La spéculation sur les prix des denrées des premières nécessités a toujours préoccupé les autorités en charge du commerce au Sénégal. Pour certains observateurs économiques, cette pratique constitue un facteur d’aggravation de la pauvreté dans le pays. C’est la conviction d’Alsim Fall de la Dpee.
Alsim Fall de la direction de la prévention des études économiques (Dpee) a estimé que la spéculation sur les prix des produits est un « facteur d’aggravation de la pauvreté ». Abordant le thème : la spéculation comme facteur pouvant expliquer la dynamique des prix des produits alimentaires au Sénégal, M. Fall définit la spéculation comme une pratique qui consiste à un transfert de revenus des consommateurs aux commerçants. C’est pour cette raison, a-t-il ajouté, que « cette activité génère autant de bénéfices supplémentaires pour les commerçants qu’elle crève le budget du consommateur. Sous cet angle, elle peut être perçue comme un facteur d’aggravation de la pauvreté ». « Si on veut réduire la pauvreté, il faut agir sur cette pratique. Car la spéculation est une taxation dégressive. Ceux qui sont plus pauvres dépensent plus que ceux qui sont riches », a-t-il constaté amèrement. « Il y a une réelle différence entre la dépense réellement effectuée par les ménages et celle qu’aurait effectuée ceux-ci à l’absence de la spéculation. On aurait dû dépenser 28 % de moins s’il n’y avait pas cette activité », a-t-il poursuivi avant de révéler que le modèle de stockage avec anticipation ne permet pas de refléter l’existence de spéculations sur la plupart des produits au Sénégal. L’origine de la spéculation selon lui, est liée aux « perturbations notées sur les marchés internationaux de matières premières ». En dehors des facteurs de coûts engendrés par la hausse des prix de l’énergie, la conviction de M. Fall est que la dérégulation des marchés agricoles, a considérablement changé les conditions de formation des prix.
A cela s’ajoute la ruée vers les biocarburants dont la culture est devenue très attractive consécutivement à la crise pétrolière. « La libéralisation du commerce accroit aussi la spéculation sur les denrées alimentaires qui à son tour est source de fluctuations et d’incertitudes », a-t-il souligné.
Pour M. Fall, il existe deux types de spéculateurs : les producteurs (ou vendeurs) et les fonds d’investissements. « Les premiers, sur la base d’un arbitrage entre les prix actuels et futurs tentent de tirer profit d’une quelconque hausse des prix. Ces spéculateurs stockent pendant plusieurs mois dans le but de vendre au plus haut prix », a-t-il expliqué. L’autre forme agressive de ce type de spéculation consiste de l’avis de M. Fall « à détenir d’importantes quantités en stock en période de pénurie afin d’influencer les prix ». « Les seconds ont émergé récemment, en fin 2006, avec le début de la crise financière », a-t-il révélé. Avant d’ajouter : « le premier type de spéculation est assez courant au Sénégal tandis que le second type n’est constaté que sur les marchés internationaux ».
Souleymane Diam SY |