Abdou Khaliss, la tontine sonnante et…trébuchante

26 Aoû 2016
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En 1976, Keur Ambo, un village du Niombato, frontalier de la Gambie, sortait brutalement de l’ombre grâce à un de ses fils, Abdou Khady Touré, rapidement rebaptisé « Abdou Khaliss » du nom en wolof de l’argent qu’il distribuait et « multipliait » à tout va. Grâce à une chaîne de rabatteurs éprouvés, il inaugura l’arnaque la plus subtile des années 70. Agé de moins de 30 ans, il organise une gigantesque tontine où les derniers arrivés ont tout perdu : argent, honneur et espoir, selon « Le Soleil » qui envoie une équipe de reporters sur ses traces 16 ans après. Il sera condamné à 4 ans de prison avant de retourner à…la terre.

L’équipe du quotidien national le retrouve donc dans le courant de l’hivernage de 1992. Il est redevenu agriculteur après avoir fait passer devant le miroir aux alouettes des centaines de gogos. Quand les journalistes le retrouvent, il revient des champs, juché sur une mobylette conduite par son frère. Il est loin le temps où il faisait la java dans le Saloum et même au-delà. Disant avoir reçu une révélation divine, il brassait de grosses sommes d’argent. Le montant de l’escroquerie s’élevait à plus de 300 millions de FCfa.

Modus operandi ? Son conseil d’alors, Me Thierno Diop (ancien président du groupe parlementaire Ps) raconte à Saliou Fatma Lô et Modou Mamoune Faye: « Les accusations d’escroquerie étaient bien fondées car il y avait bel et bien des manœuvres frauduleuses accompagnées de toute une mise en scène : malles et sacs remplis de billets de banque, file interminable de personnes devant sa case, kyrielle de rabatteurs et d’intermédiaires… » Qu’est-ce qui peut, sinon la cupidité, expliquer qu’un jeune homme de 29 ans ait pu rouler dans la farine des riches commerçants et des notables ? Son avocat reconnaît qu’Abdou Khaliss -as de l’arnaque- a grugé des gens et amassé des millions et des millions de nos francs.

Keur Ambo était devenu un village-forteresse et Abdou Khaliss protégé comme un chef d’Etat. Les premières « touches » ont consisté à « multiplier » des billets. Si les premiers « souscripteurs » ont bénéficié de ses largesses, au fil du temps, les dettes se sont accumulées. Toutefois, Abdou Khaliss a eu le temps de profiter de sa gloire éphémère. Il déclare fièrement aux reporters qu’il avait une 504 familiale et une 404 camionnette, trois épouses et « une foule de concubines », selon les mauvaises langues du bled.

Au faîte de sa gloire, il menace Sammy Lucien Chaupin, le correspondant du journal dans le Sine-Saloum qui avait relaté sa saga dans l’édition du journal datée du 12 mars 1976. Ce n’était que bis repetita car il avait fait de même avec Mame Less Dia : « Tu as déjà mis en doute mon pouvoir divin et si tu insistes je te transforme illico en singe. D’ailleurs, tu n’arriveras pas à Dakar car tu vas crever en chemin », avait-il prédit.

Abdou Khaliss soutient mordicus qu’il a reçu « une révélation divine » dans un champ, à l’ombre d’un arbre de « Soto » où il découvrit, à l’heure de la prière de Tisbar, un baluchon qu’il se garda de déballer durant 3 mois. Et au cours de cette séquence, il a ramassé une enveloppe rouge non loin de l’arbre et dans laquelle un texte en arabe lui apprenait que de l’argent était dans le baluchon, ainsi qu’une corne. La corne d’abondance quoi !

Par Samboudian KAMARA

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