Rapport de l'Ofnac 2014-2015 : La corruption, cette « hydre dont les tentacules n'épargnent aucun secteur »

29 Mai 2016
3285 times

Le rapport 2014-2015 publié par l'Office national de lutte contre la corruption (Ofnac), le 24 mai 2016, montre que le phénomène est de plus en plus compris et dénoncé par les citoyens. En deux ans, ce sont 310 plaintes et dénonciations qui ont été déposées auprès de l'Office. Décryptage de ces plaintes.

Tout le Sénégal est touché

D'après les donnés relevées lors des dépôts de plaintes, l'Ofnac a pu se rendre compte d'où venaient principalement les plaintes. Ce sont les plaintes provenant de la région de Dakar qui sont les plus récurrentes. Mais le rapport insiste sur la nécessité d'ouvrir des bureaux de l'Ofnac dans tout le Sénégal pour que les plaintes dans les régions les plus reculées soient plus rigoureusement prises en compte. Selon les statistiques fournies, il semblerait que les habitants de la région de Kédougou soient les plus honnêtes du Sénégal puisque l'Ofnac n'a reçu aucune plainte venant de cette région pendant cette période.

Les domaines les plus corrompus

Ofnac infographie

Il ressort des chiffres du rapport que les conflits les plus récurrents concernent le foncier. Plus intéressant, le secteur des transports et de la sécurité publique (police, gendarmerie) arrive en deuxième position. Par exemple, une dénonciation anonyme a permis à l'Ofnac d'ouvrir une enquête à propos d’un groupe d’agents se livrant, au sein du Service régional des Transports terrestres de Louga, à des pratiques de corruption et de concussion dans le domaine de l’établissement des permis de conduire, du traitement des dossiers d’agrément et de licences de transport. Pendant plusieurs années, les agents élargissaient leurs activités illicites en imposant leurs procédures pour le passage du permis. En demandant, par exemple, le paiement de 150 000 FCFA pour le passage de l'examen en un jour ou exigeant le paiement des droits de mutation et de timbres, violant de fait le Code général des Impôts. Le rapport de l'Office a été transmis aux autorités compétentes pour engager les poursuites.

Vingt fois plus de plaintes venant d'hommes que de femmes
Mme Nafi Ngom Ndour, présidente de l’Ofnac, s'est interrogée sur cet écart entre les plaintes masculines et féminines, lors de la cérémonie marquant la publication du rapport public. Les femmes sont-elles moins exposées à la fraude ? Des blocages contraignent-ils les femmes à se taire ? L'Ofnac n'est pas en mesure de répondre à ces questions. Mais l'étude sur la perception et le coût de la corruption au Sénégal, qui a été lancée par la même institution le 28 avril dernier pourrait peut-être apporter des réponses sur ce point. 

Le milieu public semble gangrené par le phénomène 

Les parties les plus impliquées dans les conflits dénoncés sont à 65,31% les institutions publiques (administration, personne morale publique, organisme public et collectivité locale). En tête, ce sont les Ministères qui sont les plus sujets à des plaintes de fraude ou de corruption.

Un autre moyen de lutter contre la corruption est de permettre la transparence sur le patrimoine des personnes impliquées dans la gestion des deniers publics et la maîtrise de son évolution. « La Convention des Nations Unies contre la Corruption (Art. 8), la Convention de l’Union africaine pour la prévention et la lutte contre la Corruption (Art. 7), le Protocole de la Cedeao sur la lutte contre la Corruption (Art. 5) et le Code de transparence dans la gestion des finances publiques de l’Uemoa (Art. 7), font de la déclaration de patrimoine une obligation pour les personnes en charge des affaires publiques. En adoptant la loi n° 2012-22 du 27 décembre 2012 portant Code de transparence dans la gestion des finances publiques et la loi n° 2012-30 du 28 décembre 2012 portant création de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC), le Sénégal a transposé, dans sa législation interne, la directive communautaire n° 01/2009/CM/UEMOA du 27 mars 2009 » indique le rapport.

La loi du 2 avril 2014 (Art. 4) indique les différents biens devant être déclarés. Entre autres : les différents comptes bancaires, actions, assurances vie et revenus annuels ; liste des objets de valeur et leur estimation ; les véhicules ; les fonds de commerce ; les propriétés bâties ou non bâties au Sénégal ou à l'étranger ; etc.

D'après le rapport, on remarque que ce sont les assujettis à la transparence de la deuxième catégorie qui traînent à transmettre leur déclaration. La deuxième catégorie comprend les personnes effectuant des opérations portant sur un montant annuel supérieur ou égal à un milliard de francs CFA. La première catégorie englobe le Président de l'Assemblée nationale, le Premier ministre, le Président du Conseil économique, social et environnemental, les Ministres et le Premier Questeur de l'Assemblée nationale qui, eux, ont montré l'exemple en fournissant leur déclaration à l'Ofnac.

Bien qu'étant encore jeune, l'Ofnac a réussi, en deux ans, à sensibiliser considérablement le grand public aux questions de lutte contre la fraude et la corruption et a aussi pu se saisir d’affaires telle que celle éclaboussant Lamine Diack, l’ex-président de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme.

Nicolas CERTES (stagiaire)
@lesoleilonline

Last modified on dimanche, 29 mai 2016 12:01
Rate this item
(0 votes)

CanGabon90x700ok


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.