40 ans après, le Pai si proche, si loin…

31 Aoû 2016
9273 times

Qui se souvient encore du Parti africain de l’indépendance ? Le Pai a pourtant été, dès sa création en septembre 1957, le porte-flambeau de la revendication pour l’indépendance du Sénégal, à côté du Pra/Sénégal et d’organisations comme la Fédération des étudiants d’Afrique noire francophone (Feanf). Conduit par son leader charismatique, le Dr Mahjemout Diop (1922-2007), le Pai était alors la principale force politique en face de l’Ups dont la majorité des dirigeants était plutôt favorable à une transition en douceur. Très vite, dès le 31 juillet 1960, à l’occasion des premières élections municipales à Saint-Louis post indépendance, des émeutes éclatent et font des blessés (voire un mort) et d’importants dégâts. La voiture du maire, Me Babacar Sèye est brûlée, le gouverneur Daniel Cabou pris à partie par les manifestants alors qu’il était sorti de ses bureaux pour les calmer. Le lendemain, 1er août, le Pai est dissout pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Son leader, lourdement condamné par contumace, entame un long exil qui durera 15 ans…

Suite à la crise politique et sociale de 1968, le président Senghor avait nommé, en 1970, un jeune chef du gouvernement en la personne d’Abdou Diouf et procède à une « ouverture démocratique » 04 ans plus tard. En 1976, le Pai retrouve la légalité ; il y a déjà sur « la place » le Pds de Me Abdoulaye Wade créé en 1974. « Le Soleil » consacre sa « Une » du 1er septembre 1976 à Mahjemout Diop qui est interviewé par Moctar Kébé, futur ministre de la Communication et maire de Kolda. Le moins que l’on puisse dire est que le vieux révolutionnaire s’est assagi. « Nous lutterons désormais dans un esprit démocratique », dit-il.

La ligne du Pai reste constante au fond. « Le Pai est une organisation politique qui accepte les principes du socialisme scientifique et les applique pour la conquête de l’indépendance de l’Afrique noire et pour la construction d’une société socialiste africaine », disaient dès 1957 les statuts du parti.
Le Pai dit qu’il s’est toujours appliqué à définir « une voie qui, parce que originale et adaptée aux réalités de notre pays reste, par là même, scientifique ; c’est-à-dire que nous avons été avant la lettre pour une relecture -prolétarienne s’entend- de Marx, Engels et Lénine ».

La révision constitutionnelle de 1976 n’autorisait que 03 partis politiques rattachés aux trois idéologies (démocratie libérale avec le Pds, socialisme avec le Ps ex. Ups, communisme avec le Pai de Mahjemout Diop). Ce dernier bénéficie d’une loi d’amnistie. Le processus du retour du Pai dans le jeu politique légal fait l’objet d’un échange épistolaire (sous couvert du gouverneur de la région du Cap-Vert) entre le célèbre tribun et le tout puissant ministre de l’Intérieur d’alors, Jean Collin. Le journal publie les textes. Mahjemout Diop souligne d’entrée que « le Pai, en tant que parti politique et bien qu’il tienne grand compte de la majorité musulmane du Sénégal, pratique un strict non-engagement vis-à-vis des religions et des philosophies ». Toutefois, pour ne pas trahir la décrispation, la formation communiste précise qu’elle a choisi « la voie démocratique pour la conquête du pouvoir ».

A plusieurs reprises, le Pai ira, sans succès, aux élections. Même pas un poste de député ! Vers la fin de sa vie, retiré des affaires publiques mais l’œil toujours avisé, Mahjemout Diop soutiendra le président Abdou Diouf lors de l’élection présidentielle de 2000 et votera « NON » lors du référendum de 2001. Tombé dans l’oubli, le Pai ne vit plus qu’à travers les archives. A part bien sûr, le trait mémoriel entretenu par la fameuse station des cars de transport en commun appelée « Tableau Pai » à Guédiawaye…

Samboudian KAMARA

Rate this item
(0 votes)


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.