Le Centre de recherche pour le développement international (Crdi) a procédé ce vendredi au lancement du livre « Chercheurs et décideurs d’Afrique : quelles synergies pour le développement ? ». Ce fut une occasion pour les chercheurs de rendre public les résultats issus de leur recherche qui a duré quatre ans et d’inviter les décideurs africains à s’approprier le document pour faire face aux nombreux problèmes en Afrique.
« C’est un livre de paradoxe », a constaté d’emblée Abdoulaye Ndiaye, l’un des conseillers-rédacteurs du document par ailleurs conférencier, à l’occasion de la célébration des 40 ans de la création du Centre de recherche pour le développement international (Crdi). La raison : « on a des Africains qui ont fait leurs études dans des écoles prestigieuses et les décideurs des pays africains font recours le plus souvent aux schémas de développement conçus par les pays développés ». M. Ndiaye est d’avis que le développement ne vient pas de l’extérieur. « Les politiques de développement, conçues à l’international, sont toutes vouées à l’échec », a-t-il averti avant de soutenir que les pays africains ont besoin de solutions endogènes pour se développer. A son avis, la plupart des problèmes auxquels sont confrontées les populations africaines ont fait l’objet d’études. « Des solutions ont été trouvées, mais celles-ci sont rarement utilisées par les décideurs », a-t-il regretté avant de révéler que la recherche est au centre des préoccupations des décideurs des pays développés et ceux en voie de développement.
Selon le conférencier, l’objectif à travers cette étude est de renforcer la synergie entre chercheurs et décideurs politiques, basée sur un dialogue fécond et stimulant, et dégager des recommandations à partir de la réalité. Sa conviction est que la problématique de la recherche pour le développement est transversale et universelle. « Quelque soit le pays africain, on a les mêmes préoccupations », a constaté M. Ndiaye qui reconnaît l’existence d’un fossé entre chercheurs et décideurs. Pour lui, les premiers procèdent à des démarches « académiques » et « prudentes » qui demandent un temps de réflexion alors que les seconds sont « pragmatiques » et exigent des « solutions ici et maintenant ».
Pour améliorer le dialogue entre décideurs et chercheurs, pense t-il, « il faut créer et renforcer des alliances stratégiques, rénover la visibilité, l’accessibilité et la valorisation des demandes et produits issus de la recherche et adopter des mesures législatives, réglementaires et budgétaires ». La directrice de la recherche scientifique, Ndèye Arama Boye Faye, représentante de la tutelle, regrette quant à elle, le problème qui se pose face à l’application des résultats et le manque de considération à l’égard de la recherche scientifique caractérisée par le faible budget alloué à ce domaine. « Seul 1 % du Pib est destiné à la recherche », a-t-elle sous-estimé avant d’inviter les chercheurs à proposer un plan d’action concerté aux décideurs pour que la recherche puisse jouer pleinement son rôle en Afrique.
Auparavant, son Excellence Jean-Pierre Bolduc, ambassadeur du Canada au Sénégal, a magnifié l’évolution des relations entre le Crdi et son gouvernement. Selon lui, ce livre rédigé par les conseillers régionaux de la structure, est le « fruit de beaucoup de questions et le sens d’une réflexion ».
Souleymane Diam SY |