Réserve du Ferlo Nord (Suite) : Une faune et une flore pour booster l’écotourisme

14 Sep 2017
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Doté d’une faune et d’une flore exceptionnelle, le département de Ranérou a des atouts majeurs pour séduire. Mais ce grand potentiel est sous-exploité.

Pour le préfet du département, Ranérou constitue une véritable exception avec la présence de deux réserves de faune. « Les animaux sauvages sont très nombreux dans le département. L’accès difficile favorise la faune sauvage. De plus, Ranérou est frontalier à Tambacounda. C’est une continuité territoriale, un couloir de transhumance des animaux sauvages. C’est le seul département où l’on retrouve des autruches à l’état sauvage qui ont disparu dans beaucoup de pays, des gazelles, des hyènes et plusieurs espèces d’oiseaux. C’est ce qui fait du Ferlo une exception », note le préfet, Amadoune Diop. De l’avis du préfet, Ranérou, avec l’enclos de Katané qu’il qualifie de « merveille », pourrait se forger une réputation de destination touristique à la hauteur de son riche patrimoine naturel et culturel. Ainsi, soutient-il, Ranérou, grâce à ses trésors naturels, pourrait, avec le soutien de l’État et des partenaires, devenir un paradis de l’écotourisme et attirer des milliers de visiteurs par an.

Avec une faune et une flore très riche, un écosystème protégé et une culture locale diversifiée, les opportunités pour développer l’écotourisme sont nombreuses, selon le capitaine Fall. « En collaboration avec le bureau de la communication, du Tourisme et de la Promotion de l’écotourisme de la Direction des Parcs nationaux, un étudiant en licence 3 va effectuer un stage de deux mois dans la réserve en vue de proposer des offres éco-touristiques qui tiennent en compte les potentialités du département. Éventuellement, dit-il, l’étudiant reviendra pour faire son Master », précise le conservateur. « Tout cela pourrait nous aider à développer le tourisme à Matam. Malheureusement, quand on parle de cette région, c’est en termes de chaleur, de sécheresse, alors que c’est une région riche sur le plan culturel, environnemental, etc. », soutient le conservateur. Pour le capitaine Fall, il y a de belles choses à montrer. D’ailleurs, note-t-il, le Conseil départemental de Ranérou Ferlo a pris l’engagement de créer un écomusée à Katané. Le budget, informe-t-il, a déjà été élaboré. « Il serait même intéressant d’avoir une boutique villageoise pour vendre la culture locale et tout ce qu’on a comme diversité de faune à Katané. Ce sont des atouts qu’on pourra exploiter pour développer l’écotourisme local », indique le conservateur.

Mais aujourd’hui, il est difficile d’envisager le développement de l’écotourisme sans de bonnes pistes. « Pour faciliter le déplacement ou inciter des touristes à visiter cette réserve, il est impératif de penser à ériger une piste latéritique ou goudronnée entre Ranérou et Katané en passant par Toubel », indique le capitaine Fall. À cela s’ajoute l’amélioration du réseau téléphonique qui est défectueux dans ce village perdu dans le Ferlo. Katané est coupé du reste du monde à cause de cet état de fait et avoir le réseau nécessite une grande débauche d’énergie. Les usagers sont obligés de placer les téléphones sur les toits des cases en paille ou des bâtiments en dur du poste de Katané et espérer que dame chance soit au rendez-vous.

Education environnementale
Le capitaine Fall préconise également une solution locale, notamment l’éducation environnementale sur la réserve de biosphère du Ferlo. C’est dans cette lancée qu’une caravane scolaire des ambassadeurs de la réserve a été initiée. Des élèves les plus méritants du département ont été amenés pour visiter l’enclos de Katané, le Parc national Niokolo Koba (Tamba) et d’autres réserves. « Il faut vendre l’image de l’enclos d’autant que partout à travers le monde, les Parcs nationaux s’autofinancent », poursuit le conservateur.

