprime son spleen et prend plaisir à redécouvrir ses « paradis perdus ». Il estime, en effet, « on a tous des « Paradis perdus », cela peut être l’enfance, d’autres se référeront à des périodes où l’homme n’était que homme ou femme avant de tomber du paradis terrestre...Je crois qu’une partie de mon boulot est d’essayer de recréer cette partie de paradis, alors on malaxe, on triture, on essaie d’imaginer et, par moments, on trouve de petits instants de paradis ».
Montaret travaille beaucoup à l’inspiration et ne s’embarrasse s’il veut réactualiser des œuvres du passé telles que les « vénus de la fécondité » ou encore les « déesses ». Son objectif n’est pas spécialement de faire « des œuvres à caractère vindicatif, dénonciateur ou social ». Il ne saurait tomber dans un art pour l’art et la simple contemplation. De part la simple exploration de nouvelles formes, on entre dans le processus de modélisation de futurs objets et d’autres façons de penser. La réunion des artisans autour de l’oeuvre de Marc Montaret est tout aussi remarquable. L’artiste a recouru l’expertise d’au moins quatre ateliers pour arriver à ses fins. Entre les Manufactures des arts décoratifs de Thiès, avec le concours du lisser Ibou Cissé, la fonderie du Village des arts de Dakar dirigée par le sculpteur Issa Diop, l’Atelier « Céramiques Almadies » de Mauro Petroni et le chantier naval pour les résines. Il explique : « J’ai une formation autodidacte, j’ai passé un baccalauréat et, ensuite, j’ai fait le compagnonnage en menuiserie. Cela a été une base pour moi, mais j’ai toujours vécu avec une sorte d’attention pour la peinture ». La combinaison des techniques ? « Je crois que cela fait partie du plaisir de mon travail d’aborder plusieurs techniques et, dans le cas d’espèce, plusieurs artisans différents, c’est tout un univers ». Marc trouve ainsi un même bonheur, suivant ses humeurs, à manipuler la résine à partir du polyester, découvrir l’univers du bronze ou celui de la céramique, etc. « A chaque fois, c’est différent, il n’y a pas de réelle préférence, peut-être un petit plus pour le bronze et le travail de la cire », avoue-t-il. La société Eiffage où Montaret a souvent exposé lors des Biennales de Dakar est avec la société Allianz parmi les sociétés qui ont soutenues l’organisation de l’exposition « Paradis perdus ». L’exposition ouverte le 12 janvier se poursuit jusqu’au 5 février prochain. Le détour s’impose dans ce lieu qui a abrité de grandes expositions Souleymane Keïta, Amadou Sow et Mauro Petroni lui-même maître de cet atelier qui existe depuis 1991 et qui fait aujourd’hui figure de temple des beaux arts.
Jean PIRES |