Zone touristique, située dans la Petite Côte, l’île de Fadiouth vit un drame lié à un manque d’eau. Avec l’approche de l’Assomption, qui verra la population de l’île aux coquillages passer du simple au triple, le curé de la paroisse Saint François Xavier de Fadiouth, Abbé Alphonse Birane Ndour, lance un cri de cœur au gouvernement dans cet entretien, pour qu’il « vienne en aide aux populations, afin de résoudre pour de bon le problème ».
Abbé, ce qui frappe le visiteur quand il débarque à Fadiouth, c’est le nombre important de chariots à la recherche d’eau, avec à bord des bidons. Pouvez-vous nous dire ce qui se passe dans le village ?
Ici, au niveau de Joal-Fadiouth, plus particulièrement de Fadiouth, nous avons un problème lié au manque d’eau, qui date de très longtemps. Ce liquide précieux s’est raréfié, depuis bientôt un an. D’après les explications des responsables de la Société des eaux, il y a une raréfaction de l’eau à Joal-Fadiouth. Et cela s’est accentué par les coupures d’électricité. En effet, selon eux, la pompe qui alimente le secteur est une pompe électrique. Toujours selon eux, quand il y a rupture de courant, elle ne parvient pas à faire monter l’eau de manière régulière. Voilà l’origine de nos problèmes, d’après les techniciens.
Comment les gens font alors pour se procurer de l’eau ?
C’est un casse-tête pour les populations. Vous imaginez ce que signifie un manque d’eau pour une population de plus 36.000 habitants à Joal et plus de 7.000 à Fadiouth C’est-à-dire que les règles d’hygiène sont mises en veilleuse. Les gens se débrouillent comme des diables. Ils vont puiser très loin. C’est difficile et compliqué. En ce qui concerne Fadiouth, la situation est inquiétante, parce que, nous sommes en fin de parcours. Quand l’eau est pompée de la zone d’approvisionnement, elle passe par beaucoup d’autres circuits de distribution. Ce qui fait que Fadiouth est servi en dernière position. C’est lié à notre situation géographique.
Conséquence, nous n’avons presque pas d’eau. Et pour s’en procurer, il n’y a que deux solutions. La première, c’est d’aller à Joal pour en puiser, parce qu’il y a des puits là-bas, ce qui n’est pas le cas ici.
Nous sommes dans une île et l’eau est salée. La deuxième, c’est de se lever entre 1 heure et 5 heures du matin pour voir si, par miracle, le robinet coule.
J’utilise le terme miracle parce que qu’à ces heures de la nuit, les populations des autres localités dorment. Alors, par gouttes, elle arrive sur l’île et ce n’est pas tous les jours. C’est pourquoi, je dis par miracle. Il fut des moments où la mairie affrétait des camions-citernes pour nous alimenter. C’était vers novembre et janvier. Elle a arrêté depuis. Nous souhaitons que ce problème soit résolu le plus rapidement pour soulager la population. Cela commence à durer et les populations souffrent.
Qu’attendez-vous, aujourd’hui, du gouvernement ?
D’abord, nous avons vu beaucoup d’artères qui sont en train d’être creusées dans les villages environnants pour mettre des tuyaux. Nous espérons que l’île est prise en compte et que cela pourra régler pour de bon la question. Toutefois, nous attendons des autorités politiques qu’elles nous ramènent le château d’eau qui existait ici. Ce château d’eau a été éliminé, pensant que celui de Joal allait pouvoir régler la situation. Je ne suis pas technicien en la matière, je n’en sais rien, mais je pense et j’estime que pour une population de 7.000 âmes, il faut un château d’eau pour résoudre pour de bon ce problème. Je sais que ce ne sera pas possible avant l’Assomption qui verra la population passer du simple au triple, mais il s’impose. En outre, il faut qu’elles trouvent des alternatives pour cet évènement.
Par rapport aux coupures de courant, est-ce que l’Agence nationale d’électrification rurale vous a pris en compte dans ses prévisions ?
La question de l’électricité est criante et complexe. C’est un problème national. Elle se pose avec plus d’acuité ici dans l’île de Fadiouth. Parce que, comme je vous l’ai dit, s’il n’y a pas de courant, nous n’avons pas d’eau. Pour répondre à votre question, effectivement, l’Aser est passée ici. Ils ont vu la zone et nous ont même envoyé une correspondance disant que le village est dans leur prévision d’électrification rurale. Ils ont même spécifié les zones où nous souhaitions qu’il y ait des panneaux. Pour rappel, ces endroits sont la mosquée, l’église, chez les sœurs et le cimetière. Je pense que ce serait une bonne chose de pouvoir exploiter cette filière d’électrification rurale par le solaire, parce que si vous le voyez bien, le soleil, ce n’est pas ce qui nous manque. J’ai eu l’occasion de voir lors d’un de mes voyages à l’extérieur, des endroits ruraux où toutes les maisons ont été électrifiées par le solaire. Et mieux, ils arrivaient même à fournir le courant au réseau public. Je ne comprends pas pourquoi le Sénégal n’exploite pas une telle filière, alors que la demande est, de plus en plus pressente au niveau de la zone rurale. Nous attendons beaucoup de l’Aser et nous sommes pressés qu’elle vienne concrétiser son annonce.
Réalisé par François MENDY |