Protection de l’environnement : Le combat quotidien des forestières de Kaffrine

30 Mai 2016
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A Kaffrine, depuis 2004, les « Femmes forestières » de l’Union nationale des coopératives d’exploitants forestiers du Sénégal (Uncefs) mènent au quotidien le combat pour la protection de l’environnement et leur autonomisation. Grâce à leur bravoure, des dizaines d’hectares ont été reboisées dans la forêt classée de Sikilo (Kaffrine). Elles demandent tout de même l’accompagnement des pouvoirs publics par l’octroi de subventions et de financements.

A côté des pouvoirs publics, des femmes de Kaffrine s’activent depuis près de 30 ans dans la préservation de l’environnement. Regroupées autour de l’association des «Femmes forestières de l’Uncefs (Union nationale des coopératives d’exploitants forestiers du Sénégal), ces femmes forestières font de la protection de la nature leur activité favorite.

Pendant que certaines se lancent dans le commerce, elles ont préféré être au service de la nature. Une plongée dans l’antre de ces braves dames nous renseigne sur leur détermination à jouer leur partition. Leur quartier général se trouve au Service des eaux et forêts. Elles y ont leur petit espace où elles font leurs plants. Ce jeudi, alors que la ville vibrait au rythme de la campagne électorale pour le référendum de mars, Fily Traoré la présidente et ses sœurs s’affairent autour de leurs plants. En cette période de l’année, un vent chaud et sec souffle dans ce secteur boisé de la capitale du Ndoucoumane. Ici le contraste est saisissant comparé au reste de la ville où il y a moins d’arbres. Le commerce, ce n’est pas une préoccupation pour ces forestières. Ce qui les préoccupe, c’est comment faire pour restaurer l’écosystème dans cette région. La chaleur, elles n’en n’ont cure.

L’espace est découpé en neuf enclos où se retrouvent différentes plantes fruitières, ornementales et ombragées. Lors d’une visite guidée dans les différents enclos sous la houlette de Fily Traoré, nous rencontrons Fama Seignane, une des membres de l’association. Les pieds nus, elle répand du fumier dans un plant. « C’est ici que je trouve mon gagne-pain », lance-t-elle avec un large sourire. Deux autres femmes dont Arame Ndao la trésorière sont également concentrées sur leurs activités. En ce mois de mars, les forestières de Kaffrine préparent déjà la campagne de reboisement. «Actuellement, nous préparons les plants. Nous travaillons de 8h à 14h puis de 15h30 à 18h. À partir du mois de juin, nous faisons la journée continue », confie Mme Traoré.

Près de cent femmes travaillent dans cet espace mis gracieusement à leur disposition par le service des eaux et forêts. La technique de production de plants est bien maîtrisée. Elles font le travail sans l’aide de personne. «Nous achetons le fumier. L’administration des eaux et forêts nous a formées sur la production de plants. Elle nous appuie également en matériel  comme les gaines et les semences», explique Fily Cissokho. Elles connaissent pertinemment les enjeux liés à la protection de la forêt. « Il faut qu’on trouve nos comptes dans la forêt, mais nous devons également la protéger pour les générations futures. Elle appartient à tout le monde», confie Fily Cissokho. Passionnée de la forêt, elle soutient avec aisance que l’arbre a trois rôles : écologique, économique et social. Ces trois rôles, dit-elle, sont importants. Ces femmes soutiennent trouver leurs compte dans ce travail. «La foresterie, c’est ce que nous connaissons et nous y trouvons notre compte. L’avancée du désert et la déforestation nous poussent à redoubler d’efforts. Nous reboisons et nous revendons le reste aux Ong, aux individuels, aux écoles », confie Fily Traoré.

300.000 plants en 2015
Tout a débuté en 1989 avec la création de la première pépinière de Kaffrine. «C’est le destin qui m’a conduit dans ce secteur. En 1987, j’ai quitté Kédougou pour un voyage. Au retour, je suis tombée sur la journée nationale de l’arbre célébrée cette année à Koumpentoum. C’était au temps de Cheikh Abdou Khadre Cissokho. Mon amour pour la nature y est pour quelque chose. En 1989, nous avons créé la première pépinière de Kaffrine», rappelle-t-elle. « Avant 2004, nous étions sur le terrain mais on travaillait individuellement. A partir de cette année, nous avons créé cette association pour unir nos forces », a ajouté Mme Traoré. Cette association vise, entre autres, à contribuer à la reforestation du pays, la création de bois de village, la production de plants dans les pépinières, la lutte contre les feux de brousse, la protection de l’environnement, le reboisement. Depuis lors, elles ont mutualisé leurs efforts pour devenir aujourd’hui des actrices incontournables dans la protection de la nature. Aujourd’hui, les résultats sont visibles. Elles ont contribué au reboisement de la forêt classée de Sikilo, un village situé non loin de Kaffrine. En 2015, elles ont produit 300.000 plants de 300 espèces. «Parfois, il nous arrive de faire un million de plants lors d’une campagne », ajoute la présidente des femmes forestières de Kaffrine. Elle soutient que des milliers de plants forestiers et fruitiers sont produits annuellement et une partie est distribuée gratuitement aux groupements ou associations réalisant des actions de reboisement. La réalisation de bois communautaires est une priorité des femmes. «Des plantations massives d’espèces telles que l’eucalyptus entrent dans le cadre de la réduction de la pauvreté par la production de bois de service. Aujourd’hui, plus de 10 hectares de plantations massives ont été réalisées ».

L’enrichissement des forêts n’est pas en reste. Il s’agit de plantations d’espèces locales dans la forêt classée de Kaffrine. Cet enrichissement, explique-t-elle, combiné avec la mise en défens, vise la restauration et la diversité biologique. La promotion de la filière jatropha est également leur domaine de prédilection. Avec l’ouverture de la campagne de reboisement en 2008 sous le thème « colonisation et domestication du désert», des centaines de milliers de plants de jatropha curcas sont produits chaque année au profit des sociétés et projets intéressés par la bioénergie.

Ces forestières demandent un accompagnement des pouvoirs publics par l’octroi de subvention. « Il n’y a que le président de l’Uncefs qui nous appuie. A part son aide, nous ne recevons ni subvention encore moins de financement. Ce que nous ne comprenons pas dans la mesure où nos activités sont utiles pour tout le pays », regrette Fily Cissokho. Elle soutient que les femmes qui reçoivent des financements ne sont pas plus méritantes que celles qui s’activent dans la foresterie. « Si beaucoup de maisons à Kaffrine ont des arbres fruitiers ou ombragés, c’est grâce à nous. On ne doit pas oublier les acteurs de la foresterie qui est un point important du Pse », note Arame Ndao.

 


Par Aliou KANDE

Last modified on lundi, 30 mai 2016 10:46
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