Expert en Risque majeurs, membre de l’Institut français des formateurs en risques majeurs et protection de l’environnement (Ifforme) et Président de l’Association urgence et développement (Aud), Ousmane Seck nous propose ce texte à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre les catastrophes.
Deux anecdotes pour commencer : au retour d’un voyage, pendant que l’avion survolait la côte de Dakar, le collègue avec qui je voyageais jeta un coup d’œil par le hublot et se tourna vers moi en commentant : « l’emplacement de la piste d’atterrissage a été bien pensé. Face à un risque de crash, le pilote aurait tout simplement largué l’avion dans l’océan plutôt que le laisser s’écraser sur les rochers ou la terre ferme ». Peu importe si la solution préconisée est pertinente ou pas. Au cours d’un atelier de formation sur les risques majeurs, quant j’ai évoqué l’irréversibilité de l’effondrement du pont Faidherbe de Saint-Louis si sa restauration tardait à intervenir, un participant s’est exclamé : « Astafourlah ! » « Que Dieu nous en préserve ! »
Ces deux réactions contradictoires sont révélatrices de l’ambiguïté du rapport du Sénégalais au risque majeur. La première traduit au moins la prise de conscience du risque alors que la seconde renvoie à une méconnaissance voire à un refus systématique de l’envisager, ne serait-ce que comme possibilité, ce qui est une attitude pour le moins irresponsable. Et pourtant nul n’ignore que le risque zéro n’existe pas.
Au contraire, la vulnérabilité du pays crève l’œil, même si tout le monde refuse de regarder la réalité en face.
Plusieurs Etablissements recevant du public (Erc) constituent de véritables bombes à retardement : marchés, lieux de culte, Transport de matières dangereuses (Tmd), immeubles menaçant de s’effondrer à tout moment comme le marché Sandaga, établissements industriels, etc.
Le choc provoqué par les nombreuses catastrophes survenues au Sénégal au cours des 15 dernières années, notamment le naufrage du bateau le « Joola » avec plus de 1.800 morts et l’explosion d’ammoniac à l’usine de la Sonacos en 1992 n’ont pas réussi à faire évoluer les mentalités.
Le sens commun sénégalais persiste à penser qu’une force surnaturelle pourrait remplacer les techniques rationnelles de mitigation qui ont cours sous d’autres cieux pourtant beaucoup plus résilients. Partout dans le pays et plus particulièrement dans les zones urbaines, la banalisation du risque a atteint un degré d’irresponsabilité inégalable : à Mbao, des maisons sont construites sur des pipelines, des stocks de produits chimiques des Ics ceinturent des habitations ; ce qui, sous d’autres cieux, serait tout simplement impensable.
La situation n’est pas différente dans les quartiers industriels de Hann et Bel-Air. Quant à la zone portuaire, elle constitue tout simplement une poudrière qui peut exploser à tout moment ! La fatalité ne saurait expliquer encore moins justifier l’inconscience généralisée face aux risques majeurs de toutes sortes qui menacent au quotidien des populations.
La situation est assez préoccupante pour rappeler à tous et en particulier aux décideurs que « le risque zéro n’existe pas ».
Ousmane SECK,
Expert en Risque majeurs,
Membre de l’Institut français des formateurs risques majeurs et protection de l’environnement (Ifforme)
Président de l’Association urgence et développement (Aud)
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