1982, la Crei entre en action

23 Aoû 2016
8242 times

Début septembre 1982. Le président Abdou Diouf n’a pas encore fait un an au pouvoir. Mais les premières décisions qu’il prend pour mettre un terme à l’impunité des détourneurs de l’argent public tombent. La fameuse Cour de répression de l’enrichissement illicite entre en action. Sa première audience s’ouvre le jeudi 02 septembre au palais de justice du Cap Manuel à Dakar. « C’est le premier procès de ce genre depuis qu’en juillet 1981, le président de la République, soucieux de la vie publique, avait fait voter la loi réprimant l’enrichissement illicite », écrit le chroniqueur judiciaire Mody Diop.

Deux inculpés, B.S., ancien Pdg de la Banque de l’habitat du Sénégal (Bhs), et M.G., chef électricien du théâtre national Daniel Sorano, avaient été arrêtés en janvier de la même année. Ils avaient bénéficié par la suite d’une liberté provisoire. Ils comparaissent libres à l’audience. Ce premier procès sera suivi de plusieurs autres. Il s’agira de juger A.B.P., J.P.R., A.S. et B.B., tous du service semencier. Mais, précise le journal, les enquêtes se poursuivent. Ainsi, B.D., ex-directeur de la Société nationale des forages (Sonafor), a été récemment inculpé et placé sous mandat de dépôt pour enrichissement illicite.

Ces feuilletons judiciaires vont tenir en haleine l’opinion publique sénégalaise des mois durant. L’accusation reproche à l’ex-Dg de la Bhs de l’enrichissement illicite, des fautes de gestion, un sursalaire, l’utilisation des moyens de la banque à des fins personnelles comme la construction d’une villa, des voyages dispendieux… La Cour est présidée par le juge Gilbert André. Youssoupha Sakho en est le procureur spécial alors que Mes Clément Benoist, Bèye et le bâtonnier Ogo Kane Diallo sont les avocats de la défense les plus en vue. Pour la première affaire, -celle de la Bhs-, le reporter du « Soleil », Chérif Elvalide Sèye, décrit un procureur spécial assez…spécial.

Le magistrat Youssoupha Sakho est un vieux juge. Il compte plus de 40 ans de service. Comme il le dit lui-même, il a blanchi sous le harnais. Aussi a-t-il demandé à la Cour de l’autoriser à prononcer son réquisitoire assis plutôt que debout comme le veut la règle. « Calme, serein, malgré un clignement fréquent des yeux, sans doute un tic, le procureur spécial a surpris hier. Devant ce que le président Gilbert André appellera plus tard la Cour des barons ou des cols blancs, M. Sakho n’a pas cédé à la passion du plus grand nombre, de l’homme de la rue face à un privilégié. Ni dans le ton, ni dans l’attitude. D’une voix douce, il s’est borné à réfuter les éléments avancés par le sieur B.S. pour sa défense. S’il planait sur cette Cour spéciale un soupçon de tribunal de règlement de comptes ou d’instrument de chasse aux sorcières, le réquisitoire du procureur spécial ne l’aura guère conforté. Bien au contraire… » Le procureur spécial requiert 02 ans d’emprisonnement. L’Etat, partie civile, réclame à B.S. 08 millions de FCfa en dommages et intérêts. La défense, de son côté, demande la relaxe pure et simple au motif que l’accusé a justifié l’origine licite de ses biens. Avant de mettre l’affaire en délibéré, le président André rend hommage au procureur spécial, pour « sa détermination à poursuivre les spoliateurs et les accapareurs qui ne sont cependant pas nombreux. Mais ni le nom, ni la fortune, ni les recommandations, ni le rang ne pourront les soustraire à la justice ». B.S. sera condamné, le mardi 07 septembre 1982, à 03 ans de prison et 26 millions d’amende.

(A SUIVRE)
Par Samboudian KAMARA

 

Rate this item
(0 votes)


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.