Lu : « Pour la vérité et la justice » de Laurent Gbagbo et François Mattei

La Côte d’Ivoire, ancienne colonie française à l’instar de nombre de contrées ayant formé auparavant l’AOF (Afrique Occidentale Française), est un pays à l’histoire politique mouvementée. Ayant acquis sa souveraineté en 1960 de même que nombre d’ex – colonies françaises, la Côte – d’Ivoire eut comme premier Président Félix Houphouët Boigny. Surnommé le « Vieux », père de l’indépendance de la Côte – d’Ivoire, il devint le premier Président de la République de son pays.

Bien qu’ayant acquis leurs indépendances, le plus souvent au prix d’âpres luttes, la France ne desserre pas pour autant sa mainmise sur ses anciennes colonies. La continuité des rapports entre colonisateur et colonisé continue en sourdine : c’est l’avènement de la Françafrique. Cette Françafrique, dont Houphouët Boigny était l’un des ardents défenseurs, installera une machine fort bien huilée dont la seule finalité était de rentrer dans les bonnes grâces de la France et ainsi de s’assurer un magistère sans ombrages.

C’est de notoriété publique : la Côte d’Ivoire était la chasse gardée de l’ancienne métropole. Territoire fort riche en café, en cacao, mais aussi en ivoire, la France ne l’a jamais totalement quittée. Une pléthore d’entreprises françaises s’installent à Abidjan et contrôlent des secteurs stratégiques de l’économie. Houphouët Boigny restera ainsi 33 longues années au pouvoir.

Années durant lesquelles il s’est employé à servir plus que docilement la France, mais avec de larges contreparties. Tous ses desiderata ou presque seront exaucés : la Basilique de Yamoussoukro est bâtie en pleine brousse par des entreprises françaises entre autres caprices.

Sa mort installe le chaos dans le pays. D’aucuns s’accordent même à dire que la disparition du « Vieux sage » est le catalyseur de la crise dans lequel le pays s’est enfoncé depuis de longues années. Une modification de la Constitution avant sa disparition propulsera son Premier Ministre d’alors, Henry Konan Bédié à la tête du pays. Alassane Ouattara, ancien haut fonctionnaire du FMI, a été nommé à son tour Premier Ministre. Mais émerge un troisième personnage : Laurent Gbagbo, qui déjà à l’époque militait activement pour le multipartisme, que Houphouët Boigny n’acceptait pas, car voulant concentrer l’appareil étatique entre ses mains.

Opposant de la première heure, trublion et ardent défenseur de la démocratie, Laurent Gbagbo aura été de toutes les batailles de sa chère patrie. Exilé en France durant un temps, il reviendra et fondera le FPI (Front Populaire Ivoirien) en 1982, sa formation politique dans laquelle il prône ardemment le socialisme démocratique et l’ultra nationalisme.

Henry Konan Bédié assurait l’intérim après la mort du « Vieux » et est élu en 1995 Président avec 96,44% des voix. Durant son magistère, il met en place l’ivoirité, à savoir que les candidats désireux de se présenter à l’élection présidentielle doivent être nés de père et de mère ivoiriens, ce qui exclut derechef Alassane Ouattara, que l’on dit d’ascendance burkinabé.
Il est renversé en 1999 par le Général Robert Gueï.

Aux élections présidentielles de 2000, il est battu par Laurent Gbagbo, mais refuse de reconnaître qu’il a perdu. Une forte répression s’en suit et il meurt assassiné en 2002 après une tentative de coup d’Etat.

Laurent Gbagbo préside désormais aux destinées de sa chère Côte – d’Ivoire. Pendant ce temps, Alassane Ouattara, ancien « fils » du « Vieux » continue sa carrière au FMI et étoffe son carnet d’adresses. La célèbre crise de 2010 est le point culminant de heurts divers qu’a connus la Côte – d’Ivoire. Refus de recompter les voix, tentative de maquillage de sa perte, Laurent Gbagbo est humilié à la face du monde, mis en détention préventive d’abord à Korhogo, puis transféré en 2011 à la Haye pour être jugé par la très célèbre et contestée Cour Pénale Internationale.

Aujourd’hui, il publie un ouvrage écrit à quatre mains avec François Mattei, ancien journaliste, qui a maintes fois rendu visite à Gbagbo dans sa prison de Scheveningen. Que l’on soit pro Gbagbo ou anti Gbagbo, ce livre est à lire, car à mon humble avis, il renferme des pistes de réflexion et des parcelles de vérité qui nous feront reconsidérer et considérer comme étant une cabale médiatique le sort réservé à Laurent Gbagbo.

Intitulé Pour la vérité et la justice, le livre est divisé en 33 chapitres, chacun d’eux expliquant des moments permettant de comprendre le déroulement des événements.
D’emblée, les dés sont pipés : « La vérité ne me fait pas peur, je l’ai toujours demandée », nous dit Laurent Gbagbo, comme s’il voulait mettre au défi quiconque de douter de sa bonne foi.

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Last modified on mardi, 19 septembre 2017 11:56
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