Réponse-contribution à l’appel du président Macky Sall à la « renaissance » au Sénégal des archives et des métiers y associés

28 Oct 2016
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Nous saisissons le prétexte de la célébration, pour la dixième année, de la « Journée mondiale du patrimoine audiovisuel », le 27 octobre, pour apporter une contribution à l’appel lancé plusieurs fois par le Président Macky SALL pour une certaine renaissance des archives.

Certainement convaincu, comme Marie-Anne Chabin, que concernant les archives : « … tout le monde est concerné : l'ingénieur… le décideur… le généalogiste… le journaliste… le citoyen qui défend ses droits… l'historien… l'homme politique et le magistrat pour la traçabilité de l'argent public. Les archives ont beaucoup à dire à la société… Pour qu'elles se livrent, il faut les apprivoiser, préserver leur support, capter leur discours et respecter leur origine », le Président Sall manifeste le soutien qui manquait le plus à la prise en charge des archives, à savoir l’engagement et la volonté politique de l’Etat du Sénégal à son sommet le plus élevé.  

Appui aux archives
A plusieurs occasions, le Président Sall marque son intérêt et son appui aux archives. D’abord à l’ouverture du Colloque célébrant le centenaire des Archives du Sénégal, le 1er juillet 2013 : dans son discours lu alors par le Secrétaire Général du Gouvernement, le Président réitère son engagement à bâtir la Maison des Archives.

Puis, lors du Conseil des Ministres du 25 juin 2015, « Abordant le point relatif au renforcement du contrôle des administrations publiques, le Chef de l’Etat... insiste à ce propos, sur l’impératif pour le Gouvernement d’assurer un bonne politique de gestion des archives, qui intègre, le renforcement du cadre réglementaire, le recrutement de personnels professionnels et le recours à la numérisation des documents administratifs et financiers. Il demande en outre au Premier Ministre, de tenir avant la fin du mois de juillet 2015, un Conseil interministériel sur les archives avec comme objectif, l’élaboration d’un Plan national de Gestion des Archives ». (http://www.gouv.sn/Conseil-des-ministres-du-mercredi,1859.html).

Ensuite, au cours du Conseil des Ministres du 20 janvier 2016, « Rappelant l’importance primordiale qu’il accorde à la bonne conservation des archives et documents administratifs, le Président de la République invite le Gouvernement à veiller, dans les ministères et structures publiques, au traitement et au reversement réguliers des archives conformément aux lois et règlements en vigueur.

Centre National des Archives
Dans ce cadre, le Chef de l’Etat demande au Premier Ministre de renforcer les moyens logistiques, humains et financiers de l’Ecole des Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes (EBAD), et de la Direction des Archives Nationales. Il l’invite également à lui proposer, dans les meilleurs délais, un Programme de Modernisation de la Gestion des Archives qui intègre la réalisation, à court terme, d’un Centre National des Archives, au Pôle urbain de Diamniadio. ». (http://www.gouv.sn/Conseil-des-Ministres-du-20,1969.html)

Enfin, ajoutons à tout cela que Macky SALL, alors candidat à l’élection présidentielle de mars 2012, est le seul candidat à parler des archives et à s’engager à construire la Maison des Archives du Sénégal s’il était élu.

Nous sommes donc conforté à penser, au vu de tout cela, que ce Président,  Plénipotentiaire de l’Etat au niveau suprême, est tout à fait convaincu de la nécessité, du rôle et de la place des archives, tant pour des besoins d’utilité administrative qu’en raison de leur enjeu comme patrimoine, de gouvernance transparente, démocratique et citoyenne. Toutes choses qui, en conséquence, réunissent les conditions pour un bon archivage et une éventuelle bonne formation des archivistes.

Le but de cette présente contribution, c’est d’essayer de formuler un début de réponse à l’invitation du Président de la République à l’élaboration d’ « un Programme de Modernisation de la Gestion des Archives ».

Listons, ci-après, bien sommairement toutefois, quelques propositions et recommandations dans ce sens :  
-    Introduire, au moins dans les grandes écoles de formation (ENA, CFJ, ESP, universités, etc.), à défaut de l’initier dès les premières années d’éducation, la notion d’archives ainsi que la valeur patrimoniale des ressources documentaires. La plupart du temps, c’est plus par ignorance que par mépris de la réelle importance des archives et des ressources documentaires, que dirigeants et décideurs donnent peu ou pas du tout de place aux archives et aux archivistes.

-    Rendre concrète la compétence exclusive de la Direction des Archives comme organe de l’Etat pour toutes questions relatives aux archives (Art.8, Loi 2006-19) et, donc, réviser le décret 2006-596 du 10 juillet 2006 portant Organisation et fonctionnement de la Direction des Archives du Sénégal s’impose. Ainsi, par exemple, muer la Direction des Archives du Sénégal en Direction Générale pour lui permettre de chapeauter des directions régionales, départementales et communales avec des services régionaux, départementaux, communaux, en plus de directions qui se chargeraient du Dépôt légal, des Archives audiovisuelles, cinématographiques et radiophoniques, etc.

