Le pluralisme politique, selon Senghor

16 Sep 2016
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Il y a 40 ans, le Sénégal sortait d’un long glacis politique après le retour à la légalité du Pai, interdit et ses dirigeants contraints à l’exil depuis 1960. Cela faisait suite, deux ans plus tôt, à la création du Pds par Me Abdoulaye Wade. La loi des quatre courants, la fin de la situation d’exception que constituait le fait du parti unique et l’ouverture politique ouvraient donc d’intéressantes perspectives à la démocratie sénégalaise alors balbutiante. Le président Senghor a son idée sur comment devraient évoluer les relations entre son pouvoir et l’opposition. Cette dernière (en attendant le Mrs de Me Boubacar Guèye) est constituée des seuls Pds et Pai.

A la mi-septembre 1976, le chef de l’Etat revient de ses vacances passées en Normandie. « Le Soleil » du 15 de ce mois pluvieux annonce que « l’opposition aura tous ses droits ». Cela n’est pas sans importance. « Les membres de l’opposition ne sont pas nos ennemis, ce sont des adversaires politiques, des frères. Je recevrai MM. Abdoulaye Wade et Majhemout Diop à chaque fois qu’ils en feront la demande », déclare le président-poète. Mieux, il promet de prendre quelques fois « l’initiative de les convoquer pour m’entretenir avec eux des grands problèmes nationaux ». Selon Moctar Kébé (futur ministre et maire de Kolda), deux idées-forces se dégagent des propos de Senghor : « d’abord la confirmation que le gouvernement en place jouera correctement le jeu dans le cadre de l’alternance démocratique du pouvoir que nous expérimentons au Sénégal depuis 03 ans ».

Pour le commentateur, cela veut dire que tous les droits de l’opposition seront respectés dans la mesure où elle s’acquittera elle-même de ses devoirs. Il y a ensuite que la concertation avec l’opposition n’a plus pour objectif de la saborder au parti gouvernemental, « mais de la consulter sur les voies et moyens qu’elle juge les plus appropriés pour réaliser nos objectifs communs de développement économique et social ».

Toute la subtilité de la politique senghorienne s’en trouve étalée. « Son » journal explique en effet que désormais « s’il y a conflit, il ne se situera plus entre l’Ups d’une part, et le Pds et le Pai d’autre part, mais entre adversaires et adeptes de la démocratie au Sénégal, sans considérations d’appartenance aux trois formations politiques en présence ». Moctar Kébé estime que le seul qui vaille maintenant est celui « du courage politique et de l’honnêteté intellectuelle ». Selon lui, il s’agit d’avoir « le courage de défendre ses idées sur la place publique tout en respectant celle des autres ; cela exclut bien sûr les accusations gratuites et autres procès d’intention. Il s’agit aussi de reconnaître les mérites de l’adversaire et retenir tout ce qu’il peut proposer de positif ». Pour le journal, « c’est à ces conditions que nous prouverons que l’expérience démocratique sénégalaise n’est ni un cadeau empoisonné, ni un incident de parcours, mais l’expression de la volonté et du génie du peuple sénégalais ». La fonction « pédagogique » du quotidien ne date donc pas d’aujourd’hui…

Samboudian KAMARA

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