Lu : Le Rebelle (tome 1) - Mongo Beti (Par Ndèye Fatou Kane, écrivain)

15 Sep 2017
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Ce livre est ce que j’appelle une lecture « gifle », un livre qui vous assène une claque retentissante, vous retire toutes vos certitudes acquises jusqu’ici, et avant que vous n’ayez compris ce qui vous arrive, a déjà imprimé dans votre cerveau des marques indélébiles.

L’éditeur, en ayant décidé de rassembler des écrits épars, composés d’interviews et d’articles, sous trois tomes intitulés le Rebelle, ne pouvait rendre un hommage plus appuyé à ce grand écrivain camerounais. Qui est donc cet auteur ? En disant qu’il est d’origine camerounaise, je pense vous avoir déjà mis sur la piste. Non, vous n’arrivez toujours pas à déchiffrer l’indice ? Je parle de Mongo Beti !

Mais bien sûr, Mongo Beti !
Qui est Mongo Beti ? Ayant publié son premier roman – Ville cruelle – sous le sobriquet d’Eza Boto, il entrera de plain pied dans la sphère littéraire africaine. Avec un style déjà marqué par la contestation, Mongo Beti débutera la longue série d’écrits qui lui vaudront la réputation d’auteur engagé, en dépeignant (le livre est paru en 1954) les contours d’une Afrique, quoique s’acheminant vers l’indépendance, mais qui continuait de ployer sous le joug de la colonisation.

Sa réputation déjà acquise, il continuera sur la même lancée avec la parution de son second opus, le Pauvre Christ de Bomba, en 1956, s’attaquant à un volet plus pernicieux de la colonisation : les missions religieuses, sensées convertir, assimiler, mais selon lui, opérer un lavage de cerveau aux populations.

Alexandre Biyidi Awala, de son vrai nom, Mongo Beti créera avec sa femme Odile, une revue en 1978. Intitulée Peuples noirs – Peuples africains, cette revue existera jusqu’en 1991 ; revue dans laquelle il ne cessera de clamer son anticonformisme, son indépendance face aux politiciens véreux, et son désir d’avoir une publication africaine autonome. Treize ans durant, rien ne sera épargné sous sa plume féroce : il invectivera hommes politiques, mais aussi ses compatriotes camerounais, et dans une plus large mesure les Africains, qu’il exhorte à rejeter le paternalisme, quelle que soit la forme que celui – ci endossera.

Exilé en France, il sera professeur de lettres à Rouen, jusqu’en 1991, date de son retour au Cameroun après 32 années d’exil. De retour sur sa terre natale, il mettra sur pied la Librairie des Peuples noirs, à Yaoundé, un espace de 5000 livres répartis sur 300 mètres carrés. Un pari fou pour l’homme de lettres qui n’a eu de cesse de se battre pour son pays, le Cameroun.

Sa mort en 2001 sera l’occasion pour la maison d’édition Gallimard d’avoir l’idée de lui rendre un hommage posthume en publiant le Rebelle. Trois ouvrages dans lesquels ceux qui ne connaissaient ou très peu Mongo Beti pourront appréhender sa pensée, afin d’avoir envie de découvrir ses autres écrits.

Dès le début, le ton est vite donné : Mongo Beti n’a peur de rien, ni de personne. Le Président de la République du Cameroun d’alors, Ahmadou Ahidjo, fera les frais de la colère de l’écrivain. Mongo Beti ne voit en lui qu’un valet de la France, à la solde de l’ex – puissance colonisatrice, qui en échange de ses bons services, le laisse faire la pluie et le beau temps au Cameroun.

Ahmadou Ahidjo a Mongo Beti dans le collimateur. Les services secrets français surveillent Mongo Beti comme du lait sur le feu et à coup d’intimidations et de menaces en tous genres, veillent à faire de sa vie un enfer. La parution de son livre Main basse sur le Cameroun en 1972, en constitue un exemple patent. Ouvrage saisi dès sa parution, en raison de la virulence des attaques que ce livre contient, et ni l’auteur ni son éditeur, François Maspero, ne seront épargnés. La police, à coup de visites régulières, viendra souvent lui rendre « visite » et à son domicile, et au lycée où il enseignait. Mais c’était sans compter sur la témérité de l’homme, qui persistait à faire entendre sa voix … et sa plume.

Erigeant l’anti – conformisme en quasi – religion, il n’aura pas peur de tirer sur ses compères écrivains, car ceux – ci, selon lui, n’étaient rien de moins que des nègres « de maison » et faisaient allégeance aux Français. Camara Laye, célèbre auteur de l’Enfant noir, fera les frais de la colère et du mépris de Mongo Beti. Parmi les torts qu’il lui reproche, figurent entre autres, le fait d’avoir dépeint l’Afrique autre qu’elle n’était réellement. Laye, dans son livre, parle de l’Afrique comme une contrée enchanteresse, où il fait bon vivre, où tout n’est que félicité, festivités et mets savoureux ; passant sous silence les nombreuses et douloureuses années d’occupation, d’exploitation et de pillage (s). De plus, le ton pittoresque qui constitue la marque de fabrique de l’Enfant noir est une caractéristique de plus qui lui fait abhorrer l’ouvrage.

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