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Edition du Jeudi 02 Septembre 2010
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STATUT DU JOURNALISTE, FINANCEMENT DES MÉDIATS,CADRE JURIDIQUE, PRESSE EN LIGNE : Comprendre le nouveau Code de la Presse
Jusqu’à présent, c’est la loi 96-04 qui régule la presse sénégalaise. Etat, journalistes, techniciens, patrons de presse, juristes, société civile et parlementaires sont maintenant conscients du caractère désuet de ce texte. Celui-ci ne prend pas en compte toutes les préoccupations des journalistes et des entreprises de presse, de manière générale.
 
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Notre supplément sur les régions du Sénégal.

DIATOU CISSE BADIANE, SG DU SYNPICS : « Il est possible de travailler avec la tutelle sans aliéner la liberté syndicale »
 

L’explosion médiatique au cours de ces dernières années a mis à nu les problèmes liés à la pratique du journalisme au Sénégal. Les conditions sont alors réunies pour engager des réformes prenant en compte les nouvelles réalités. Le Secrétaire général du Syndicat national des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (Synpics), Diatou Cissé Badiane, jette un regard empreint d’optimisme sur la réflexion en cours pour l’élaboration du Code de la presse.

L’élaboration d’un nouveau Code de la presse est une exigence dans un contexte de mutation s’intervenant dans le paysage médiatique. Telle est la position de Diatou Cissé Badiane, Secrétaire général du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (Synpics).

A vrai dire, plusieurs métiers connexes et de nouveaux supports comme la presse en ligne n’étaient pas pris en compte. « La configuration de la presse sénégalaise a beaucoup changé. Le paysage médiatique a connu de nombreuses mutations. Il est donc normal que le code évolue. Pour nous, la contrainte serait qu’on refuse de réviser le code en vigueur », argumente-t-elle.

La prise en compte des nouvelles réalités conforte le Synpics à poursuivre les échanges avec le ministère de tutelle pour trouver un cadre juridique adapté sans que la liberté de presse ne soit remise en cause. « Le Synpics a toujours pensé qu’il était possible, sans aliéner la liberté du syndicat, de travailler de concert avec la tutelle pour faire avancer certains dossiers, surtout quand ils sont de nature juridique », indique la syndicaliste qui précise que les intérêts de la profession seront défendus sur toute la ligne au cours du processus.

Larges concertations sur le statut du journaliste

« Il faut dire que le ministre de la Communication, Moustapha Guirassy, a montré, en tous cas, à l’égard du Synpics, de bonnes dispositions en vue d’une collaboration basée sur l’intérêt de la profession. Nous sommes partie prenante de ces concertations, en toute franchise certes, mais dans une position de veille permanente, pour qu’à l’arrivée, la presse sénégalaise sorte renforcée », professe Mme Badiane.

Toutefois, elle est consciente que la question du statut du journaliste ne sera pas réglée du jour au lendemain. « Je crois aussi qu’une loi ne saurait être rétroactive, par conséquent, les dispositions nouvelles régissant le statut du journaliste vont s’appliquer dès l’adoption de la prochaine loi », clarifie Diatou Cissé. Et de préciser : « pour le moment, nous en sommes à la phase de formulations de propositions, le schéma retenu étant, au cours de concertations plus larges, de soumettre nos travaux à d’autres acteurs ».

Outre le statut du journaliste, « le statut de l’entreprise de presse, les modalités de son renforcement, l’amélioration de son environnement économique sont également discutées. Mais, encore une fois, tout ceci reste à l’état de propositions... », estime Mme Badiane.

Le Synpics milite pour la dépénalisation du délit de presse, même s’il a, entre-temps, adopté une position plus flexible. « Le Synpics portait avec beaucoup de détermination ce dossier. Mais, il faut veiller à ce que la sanction pécuniaire ne vienne tuer l’entreprise de presse. Nous maintenons la proposition, mais dans les concertations, nous sommes en train de réfléchir aux garde-fous à ériger, de telle sorte que la « déprisonnalisation » ne soit pas une épée de Damoclès sur la tête de l’entreprise de presse », avertit Diatou Cissé Badiane.

Les journalistes, des justiciables

En défendant la dépénalisation, la profession ne cherche pas à mettre les journalistes au-dessus de la loi. Au contraire, l’absence de sanctions pénales, en cas de délit de presse, s’inscrit dans le souci de garantir la liberté de presse et, par ricochet, d’approfondir notre système démocratique.

« Je voudrais rassurer l’opinion qui, à juste raison, ne comprend pas pourquoi on réclamerait la dépénalisation pour les journalistes. Ces derniers sont des justiciables, des citoyens qui, lorsqu’ils entrent en conflit avec les lois, doivent payer. Nous voulons juste, dans l’exercice de notre métier, que lorsque nous nous trompons de bonne foi, qu’on ne soit pas jeté en prison », précise la syndicaliste. Et d’ajouter : « il en est également ainsi lorsque nous sommes supposés avoir commis le délit de diffamation. Le temps de dire le droit, le juge peut nous priver de liberté, quitte à être acquitté par la suite, faute de preuve ».

L’opinion, selon Diatou Cissé Badiane, ne doit pas regarder la dépénalisation comme une faveur supplémentaire accordée à une catégorie de citoyens.

« Je veux aussi rappeler qu’il n’y a rien de prétentieux dans cette demande. Les députés bénéficient, par exemple, de l’immunité parlementaire », défend la syndicaliste.

La réflexion pour l’élaboration d’un nouveau Code de la presse n’occulte pas les questions vitales concernant la survie des entreprises de presse. L’explosion médiatique caractérisée par la floraison des journaux, des radios, des chaînes de télévision et le boom des sites d’information inspirent, de façon logique, une revalorisation du montant global de l’aide à la presse.

« Pour le renforcement de l’outil de travail, nous militons pour une subvention plus conséquente en faveur des organes de presse. Le service public a un coût. L’Etat se doit, au nom du droit des citoyens à l’information, d’en payer le prix. La presse privée comme publique a dans son cahier des charges, une mission de service public », explique le Secrétaire général du Synpics.

Toutefois, Diatou Cissé Badiane souhaite voir l’émergence d’une véritable culture de la bonne gestion au sein des organes de presse. Mieux, le montant attribué à chaque organe de presse doit être proportionné au respect des droits des travailleurs.

« Des mesures doivent être prises pour professionnaliser davantage la gestion de l’entreprise. De même, cet argent, relevant du contribuable, doit avoir une traçabilité. La position du Synpics est que la subvention soit corrélée d’un respect plus accru des droits des travailleurs des médiats », exige Diatou Cissé Badiane.

Le respect de la Convention collective des journalistes, aujourd’hui caduque, a été, pendant plusieurs années, le cheval de bataille de l’organisation syndicale. Cependant, peu d’organes respectent cette convention.

L’organisation syndicale étudie la possibilité, pour les travailleurs, de devenir des actionnaires des organes de presse. Ainsi, ils auront droit aux bénéfices générés par l’entreprise.

« Nous sommes en train de proposer que les travailleurs puissent détenir des actions dans l’entreprise de presse. Cette position est motivante à plus d’un titre : les travailleurs bénéficient de dividendes, de plus ils sont directement associés à la gestion financière de l’entreprise souvent couverte d’une voile bien épaisse », estime le Secrétaire général du Synpics, selon qui, si cette formule venait d’être appliquée, plusieurs journalistes seraient tirés de la précarité dans laquelle certains patrons de presse veulent les confiner pour l’éternité.

Idrissa SANE et Eugène KALY

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