Gouy Mouride / Rufisque : Le forum mouride devenu quartier

12 Sep 2017
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Au commencement, c’était le Baobab. Arbre qui, par la fréquentation d’un homme de foi, verra pulluler sous son ombre beaucoup de maisons. Retour sur l’histoire du grand végétal qui a enfanté une vaste cité.

En lieu et place où se tenait l’arbre, se trouve aujourd’hui, une petite boutique. Le baobab est mort en 1968, laissant derrière lui des enfants qui ignorent tout de son histoire. Fondé il y a quelque 59 ans, Gouy Mouride est à ce jour, l’un des quartiers les plus populaires de Rufisque. Son nom est chargé de sens et d’histoire. Avant toutes ces maisons, il y avait un énorme baobab. Un arbre touffu sous lequel un disciple de Mame Cheikh Ibrahima Fall du nom d’Abdoulaye Faye avait institué un reposoir. C’était en 1958. Le vieux « Baye Fall », taille de colosse avec ses dreadlocks et ses compagnons, venait du Baol pour s’installer dans la capitale. Pour designer ce lieu, il a combiné le nom du baobab en wolof (Gouy) et Mouride du nom de la confrérie à laquelle il appartient. Le baobab était d’une importance capitale pour les hommes. Car en plus de la grande quantité de pain de singe (fruit du baobab) dont il faisait grâce, son ombrage en a fait également une station adéquate pour faire escale. « Les habitants de Keur Ndiaye Lô et même de Keur Massar s’arrêtaient sous cet arbre pour changer leurs habits et mettre leurs bijoux, pour ensuite entrer dans la ville de Rufisque », raconte Abdoulaye Ngom, le septuagénaire et chef de quartier de Gouy Mouride.

Gouy Tidiane
Outre cela, le baobab était une agora où le premier délégué de quartier, Baye Galaye Diop, réglait les différends. Le Baobab était également le lieu de travail d’un certain Ndiouga Dieng, chanteur du mythique orchestra Baobab. Il y vendait de la viande. A cette époque, Gouy Mouride était à la cime de son histoire. Mais le baobab est parti de sa belle mort il y a bien des années. Toutefois, d’aucuns croient qu’il a été détruit, mais « involontairement », par ce commerce. Selon les anciens, pour renverser un baobab, il suffit d’encastrer un morceau de chair dans le tronc de l’arbre pour qu’il meure à petit feu. Un acte qui serait la cause de la disparition du baobab.

Cependant, la coloration mouride demeure dans le quartier malgré l’absence du baobab et de son fondateur. Ici, il est fréquent de voir des effigies de Cheikh Ahmadou Bamba et de Mame Cheikh Ibrahima Fall peints sur les murs. Néanmoins, toutes les confréries y sont bien représentées, notamment les Tidianes. D’ailleurs, il y avait même un baobab, mais de moindre envergure dénommé Gouy Tidiane. Ce dernier « se trouvait à l’intérieur de la maison d’un nommé Ali Ndiaye. Mais il n’a pas eu autant de succès que Gouy Mouride ; raison pour laquelle peu de gens savent qu’il a une fois existé », informe Ngagne Diop, notable du quartier. Néanmoins, de nombreux quartiers comme Alwar Gouy Mouride, Touba Alwar…, demeurent les témoins d’un melting-pot ethnique et confessionnel.

Mais comme tous les quartiers, Gouy Mouride grandit avec son lot de difficultés. L’assainissement et les infrastructures font défaut. La jeunesse ne dispose que d’un terrain de basket qui sert également pour le football. Et en cette période d’hivernage, les populations pataugent dans l’argile blanche. Pourtant, il y a des années, ce site était un domaine agricole. Amadou Dieng, chef de quartier d’Alwar Gouy Mouride, y a cultivé de l’arachide et du mil dans les années 1970. Nostalgique de cette époque, il se désole des nouvelles constructions en désordre et des tas de de gravats qui, maintenant, empêchent l’infiltration des eaux pluviales dans la nappe phréatique. La liste de problèmes n’est pas exhaustive. Sur plus de 200 mètres, des maisons sont construites sous les câbles électriques à haute tension de la Senelec. Une configuration qui a été fatale à trois manœuvres qui, en 2012, ont été électrocutés alors qu’ils déchargeaient la charge de sable d’un camion à benne. Et en 2016, un câble avait sauté provoquant une panique totale. « Un bruit assourdissant a saisi tout le monde. Je croyais même qu’il était l’heure du jugement dernier », se rappelle Moussa Ba, riverain. Depuis, le préfet de Rufisque avait interdit le stationnement des gros-porteurs sous la zone de danger, mais le problème demeure. Et depuis quelques années, une ligne de bus Tata s’est mêlée à la danse périlleuse avec un terminus au même endroit. Par contre, elle soulage les habitants de Gouy Mouride dans leurs déplacements quotidiens.

Par Assane FALL (stagiaire)

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