Pratiques mystiques ou écologiques : La vente d’oiseaux s’envole à Dakar sur fond de mystères

15 Sep 2017
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La vente d’oiseaux et d’oisillons à Dakar cache des réalités insoupçonnées. Si les vendeurs tirent leur épingle du jeu. Les clients achètent et libèrent ces espèces dans l’espoir de voir leurs soucis s’envoler. Tout compte fait, la vente est tirée par les conseils prodigués par certains qui prédisent l’avenir.

Un acte écologique ou mystique. A moins de fermer les yeux, parfois on tombe sur des Sénégalais qui achètent des oisillons. Ils les relâchent au bout de quelques secondes après, bien sûr, avoir récité des formules qu’ils risquent de répéter. Prescription maraboutique. Pratique coutumière. L’achat et la libération des oiseaux sont sujets à toutes les interprétations. Dans ce jeu, seuls les éleveurs trouvent leur compte.

Dans les coins de rue, ces revendeurs ne se cachent pas. Deux jeunes garçons, cage remplie de mange mil sous le bras, rencontrés en plein centre-ville, marchent à grand pas. L’un d’eux, Omar, habillé d’un t-shirt à l’effigie de la tour Eiffel et d’un short en jean dégage une allure de leader. Son accent ne trahit pas ses origines Peulh. Ses recettes journalières ne sont pas fixes. La constance : l’activité nourrit bien des éleveurs. « Je peux gagner jusqu’à 7.000 FCfa par jour quand ça marche vraiment », nous dit-il du bout des lèvres.

Mais avant qu’il n’empoche une pièce, Omar est obligé de se réveiller tôt. La capture des oisillons n’est pas un jeu d’enfant. C’est un métier, une technique. C’est dans son terroir au Fouta qu’il parvient à mettre en cage les diverses espèces. Après la capture, il fait cap sur Dakar. C’est le marché intérieur où le cours atteint parfois 25 FCfa l’unité. « Ceux qui les capturent nous les vendent à 25 FCfa l’unité (la tête), on les revend à 50 FCfa ».

Âgé d’à peine vingt ans, ce garçon élancé, teint noir est dans le créneau depuis 2013. C’est cette année qu’il avait quitté son village natal de Ourossogui pour s’installer à Dakar. Comme lui, son ami Malal, teint noir, yeux de biche, vient de la même localité. Ce dernier, par contre, n’a fait qu’une année à Dakar et comme son ami il ne se plaint pas. « J’arrive à envoyer l’argent au village pour aider les miens », nous confie-t-il dans un wolof approximatif.

A quelques encablures de là, la place de la Nation fait sa mue, plusieurs personnes s’y rendent pour changer d’air ou pour faire du sport. Parmi elles, Ousmane Ka fait son footing. Rencontré à un jet de pierre de la place de la nation, il avoue avoir déjà acheté des oisillons « Cela doit faire 4 ou 5 ans, un marabout m’avait recommandé d’acheter des oiseaux et de formuler des prières à leurs oreilles. Il m’avait assuré qu’ils s’envoleraient emportant avec eux tous mes soucis et j’ai suivi ses indications à la lettre. Mais cela n’a réglé aucun de mes problèmes à l’époque ». Il s’était sacrifié à ce rituel. Mais aujourd’hui il se souvient avec un sourire narquois. Pour lui, c’était une véritable arnaque. « C’est incroyable. Comment lors des moments de doute, on peut se laisser aller à des choses aussi dénuées de sens », regrette-t-il.

Le marché
Tout le contraire d’Abass qui jusqu'à maintenant achète ses oiseaux. Trouvé au marché de Colobane communément appelé « market », il n’est pas prêt de cesser d’acheter les mange-mil. « C’est une habitude. J’en achète à chaque fois que je vois les vendeurs, je me sens bien quand je libère ces oiseaux », confesse-t-il.

Loin de tous ces aspects mystiques, Papa Cheikh Diop élève des pigeons voyageurs, des oiseaux et des poules. Etabli à la rue 23x20, ce jeune homme de 19 ans a un petit espace dans la cour de sa maison familiale où il entretient ses oiseaux et des poules. « Auparavant, c’est mon grand frère qui entretenait ce commerce et moi je venais toujours pour l’importuner, parce que j’aime particulièrement les pigeons voyageurs, quand il a été enrôlé dans l’armée, j’ai saisi l’occasion pour prendre le relai, d’autant plus que j’allais plus à l’école », raconte Papa Cheikh Diop. Entre lui et les oiseaux, c’est une vraie histoire d’amour. Il ne regrette rien. Puisque ses pigeons et ses poules ne sont pas à bazarder. « Un pigeon coûte en moyenne 6.000 FCfa, alors que la poule est échangée en moyenne à 4.000 FCfa. Je parviens, avec mes recettes, à économiser et à aider ma maman », partage Papa Cheikh Diop qui sort du lot des éleveurs. Il a réussi à fidéliser des clients.

Par contre, il ne maîtrise pas d’autres paramètres aux effets parfois ravageurs. La mort peut s’introduire parfois dans les cages et perturber les prévisions de recette. « Trois de mes poules ont été dévorées, il y a quelques mois par les chats », affirme le jeune homme. Son rêve est d’avoir le matériel adéquat pour mettre ses oiseaux hors de danger. « Je fais des économies pour m’acheter des matériaux de dernières générations ou même sortir de la maison et chercher quelque chose de plus grand », argue-t-il avec assurance. Il a le droit d’avoir de l’ambition pour voler plus haut dans ce métier qu’il affectionne.

Par Sokhna Anta NDIAYE (stagiaire)

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