Mor Maty Sarr, opérateur économique : Le « député de Sandaga »

30 Sep 2016
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C’est l’histoire d’un « Djolof-Djolof » venu chercher fortune au Saloum et qui a fini d’y faire sa vie. La relation entre l’ancien député libéral Mor Maty Sarr et sa ville d’adoption de Kaolack pourrait emprunter ce raccourci allègre dont les chroniqueurs sont friands. Pourtant, il y a une part de vérité dans cette trajectoire romancée.

Dans une chaude journée de 1962, il débarque dans la capitale du Saloum sur le dos d’un cheval de race. Agé d’à peine 17 ans, il a été envoyé par son père pour se faire une place dans le milieu des turfistes dont la localité de Mboss, dans le département de Guinguinéo, était une sorte de « Longchamp » à l’échelle du Sénégal. Parti de Gouloubou, il rallie la capitale du Saloum en passant par Dahra-Djolof, Mbacké Baol, Diourbel et Gossas. Un long périple, du nord au centre du pays, pour se faire une place dans le milieu des courses hippiques.

Quelques courses plus loin avec un bilan plutôt mitigé, le jeune jockey, installé au quartier des « Abattoirs Ndangane » le fief des « Djolof-Djolof » dans la ville, prend peu à peu ses aises loin du cocon paternel. Ce dernier, venu prendre des nouvelles de son champion de fils, se résout, la mort dans l’âme, à le rapatrier avec sa monture. Cette fois-ci par le chemin de fer. Une première incursion qui n’a duré que le temps d’une rose. Direction, par la suite, Dakar où le fils du patriarche El Hadj Baïdy Sarr se reconvertit en marchand ambulant.

Le succès aidant, il se lance vers 1967 dans l’import-export et retrouve Kaolack pour des haltes sur la route de Banjul pour prendre l’avion en direction de Freetown ou Accra. Faisant le deuil de ses rêves de jockey réputé, le jeune commerçant trace son sillon dans le milieu des affaires. Son look de jeune premier de l’époque, avec casque Edgar, lunettes Ray ban, vélo moteur de marque italienne et costume cintré, renseigne sur la prospérité de son commerce. Des allures de dandy qui ne l’empêchent pas d’acquérir sa première maison personnelle à Kaolack en 1969 et de prendre femme la même année. Repéré par les responsables socialistes de l’époque, on lui donne, malgré lui, le poste d’adjoint de la sous-section des Abattoirs derrière un certain Ameth Saloum Boye.

S’ensuit un long parcours politique couronné par deux mandats parlementaires entre 2002 et 2012. Siégeant sans discontinuité au conseil municipal de Kaolack durant plus de 20 ans, il refusa, en 1997, le fauteuil de maire d’Abdoulaye Diack élu au conseil régional. « Je suis entré par effraction dans la politique car le Groupement économique sénégalais (Ges) dont je fus le responsable dans la région avait fait de moi un conseiller associé à la commune de Kaolack. Ma vrai vocation, c’est le commerce », consent-il à se justifier 20 ans après. Ce socialiste pur jus a pourtant eu ses lettres de noblesse avec l’avènement du président Wade qui en fit le coordonnateur régional de la formation libérale de 2008 à 2014.

Désireux de se consacrer pleinement à ses affaires, celui qu’on affubla du sobriquet de « député de Sandaga » démissionne avec fracas de tous ses mandats politiques le 23 mars 2014. Aujourd’hui, le premier vice-président du Ges règne en maître dans sa boutique de l’avenue Peytavin au cœur de la capitale. Il raconte à qui veut l’entendre qu’il est un « Djolof-Djolof » de naissance et un « Saloum-Saloum » d’adoption, obligé de vivre à Dakar pour des raisons professionnelles. L’histoire ne dit pas qu’il est retourné sur ses pas d’ancien jockey pour diriger la ligue du Sine-Saloum des courses hippiques de 1979 à 1986. « Depuis cette date, il y a eu plus de compétions hippiques dans la zone », regrette-il la mort dans l’âme.

Elimane FALL

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