Lieutenant Badara Diallo tombé au champ d’honneur à Nianao en 1972

20 Aoû 2016
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« Vous êtes des braves, mais pour moi tout est déjà fini », dit une dernière fois le jeune officier à quelques soldats dans le véhicule qui l’évacue en urgence vers Kolda. Il n’atteindra pas la capitale du Fouladou. Nianao est un hameau au sud de Velingara à 3 km de la frontière portugaise. Portugaise car en octobre 1972, les combattants du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) se battent farouchement pour l’indépendance de ce qui deviendra la Guinée-Bissau. Ce n’est qu’en 1974, après la Révolution des œillets, que le Portugal quittera le pays. Le Paigc harcèle sans cesse les positions de l’armée coloniale portugaise. Pour protéger la Casamance et prévenir les actions de représailles sur les villages frontaliers où se replient souvent les alliés guinéens, les Jambars assurent la sécurité du territoire national. Il est 19 heures ce jeudi 12 octobre 1972 quand le lieutenant Diallo vient de terminer la dernière inspection des positions tenues par sa section avant la tombée de la nuit. « Dans le village tout proche, on vient de rompre le jeûne du ramadan, les prières s’élèvent des mosquées vers le ciel, pendant que femmes et enfants s’affairent autour des cuisines en plein air pour les repas du soir », écrit « Le Soleil ».

Et soudain, c’est l’enfer ! 05 blindés portugais, profitant du crépuscule, franchissent la frontière et foncent vers le poste militaire qui protège Nianao. Ils tirent sur les militaires qui ripostent. L’attaque par surprise est violente, mais elle n’atteint pas son but car, en face, il y a du répondant. L’officier, à la tête de ses hommes, organise son dispositif ; les ordres claquent dans le staccato des mitrailleuses. Très vite, les Jambars prennent le dessus et imposent la retraite aux Portugais. Mais ces derniers constatent que l’intrépide lieutenant a été touché à l’épaule et à la poitrine. Un blindé portugais revient sur ses roues et tient à le « ramasser », dans doute pour en faire un trophée de guerre. Les soldats sénégalais ne l’entendent naturellement pas de cette oreille et font corps autour de leur chef malgré les salves d’obus lâchées par l’engin portugais. C’est payant car l’assaillant fait demi-tour et profite de l’obscurité pour battre en retraite.

Malheureusement, on déplore, outre l’officier, un villageois tué.

En visite en France, le président Senghor ne décolère pas. Il reçoit les excuses du sinistre commandant en chef des forces portugaises de Guinée-Bissau, Antonio de Spinola, qui promet que le commandant de l’unité en cause sera traduit devant le tribunal militaire. Les messages de soutien affluent de partout. Lisbonne reconnaît que 05 de ses blindés ont violé le territoire sénégalais. Les présidents Boumedienne (Algérie) et Ahidjo (Cameroun) notamment expriment leur sympathie à l’égard du Sénégal. Senghor demande à Coumba Ndoffène Diouf, son ministre des Affaires étrangères, de prendre le premier avion pour New-York afin de déposer une plainte devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Dans son éditorial, Bara Diouf flétrit « cette sale guerre que mène le Portugal en Guinée-Bissau ». Qu’avons-nous à faire d’excuses plates, de traduction en cour martiale et de promesses d’indemnisations lorsque des enfants de chez nous sont lâchement assassinés, demande-t-il. Il écrit : « Les faits sont patents, de surcroît reconnus par leur auteur. Il importe d’y mettre un terme définitif pour qu’enfin les pacifiques populations de Casamance retrouvent la paix. Mais il importe surtout, pour les grandes puissances qui en ont les moyens, de sommer le Portugal à épouser l’esprit de notre temps, en accordant à ses prétendues provinces d’outre-mer l’indépendance et la liberté ».

La Nation a été reconnaissante à l’endroit du lieutenant Badara Diallo et entretient sa mémoire. La première promotion de l’Enoa (Ecole nationale des officiers d’active) de Thiès – celle de l’actuel chef des armées sénégalaises, le général d’armée Mamadou Sow – porte son nom.

Par Samboudian KAMARA

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