Le Centre culturel Blaise Senghor a abrité jeudi l’avant-première du documentaire intitulé « Tirailleur Marc Guèye : ma plume, mon combat » de Mariama Sylla Faye. Ce film de 52 minutes retrace le parcours des anciens combattants de la guerre d’Indochine.
« C’est grâce aux tirailleurs sénégalais que les Français gardent toujours leur dignité. C’est une vérité historique que personne ne peut nier. Et par devoir de mémoire, il est important de rappeler aux nouvelles générations les efforts consentis par leurs grand-pères pour libérer la France. J’ai choisi l’image pour revisiter l’histoire de la guerre d’Indochine à travers un témoin avisé », a expliqué la réalisatrice Mariama Sylla Faye jeudi dernier au Centre culturel Blaise Senghor. C’était à l’issue de la projection de son documentaire intitulé « Tirailleur Marc Guèye : ma plume, mon combat ». Fille de l’une des premières Sénégalaises à avoir travaillé aux Actualités Sénégalaises (l’ancêtre de la Radio Télévision Sénégalaise) dans les années 1960 - 1970, la cinéaste a choisi la caméra pour évoquer la guerre d’Indochine. Selon elle, la trajectoire de Marc Guèye, 78 ans, est une véritable leçon de vie pour les jeunes. Cet ex-sergent-chef de l’armée française, malgré son âge, garde intacts ses souvenirs de guerre. Dans le documentaire 52 minutes, il parle avec humour, sagesse et émotion (parfois il verse des larmes) des rudes épreuves vécues par les tirailleurs sénégalais sur les champs de bataille en Indochine. « Vous n’avez pas honte de soutenir les Français et de combattre des peuples colonisés comme vous ? », leur lançaient souvent les soldats Viet Minh. Cinquante-cinq ans après son service militaire, il se souvient toujours des moindres détails de cette sale guerre : de l’embarquement au large de Dakar jusqu’aux champs d’opération, en passant par d’autres tragédies gravées dans sa mémoire. C’est grâce aux Presses universitaires de Dakar que Marc Guèye a publié en 2009 son livre intitulé : « Un tirailleur sénégalais dans la guerre d’Indochine : 1953-1955 ». Les témoignages, dans le film, de la directrice de la Bibliothèque universitaire de Dakar, Mariétou Diongue Diop, sont émouvants. Elle affirme n’avoir jamais vu un manuscrit qui a mis autant d’années avant d’être édité car Marc Guèye a attendu 37 ans pour enfin feuilleter les pages de son livre.
UN TIRAILLEUR-ÉCRIVAIN
L’auteur rappelle que le premier exemplaire du manuscrit avait été égaré par Alioune Babara Bèye, actuel président de l’Association des écrivains du Sénégal. Puis il y a eu d’autres pertes du document et il a même fallu l’intervention de la gendarmerie pour qu’il soit rétabli dans son droit. Le tirailleur-écrivain retient à peine ses larmes quand il évoque son parcours de combattant avant l’édition du livre. « Cet ouvrage doit être enseigné dans le programme scolaire afin de permettre aux jeunes de savoir la vérité relatée par un témoin oculaire de guerre d’Indochine », a suggéré Marc Guèye. « En refusant la décristalisation de nos pensions, la France humilie les tirailleurs qui se sont sacrifiés pour elle au nom de la liberté et la dignité humaine », a affirmé l’ex-sergent-chef (le 13 juillet dernier, le président Nicolas Sarkozy a annoncé l’alignement des pensions des anciens combattants africains sur celles de leurs collègues français, ndr). Au crépuscule d’une vie bien remplie, le seul regret qui habite Marc Guèye est d’avoir servi sous les drapeaux français. « Aujourd’hui, je n’ai qu’une maigre pension et je survis dans une maison en location avec trois chambres, une cuisine et des toilettes de fortune », déplore-t-il.
La caméra de Mariama Sylla Faye montre avec pudeur les conditions de vie de celui qui a risqué sa vie pour la France. Sa maigre pension lui suffit à peine pour payer le loyer et faire face aux autres charges. Pour l’aider, son épouse est obligée de vendre des jus de fruits et des cacahouètes devant une école primaire de son quartier de Fass Mbao, en banlieue dakaroise. Des images émouvantes, troublantes et bouleversantes... Dans une autre scène, on voit l’ex-sergent chef scruter le monument de Demba et Dupont qui trône à la Place des Tirailleurs, pas loin du port de Dakar. Cela semble lui procurer un certain sentiment de fierté. A l’image de ses frères d’armes encore en vie, Marc Guèye souhaite bénéficier d’une retraite paisible auprès de son épouse et de ses enfants.
MAKE DANGNOKHO |