Avec une superficie de 487.000 ha, la Réserve de faune du Ferlo nord est la deuxième aire protégée du pays. Sa gestion nécessite la mobilisation d’énormes moyens financiers, matériels et humains. Le nouveau directeur des Parcs nationaux est conscient de cela, précise le capitaine Fall. C’est dans ce contexte que s’inscrit le recrutement des agents des Parcs nationaux par le ministère de l’Environnement. Ce qui, selon le capitaine Fall, permettra de renforcer les ressources humaines. Pour ce qui est des ressources financières, explique-t-il, « la Réserve de faune du Ferlo nord, notamment l’enclos de Katané, a des partenaires qui l’accompagnent notamment la coopération espagnole, Sos « Sulcata », d’autres Ong et des experts dans le monde de la conservation sahélo-saharienne », en parfaite intelligence avec les autorités.

S’agissant des cas de feux de brousse, ils sont moins fréquents dans la réserve, selon le conservateur. Cette année, dit-il, un seul cas s’est déclaré et a été très vite maîtrisé grâce à l’appui des populations. « Nous travaillons en collaboration avec les populations locales. Nous avons formé des éco-gardes qui nous représentent dans chaque village. Ils nous donnent des informations à temps réel et nous aident beaucoup dans la sensibilisation des populations », souligne le capitaine Fall qui salue l’engagement des populations. « Nos relations sont bonnes. Certains sont même engagés à nos côtés sans aucune contrepartie financière parce qu’ils savent ce que représente la réserve pour eux. Ils nous appuient beaucoup et parfois, ils n’hésitent pas à attacher leurs charrettes pour nous accompagner dans notre mission », se félicite le conservateur de la réserve.

Par ailleurs, précise le capitaine Fall, chaque transhumant est obligé d’avoir une autorisation pour camper dans la réserve. « Au cours des rencontres avec les transhumants, nous les sensibilisons sur les mesures à prendre pour éviter les cas de feux de brousse », informe le conservateur.

Après un tour sur le plateau où mettent bas les oryx, notre équipe s’est rendue à la mare dénommée « wéndou mawndou » (grande mare). À côté, se dresse un imposant baobab qui, telle une sentinelle, surveille le plan d’eau. Il sert de refuge à deux pythons, selon l’agent Touré. Contrairement à ceux de la Casamance, ajoute-t-il, ces pythons ne sont pas agressifs. Outre « wéndou mawndou », on retrouve deux autres mares : « wéndou dioudndou » (longue mare) et « wéndou lélaa » (mare des gazelles).

Ces trois mares tarissent chaque année en janvier. Pour approvisionner les animaux pendant la saison sèche qui est très longue dans la zone, le conservateur de la réserve de faune du Ferlo nord et son équipe font recours au forage du village. Pour cela, douze points d’eau d’un volume de 600 l chacun ont été ainsi aménagés et alimentés par un système archaïque notamment une charrette. Pour le capitaine Serigne Modou Mamoune Fall, la modernisation du système d’approvisionnement en eau de l’enclos s’impose. Celle-ci passe d’abord par la réhabilitation du forage qui consiste à élever le château d’eau pour faciliter le drainage des eaux vers les bassins. « Il nous faut un château d’eau surélevé pour faire une canalisation primaire puis secondaire pour alimenter les bassins avec un système d’ouverture et de fermeture automatiques », relève le conservateur de la réserve.

Selon lui, un projet a d’ailleurs été élaboré dans ce sens et des bailleurs de fonds l’ont jugé réaliste. « Ils sont en train de collecter des fonds. Nous voulons réaliser un château d’eau qui va assurer les besoins en eau des animaux dans l’enclos en saison sèche et pour les populations de Katané un abreuvoir pour leur bétail non loin du forage », indique-t-il. Pour ce projet, renseigne le capitaine Fall, « une partie du financement a été bouclée et l’exécution des travaux est prévue à la fin de l’année 2017 ».

Par Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes) et Mbacké BA (photos)

Last modified on jeudi, 14 septembre 2017 15:22
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