Archiviste en mission
Cette révision introduirait aussi la présence, dans toutes les administrations publiques (ministères, sociétés et établissements publics, municipalités, collectivités territoriales, etc.), d’un « archiviste en mission » ne répondant hiérarchiquement qu’à la Direction des Archives ; ceci pour prévenir, sinon empêcher la substitution, la destruction, l’égarement ou le « maquillage » de documents gênants ou compromettants. Mais encore faudrait-il que les Archives disposent de « personnels professionnels » ainsi que le préconise expressément le Président de la République (Conseil des Ministres du 25 juin 2015). Cette prescription sage et judicieuse ne semble pas avoir été respectée lors du dernier recrutement des personnels en réponse à l’expression des besoins de la Direction des Archives. A ce sujet, il faut, à défaut de corriger cette anomalie qui semble être déjà irréversiblement consommée, au moins garantir qu’à l’avenir de tels errements ne se reproduisent.  La cohorte est déjà assez importante d’archivistes diplômés et de professionnels similaires chômeurs. Et, naturellement, des compétences spécifiques et pointues doivent être celles des archivistes pour classer, classifier, analyser, conserver, diffuser, … convenablement les archives ; le tout sur la base de normes internationalement reconnues et partagées partout dans la planète.

-    Recourir, chaque fois que possible, à des professionnels du domaine pour diriger des institutions documentaires ou d’archives. Quand c’est réalisable, il faut mieux choisir des membres des corps des métiers en question répondant aux critères requis de nomination pour diriger les institutions desdits corps.

-    Mettre en place, impérativement, le Conseil Supérieur des Archives, conformément à l’article 9 de la Loi 2006-19.
-    Concernant le renforcement préconisé des moyens de l’EBAD, creuset par excellence des archivistes et professionnels similaires, engager davantage d’enseignants qualifiés et leur adjoindre des professionnels des archives. (Des professionnels des archives et assimilés, très compétents, avec des formations hautement pointues et de niveau académique très élevé, existent). Et puis, comprendre des professionnels dans le corps professoral et de formation au moins l’égal de 30% des effectifs, respecterait une norme vivement recommandée dans des écoles de formation professionnelle telle que l’EBAD.

Par ailleurs, l’évolution dans les métiers d’archives et des professions associées commande des mises à niveau indispensables si ce ne sont pas carrément des métiers tout nouveaux pour gérer, par exemple, les archives  audiovisuelles, les sites web, la TNT, les IPTV, les réseaux sociaux, etc. qui, de nos jours, assurément, sont en train de dépasser voire supplanter les archives traditionnelles.  

-    Réserver une place de choix au dépôt légal (institution jusqu’ici négligée en Afrique et au Sénégal), outil incomparable et irremplaçable pour assurer la pérennité des documents et des œuvres en tous genres.

Revenons à la Journée internationale du patrimoine audiovisuel pour noter que, tout comme l’appel du Président Sall, le sens d’une telle journée est de : « sensibiliser l’opinion à la nécessité de conserver le patrimoine audiovisuel ; offrir l’occasion de célébrer des éléments locaux, nationaux ou internationaux particuliers de patrimoine ; insister sur l’accessibilité des archives ; attirer l’attention des médias sur les questions relatives au patrimoine audiovisuel ; mettre en avant l’importance culturelle de ce patrimoine ; attirer l’attention sur le patrimoine audiovisuel en danger , en particulier dans les pays en développement ». (Cf. 175 EX/18-page 2, Paris, le 1er septembre 2006).

Patrimoine audiovisuel en danger
Nous avons, certes, été lapidaire sur plus d’un aspect des réponses que l’appel du Président nécessite. Mais, notre objectif principal était de participer aux débats et aux contributions pour que l’occasion de faire « renaître » les archives ne nous échappe pas. Nous restons disposé à apporter le peu de notre expérience afin que rayonnent de mille feux ces nobles et exaltants métiers.  

L’appel du Président Macky Sall, disons son cri du cœur du 20 janvier 2016, tout en mettant à portée tous les pré-requis (essentiellement engagement et volonté politiques), montre en même temps le chemin de la préservation, de la sauvegarde et de la valorisation des fonds et ressources documentaires. Nous tous, archivistes d’abord, puis toute la communauté nationale et universelle (citoyens ordinaires, chercheurs, formateurs, décideurs, etc.), devons-nous engager et nous mobiliser pour mettre en œuvre les attentes de ce « sauveur » des archives et de la communauté des archivistes et assimilés.

Terminons par prier Monsieur le Président de nous gratifier d’un décret d’application de la loi 2006-19 du 30 juin 2006 pour faciliter l’effectivité pleine et entière de cette dernière.

Par Dr. Hamet BA
octeur en Sciences de l’Information et de la Communication, Conservateur-documentaliste
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