Une perturbation est notée dans l’approvisionnement du sucre dans le marché au niveau de la banlieue. Les rares boutiques qui en disposent, revendent le produit à 700F le kilogramme. De ce fait, le quart de kilogramme passe de 140F à 175F. Sur le terrain, aucun des magasins grossistes visités ne disposait de sucre à vendre la semaine dernière.
Pikine Tally Bou Mack. 16H. De l’intérieur d’une boutique, deux jeunes garçons s’emploient à emballer du bouillon. Arrive notre pisteur-client qui demande à acheter 250g de sucre en poudre. Votre serviteur s’enquiert au même moment du prix. Les deux jeunes boutiquiers gardent le silence. Le client réagit à leur place. « Ils le vendent à 175Fcfa », lance Oumar Ndiaye. La question est posée à l’un des boutiquiers qui tergiverse. Sur ces entrefaites, arrive le propriétaire de la boutique qui précise que le quart du kilo est vendu à175F. « Au prix que j’ai acheté le sac de sucre, c’est sûr que si je le revends au prix réglementaire, je vais perdre, commente-t-il. Pour étayer ses propos, il précise : « chez certains grossistes, on te fait croire qu’ils sont en rupture de stock. Chez d’autres, on a droit à un seul sac. Chez d’autres encore, ton interlocuteur te fait comprendre que le sucre existe, mais qu’il n’est réservé qu’aux clients habituels ». Concluant, le propriétaire de la boutique déclare avoir acheté le sac à 31.000F. Sans facture. Plus loin, dans une boutique tenue par un jeune homme, point de sucre en poudre, ni de sucre en morceaux produit par la Compagnie sucrière Sénégalaise. Il exhibe un paquet de sucre importé, seule explication pour justifier qu’un morceau de sucre est revendu à cinq francs. Oumar Ndiaye pense que ces pratiques ont pour effet de rendre vains les efforts consentis par les autorités en matière de fixation de prix des denrées alimentaires. Dans une troisième boutique, un homme d’une quarantaine d’années ne disposerait que d’un seul paquet du sucre local. « Les trois morceaux de sucre sont à dix francs(10Fcfa). J’ai d’ailleurs acheté le paquet à 550 francs et j’espère réaliser un bénéfice de 50Fseulement », nous apprend-il.
A Thiaroye Gare. Le premier boutiquier que nous avons visité, nous annonce le nouveau prix (illégal) pour le quart du kilo de sucre : « 175 ». Pour se dédouaner, il nous sert l’argument du prix d’achat élevé. « J’avoue que ce sac, je l’ai payé à 29.000F contre les 25.000F habituels ». S’attelant à nous convaincre, il ajoute que c’est juste pour satisfaire ses clients qu’il est obligé d’en acheter, tout en étant conscient de ne réaliser aucun bénéfice. « C’est pour ne pas frustrer mes clients », ajoute-t-il. Sur le comptoir de la boutique suivante, est posé un paquet de sucre en morceaux légèrement ouvert. L’adolescent vendeur affirme l’avoir payé à un prix élevé et se dit obligé de le revendre trois morceaux à 10F. Une femme qui tient la boutique prochaine, située aux alentours du marché de Thiaroye, vend le paquet de sucre en morceaux de la Css à 700F. « C’est normal, parce que le sucre en poudre est revendu à six cent cinquante francs Cfa », nous informe-t-elle. Comme si elle était informée du prix pratiqué par un de ses voisins de boutiquier, celui-ci nous annonce que c’est à ce prix (650F) qu’il revend le kilogramme du sucre en poudre. Une véritable exception à la règle de la forte spéculation qui continue de grever le pouvoir d’achat des classes moyennes.
Un tour chez les grossistes nous permet d’avoir le cœur net sur le mobile de cette hausse. « Il n’y a pas de sucre ». D’autres vont plus loin : « ce matin, tel grossiste en avait, mais il n’en a plu ». D’autres encore : « j’ai vu ce matin une charrette chargée de sucre se diriger de ce côté-là. Allez demander à un des propriétaires de ces magasin ». Finalement, nous apprenons que seul le magasin du commerçant Moustapha Fall continuait à vendre du sucre. Un employé trouvé sur place essaie de raisonner un de ses clients : « dans d’autres circonstances, je vous rendais service discrètement ; si je te dis qu’il n’en a pas, tu ne dois même pas insister ». Quand nous l’abordons, il se contente de lancer : « il n’ya pas de sucre ». « Quand est-ce qu’il y en aura ? », lui demandons-nous. « Je ne sais vraiment pas, » est sa seule réponse et il s’éloigne préoccupé par les commandes d’autres produits dont les propriétaires attendent devant le magasin.
Abdou DIOP |