Lu : Le Rebelle (tome 1) - Mongo Beti (Par Ndèye Fatou Kane, écrivain)

16 Sep 2017
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Le Cameroun sous le magistère de Ahmadou Ahidjo est un pays où les exécutions, les intimidations et les sévices sont quotidiennement administrés aux opposants et à tous ceux qui osent élever la voix et s’insurger contre le mode de gouvernance du Président.

Une affaire scabreuse indignera au plus haut point Mongo Beti et lui fera de nouveau prendre la plume. Monseigneur Albert Ndongmo, évêque catholique de la ville de Nkongsamba, sera kidnappé et emprisonné dans un endroit tenu secret à Yaoundé. Le Gouvernement, dans son entreprise de destruction, fera diffuser une bande magnétique dans laquelle l’homme de Dieu, manifestement drogué, confessera ses « crimes ». Et pour rajouter de l’huile sur le feu, Ernest Ouandié, chef révolutionnaire et opposant acharné, sera capturé et lui aussi torturé. Accusé de crimes qu’ils n’ont évidemment pas commis, Ernest Ouandié et Monseigneur Alain Ndongmo seront jugés arbitrairement et connaîtront une triste et injuste fin.
Leur mort sera l’une des causes qui incitera Mongo Beti à faire paraître Main basse sur le Cameroun.

Tout le long du livre, Mongo Beti mettra le lecteur face à lui – même. Avec un style inimitable, il critiquera, passera au tamis, dénoncera et surtout confrontera tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec ses thèses, en les défiant de le démentir. En n’ayant souvent que la censure et l’intimidation comme armes, les pouvoirs publics (aussi bien camerounais que français) contribueront à augmenter la dose de virulence de Mongo Beti.

Un autre de ses pairs fera aussi les frais de sa « colère » : Ahmadou Kourouma, dont j’ai parlé dans ce blog, juste là : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2013/03/29/kourouma-lesthete/.

L’ayant rencontré au détour d’une rencontre avec d’autres auteurs francophones, dont Camara Laye, Kourouma prendra Mongo Beti en aparté et entreprendra de le convaincre que tout n’est pas aussi noir dans le Cameroun d’Ahmadou Ahidjo. Kourouma était fonctionnaire international en cette époque – là et vivant au Cameroun, il avait sans doute un avis biaisé (je le pense), et ne pouvait être objectif face à un Mongo Beti qui vivait jusque dans son exil à Rouen les affres de la violence de Ahmadou Ahidjo. Les deux hommes auront un échange musclé que Mongo Beti relatera avec force détails. Mais sur cet aspect, je reste sceptique, car Ahmadou Kourouma est non seulement un des auteurs que j’admire le plus, en raison de son style à nul autre pareil, mais des sujets tels que les violences inter – ethniques, le tribalisme et la longue guerre civile qui a miné la Côte – d’Ivoire qu’il n’a eu de cesse de dénoncer dans Allah n’est pas obligé et Quand on refuse on dit non. Donc, ceci constitue un autre débat …

Mongo Beti nie tout … Jusqu’à la négritude, courant littéraire qui a consisté à asseoir la littérature africaine et à lui (re) donner des lettres de noblesse. L’un de ses précurseurs, Léopold Sédar Senghor, ne sera aucunement épargné par la virulence de Mongo Beti, qui lui reprochera non seulement sa passivité et sa complicité face aux Français, mais aussi ses exactions en tant qu’homme politique au Sénégal, en instaurant une dictature déguisée, avec les « assassinats » d’hommes opposés à son magistère tels que Omar Blondin Diop, dont j’ai parlé ici aussi : https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2013/05/10/parce-que-la-cause-est-notre/.

Qu’on soit d’accord ou pas, qu’on aime ou pas, on ne ressort pas de la lecture de ce livre – le Rebelle – indemne. Ça a été mon cas, et je pense que ça a été / ce sera le cas de tous ceux qui ont lu cet ouvrage. On peut reprocher à Mongo Beti son narcissime, et par moments sa mégalomanie, en centrant tout sur lui – même, mais on ne peut pas lui refuser son envie d’éclairer le monde face à ce que le continent africain a enduré et continue d’endurer. Tierno Monénembo, écrivain guinéen, dira justement que « Ces pages enflammées éclairent notre époque trop souvent baignée dans une lumière grise ». Le lecteur ne dira donc pas qu’il n’a pas été averti de ce qui l’attendait !

Il n’a de cesse d’exhorter les jeunes, qui constituent l’avenir de toute nation, à être intègres, engagés, mais surtout fiers d’eux et de leurs ascendance. L’un des derniers chapitres du livre, intitulé Conseils à un jeune écrivain francophone résume tout ceci fort merveilleusement.
Le Rebelle, à lire et à faire lire !

J’ai hâte de commencer le Tome 2 !!

Bonne lecture

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