Bara Diouf, une vision du journalisme

08 Sep 2016
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Quand Bara Diouf célèbre le 5000ème numéro du « Soleil », l’éditorial vient naturellement. Ce jeudi 08 janvier 1987, le journal parle de lui-même, après 17 ans de parution. Rappelé à Dieu hier, le doyen Bara Diouf, alors PDG de « L’astre national », savait comme personne emprisonner les idées en mots pour dire son monde. Quel « Soleil » pour quel lectorat ?

« L’exclusivisme et le monopole d’Etat ont ceci de nocif qu’ils conduisent à la paresse intellectuelle, installant dans la facilité, créent la tentation de l’uniformité du langage et de la pensée », écrit-il dans un article titré : « On l’appela Soleil ». Poursuivant l’explication de sa fameuse ligne éditoriale, il estime que « cet exclusivisme et ce monopole d’Etat », inhibiteurs par nature, sont comme « la paire de ciseaux pour couper les ailes du génie ». Pilier du régime Ups/Ps, le vieux scribe n’en restait pas moins un intellectuel ouvert aux vents fécondants de la pensée.

Homme tout en nuances, à l’écriture madrée comme le personnage physique, il savait dire ses vérités entre les lignes. Pour répondre à ses détracteurs qui l’ont toujours accusé de porter la voix du pouvoir socialiste, il savait répondre : « la rumeur, l’intolérance, l’exaltation de valeurs anachroniques et dépassées, la délation et le mensonge, l’archaïsme et le refus de la modernité, sont autant de maux qui ont toujours fait le lit de la dictature et présidé à l’assassinat des droits de l’Homme et de la Démocratie », rappelait-il à ses adversaires de toujours (et donc de Senghor), à savoir ce peuple de la Gauche d’abord, et des partis d’opposition nés après 1974 ensuite. Mais toujours et systématiquement via le commerce des idées.

« Le Soleil » ne sera donc pas, dès sa naissance, « Le Soleil » du pouvoir, mais celui de la Nation. Voire. E n tout cas, ainsi a-t-il résumé le virage éditorial rendu nécessaire par le pluralisme politique et médiatique. Selon Bara Diouf, l’épithète de quotidien « national » du « Soleil », dans un pays remuant comme le Sénégal, traversé par des courants de pensée aussi versatiles qu’ils sont nombreux, le prédisposait à « une mission spéciale de carrefour des sensibilités et des spécificités des populations de cette lande, qui se sont proclamées, très tôt, démocrates et respectueuses des libertés fondamentales ». Fin de la première partie. Elle a surtout tourné autour de l’élaboration du bréviaire par l’idéologue de ce qu’on appelle aujourd’hui « médias du service public ». Ensuite, vient le journaliste. Le vrai Bara Diouf.

Il écrit : « Les pages que nous offrons aujourd’hui à nos lecteurs relèvent plus du souvenir de nos propres fantasmes que de victoires remportées sur nous-mêmes et sur les contraintes de notre métier (…) » A sa lecture, 30 ans après, on découvre un Bara Diouf nostalgique certes mais prémonitoire et déjà conscient des bouleversements à venir dans la presse : « Me reviennent encore à la mémoire ces aurores sans fin dans notre salle de rédaction ténébreuse ou dans les presses humides d’une imprimerie enveloppée des vapeurs de plomb fondu. C’était à l’époque de la lampe à huile de papa. L’offset, la photocomposition, n’avaient pas encore eu raison du marbre légendaire des temps héroïques du journalisme naissant ». Les temps changeront…

L’éditorialiste met en exergue « l’imagination, l’artisanat, la passion du métier, le sentiment d’appartenir à une catégorie d’êtres à part » qui les habitaient et les poussaient à accomplir, chaque aube naissante, le miracle toujours recommencé. « Et au lever du jour, des pages imprimées s’offraient à nos regards émerveillés d’artistes : elles s’appelaient Soleil ». Incarnation jusqu’à la fin du journalisme d’opinion au Sénégal, aux côtés d’autres illustres journalistes, il restera dans l’éternité pour avoir porté si haut le flambeau du métier de l’éphémère.

Samboudian KAMARA

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