L’Union européenne vient de donner un nouveau coup de vis à l’exportation des fruits et légumes des Acp vers son territoire, en exigeant ce qu’elle appelle des « normes éthiques et environnementales ». Après les normes sanitaires et de qualité que l’on peut bien comprendre, ces nouvelles exigences viennent d’ajouter une brique au mur de protectionnisme que l’Ue dresse pour freiner les produits du Sud mais en le camouflant sous le terme générique de normes. Que signifie pour un producteur de chez nous « tenir compte du commerce équitable et éthique et respecter l’environnement » ?
Le commerce équitable, qui est promu par certaines Ong occidentales comme Oxfam, s’adresse surtout au pays riches et à leurs multinationales pour qu’ils achètent à leur juste valeur les matières premières des pays pauvres. Alors comment un producteur de légumes des Niayes devrait-il s’y prendre pour le respect du commerce équitable, lui qui devrait plutôt l’exiger en sa faveur ?
Pour le respect de l’environnement, personne ne s’y opposerait, encore faudrait-il dégager des critères qui permettent de le certifier à propos de l’exportateur de fruits et légumes. Déjà, il faut dire qu’au niveau mondial, les approches divergentes des questions d’environnement ont fait capoter en décembre dernier, la conférence de Copenhague sur le climat. Comment peut-on imposer alors de manière unilatérale des exigences environnementales ?
L’édiction de toutes ces normes pour le confort du consommateur européen, soumet nos producteurs à une course d’obstacles sans fin qui met finalement sur la touche les petites entreprises. Ces messieurs de Bruxelles émettent tellement de textes que même le citoyen européen ne s’y retrouve pas toujours.
Dans la déclaration de Singapour en 1996, les membres de l’Omc s’engageaient à respecter les normes sociales fondamentales de l’Oit et proscrivaient l’utilisation de ces normes à des fins protectionnistes. Nos normes sociales et autres ne peuvent résulter que des progrès de notre développement économique. Et mettre la barre très haut dans ce domaine, maintient nos exportateurs dans une situation inconfortable. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de nations du Sud ont rejeté les normes environnementales que proposent les pays occidentaux car leur respect freinerait à coup sûr leur développement. Alors, si en plus des difficultés que rencontrent beaucoup de ressortissants de nos pays pour aller en Europe, il s’y ajoute celles de nos produits pour pénétrer ce marché, le plus riche qui nous est le plus proche, cela soulève de sérieuses interrogations.
Pourtant en même temps, par les Accords dits de partenariat économique (Ape) que l’Europe essaie de discuter avec les Acp, elle cherche à travers cet accord de libre-échange à abolir les droits de douane, essentiels pour beaucoup de ces pays, pour y déverser ses excédents commerciaux. Elle aura le beau rôle de dire que les barrières douanières n’existent plus pour les produits Acp vers son marché, mais tout en édictant des normes d’exportation qui, dans la réalité, aboutissent au même résultat.
Sans occulter la ruine de pans entiers de nos économies qui devraient résulter de l’application de ces Ape.
Au lieu de vouloir coûte que coûte signer avec les Acp des Accords de partenariat économique qui les priveraient d’importantes recettes douanières, il serait préférable que l’Ue propose comme l’ont fait les Usa (l’Agoa) et la Chine avec l’Afrique, des accords qui permettraient à nos pays pauvres d’y exporter certains produits sans droits de douane sans pour autant demander en retour des facilités douanières. Et même avec la Chine, il se trouve toujours des personnes pour s’émouvoir de la percée de l’Empire du Milieu en Afrique et des prêts qu’elle accorde en dehors des institutions traditionnelles que sont le Fmi et la Banque mondiale.
Si ce n’est pas chercher à isoler et à maintenir notre continent dans une place qui lui est assignée par la division internationale du travail instaurée par le capitalisme (à savoir fournir des matières premières), cela y ressemble.
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