Sokhna Benga, une représentante de la jeune génération d’écrivains sénégalais a disséqué son livre “ Waly Nguilane, le Protégé de Roog ” au cours d’une rencontre à Blaise Senghor. Elle s’est exprimée sur sa conception de l’écriture.
L’institut Blaise Senghor a voulu innover dans la présentation des livres écrits par les sénégalais. Jusqu’ici, cette maison de la culture faisait appel aux professeurs pour qu’ils parlent des œuvres de littérature sénégalaise. Sans rompre avec l’ancienne formule, l’institut invite les écrivains à venir tirer au clair ce qui se cache entre-les lignes de leurs livres. “ Nous avons voulu apporter des changements en faisant venir les écrivains pour qu’ils expliquent leurs livres. Cela permettra aux élèves et aux étudiants d’approcher les écrivains qu’ils connaissent à travers leurs livres ”, explique Sada Kane de l’Institut Blaise Senghor. L’invitée du jour était Sokhna Bengha qui a entretenu l’assistance sur son dernier livre intitulé “ Waly Nguilane, le Protégé de Roog ”. L’histoire de ce roman tourne autour du personnage central, Waly, qui a parcouru le Sénégal. Waly, c’est aussi un garçon en perpétuelle lutte contre la mort. Il a surmonté plusieurs épreuves. Il a passé trois jours dans la forêt auprès des corps sans vie de ses parents. Waly, c’est aussi ce jeune qui a survécu aux pandémies qui sévissaient à l’époque au Sénégal. Mais, à côté de cette trame un peu romanesque se trouve la vraie histoire que l’écrivain cherche à mettre au grand jour afin qu’elle ne soit pas mise au rencard ou tout simplement jetée dans les oubliettes. C’est tout simplement dire que “ Waly Nguilane, le Protégé Roog ” est une fiction qui prend ses racines dans la réalité comme tout roman historique. Pourquoi Sokhna Benga s’est intéressée à cette partie de l’histoire méconnue ? “ C’est inacceptable qu’un pan de notre histoire soit jeté dans les oubliettes.
Un travail de terrain avant d’écrire
Nous avons beaucoup à apprendre de notre histoire ”, défend Sokhna Benga. Elle a mis en cause la responsabilité des Africains dans la pratique du commerce des esclaves. Certains passages mettent en vedette toutes les tractations autour du commerce de la gomme arabique. Les traitants qui cherchent à faire des bénéfices sous le dos des maures. Ces derniers veulent à leur tour tirer profit de leur marchandage avec les colons qui ne veulent pas aussi perdre dans cet échange. C’est un roman qui plonge le lecteur dans la culture sénégalaise et particulièrement sérère. C’est la mer qui donne de l’inspiration à Sokhna Benga. Mais elle fait d’abord un travail de terrain avant de se mettre à écrire. Elle a mené, pendant des années, des enquêtes avant de publier la “ Ballade du Sabador ” (Grand Prix du Président de la République pour les Lettres 2000 et Prix Noma de l’Unesco). Il en est de même pour ce roman.
“ Waly Nguilane, le Protégé de Roog ” clôture le cycle des romans ruraux de Sokhna Benga.
Elle a fait l’annonce au cours de cette rencontre. Celle qui voulait devenir journaliste ambitionne d’ouvrir le cycle des romans urbains. Sokhna ne veut pas s’enfermer dans un courant. Toutefois, elle cherche toujours à diversifier et à améliorer son style. L’écriture n’est pas simplement un exutoire chez la jeune Sokhna. L’écriture est le canevas par lequel elle questionne les phénomènes de la vie quotidienne de notre société. “ Je n’écris pas pour plaire ou déplaire. J’écris parce que j’ai des choses à dire. Je cesserai d’écrire quand je n’aurai plus rien à dire ”, répond Sokhna aux élèves du Lycée de Thiaroye qui lui ont posé une série de questions. Le manque de promotion des livres des auteurs africains a été soulevé par certains pour expliquer cette absence d’engouement des élèves, des étudiants et des Africains pour la littérature de leur continent. Prenant, le contre-pied de ces derniers, Ely Charles Moreau a mis sur la table les dépenses onéreuses de la production et de la promotion pour les éditeurs. “ Les personnes, lorsqu’elles parlent de livre, se mettent dans le schéma occidental. Avant de promouvoir un livre, il faut d’abord le produire. Il y a des solutions pour la promotion du livre. Nous avons des idées comme l’automatisation de l’achat des livres par quatre ministères comme cela se fait en Tunisie ”, indique Ely Charles Moreau. Sokhna Benga travaille actuellement sur plusieurs sujets. Son prochain livre a pour titre “ Fadia ”.
IDRISSA SANÉ |