Jean Capelle : Premier recteur de l’Université de Dakar

16 Sep 2017
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Jean Capelle est le premier recteur de l’Université de Dakar (actuelle Université Cheikh Anta Diop). Son action a fortement contribué au développement des enseignements supérieur et secondaire au Sénégal et en Afrique occidentale française (Aof).

Né le 16 mars 1909 à Calès (Dordogne, France), Jean Capelle entre à l’Ecole des mines de Paris, puis à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm. Major de l’agrégation de mathématiques en 1933, il consacre sa thèse de doctorat en 1938 à la « Génération des engrenages par la méthode des roulettes » et travaille d’abord chez Citroën.

Professeur de mathématiques élémentaires à Orléans, chercheur au Cnrs, puis professeur de mathématiques spéciales à Toulouse, il est appelé en 1942 par la faculté des sciences de Nancy qui lui confie en 1944 la direction de l’Institut électrotechnique. Ses qualités d’administrateur dynamique lui valent alors d’être choisi pour le poste de directeur général de l’enseignement en Aof. Entre ses deux séjours à Dakar, il exerce les fonctions de recteur de l’Académie de Nancy qu’il marque essentiellement par la création de l’Amicale des recteurs du Centre européen universitaire et du Centre universitaire de coopération économique et sociale.

Jean Capelle a été, à deux reprises, à la tête de l’enseignement de l’Aof (1947-1949, 1954-1957). Sur l’insistance du directeur de l’Enseignement supérieur au ministère de l’Education nationale, Gaston Berger, à la recherche pour le compte du Haut-commissaire en Aof, René Barthes, d’un « universitaire audacieux », il accepte le poste de directeur de l’Enseignement en Aof avec rang et prérogatives de recteur d’académie. Il s’agissait alors, dans la perspective de l’Union française, d’organiser l’enseignement en Aof sur les mêmes bases que dans la métropole. En 1949, Jean Capelle quitte Dakar pour le rectorat de Nancy. Membre de la section permanente du Conseil de l’enseignement supérieur, il en profite pour faire campagne auprès de ses collègues en faveur de l’organisation de l’enseignement en Aof selon ses vœux. Il est alors sollicité par le nouveau Haut-commissaire, Bernard Cornut-Gentille. Cédant à l’insistance des parlementaires d’Aof, il accepte de retourner comme recteur à Dakar pour la rentrée de 1954.

Valeurs de la Négritude
La première tâche assignée au recteur a été de donner à l’enseignement en Aof la structure d’une académie métropolitaine. Le recteur ne régnait plus que sur l’enseignement supérieur, péniblement mis en place depuis 1947. La décision de créer une université à Dakar avait été prise en 1945 par le gouvernement provisoire de la République française, contrairement aux vœux de l’administration locale. Un décret du 29 juillet 1957 transforme l’Institut en Université de plein exercice. Ce fut, pour peu de temps, la dix-huitième université française.

Le recteur Capelle avait pour mission de créer ou de développer les enseignements supérieur et secondaire au moyen de personnels ayant les titres requis. Capelle achève de réaliser l’unification de l’enseignement primaire : mêmes classes ouvertes à tous, suppression des secteurs scolaires, intégration massive des maître africains dans le cadre commun supérieur, préparation du baccalauréat comme examen de sortie de l’école William Ponty alignée sur les écoles normales d’instituteurs métropolitains. D’après une directive d’avril 1955, le taux de scolarisation en Aof aurait dû passer, en cinq ans, de 10 à 25%. Pierre Quentin disait ceci de l’œuvre de Capelle : « On peut dire que grâce essentiellement à son action pugnace, l’Afrique noire fut dotée d’un système scolaire de formation plus valable. A la veille des indépendances, ces restructurations ne furent probablement pas sans lien avec une passation tranquille des pouvoirs aux nouvelles autorités autochtones ».

Maire pendant 22 ans de sa commune dont il restaure le riche patrimoine historique, député de Bergerac de 1968 à 1973 et rapporteur du budget de l’Education nationale, Jean Capelle a aussi fondé en 1957 la revue « Vita Latina » et dirigé en 1960-1963 la rédaction du tome 13 de l’Encyclopédie. Les qualités exceptionnelles de l’homme, du scientifique et de l’administrateur, ont été honorées du Prix Fourneyron de l’Académie des Sciences en 1946, du titre de sénateur d’honneur de l’Université technique de Karlsruhe, de docteur honoris causa de l’Université du Michigan et du grade de Commandeur de divers Ordres nationaux étrangers (Luxembourg, Sénégal) et de la Légion d’Honneur.

Léopold Sédar Senghor rendait ce témoignage à Jean Capelle dans la préface du livre de ce dernier (« L’éducation en Afrique noire à la veille des indépendances (1946-1958) : « Ce qu’il y a de remarquable chez Jean Capelle, c’est que parallèlement, il animait, au sens étymologique du mot, la politique par la culture. Enracinant la jeunesse ouest-africaine dans les valeurs de la Négritude, il la liait aux jeunesses de la France, des protectorats et des autres territoires d’outre-mer par les valeurs de la francité ». Jean Capelle est décédé en 1983.

Par Alassane Aliou MBAYE (Source : Denise Bouche)

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