Paul Marty : Monsieur « Affaires musulmanes » de la France coloniale

Beaucoup d’informations sur les guides religieux musulmans du Sénégal et sur les « groupements » islamiques nous sont parvenues grâce à l’administrateur colonial, Paul Marty. Son abondante production « livresque » apporte lumière et suscite controverses.

Paul Marty disait ceci, en 1913, à propos d’Ahmadou Bamba et de l’avenir du Mouridisme : « Le mouridisme subsiste aujourd’hui, sans guère progresser, par la présence et les vertus de son fondateur. Mais Amadou Bamba a soixante ans : sa disparition naturelle ou violente peut se produire d’un jour à l’autre…Il est fort probable que la disparition d’Amadou Bamba amènera la désagrégation de son mouridisme ». Le temps a été le plus grand contradicteur de cet administrateur colonial, interprète, fin connaisseur de la langue arabe et spécialiste de l’Islam subsaharien. Le mouridisme n’a pas arrêté de conquérir de nouveaux espaces et de fasciner bien des âmes.

Toutefois, il ne faudrait pas nier l’importance du travail accompli par ce lieutenant-colonel natif de Boufarik en Algérie en 1882. Sa production sur la religion des musulmans, sur « l’Islam Noir » en particulier, fournit un monceau d’informations à ses contemporains et à la postérité. Le professeur Cheikh Anta Babou en dit ceci : « Le jugement de Marty avait un certain poids.

Il avait acquis une grande expérience de ce que les Français considéraient comme le « véritable » Islam en assumant les fonctions d’interprète colonial en Algérie, son pays natal, puis au Maroc et en Tunisie. Lorsqu’il arriva en Afrique de l’Ouest en 1912, pour prendre la direction du Bureau des Affaires musulmanes dans l’administration du gouverneur général William Ponty, il était précédé d’une réputation d’expert, il parlait arabe et connaissait l’Islam. Tout au long de sa carrière, il rédigea et publia des ouvrages qui fondèrent l’orthodoxie coloniale en matière de croyances islamiques et de pratique musulmane en Afrique subsaharienne. Il est l’un des concepteurs de l’idée d’« islam noir » autour de laquelle s’articula la construction orientaliste d’une identité musulmane subsaharienne ». Il est, selon lui, l’administrateur qui a le plus influencé la politique coloniale en Afrique subsaharienne sur les questions musulmanes.

Paul Marty est l’auteur de plusieurs publications qui confirment les propos du professeur Babou : « Les écoles maraboutiques du Sénégal : les médersas de Saint-Louis » ; « Etudes sénégalaises (1785-1826), société de l’histoire des colonies françaises » ; « Etudes sur l’Islam au Sénégal, les personnes, les doctrines et les institutions » ; « Etudes sur l’Islam maure : Cheikh Sidia. Les Fadelia. Les Ida ou Ali » ; Etudes sur l’Islam en Côte d’Ivoire » ; « La découverte des sources de la Gambie et du Sénégal »…

Ce fervent catholique est, par son père, originaire d’une famille paysanne de Varaire (Lot), et, par sa mère, de Digne (Alpes-de-Haute-Provence). Elève de l’école primaire de Castiglione (Alger), il poursuit des études secondaires au petit séminaire de Saint-Eugène (Alger). Son éducation chrétienne a sans doute eu une influence décisive sur ses convictions religieuses. Il a fait des études à la faculté de droit d’Alger mais avait une inclination particulière pour la langue arabe grâce notamment à son professeur, l’abbé Rossano.

« ISLAM NOIR »
Paul Marty s’engage d’abord au 1er régiment de Zouaves le 9 novembre 1901, passe le concours d’interprète militaire dans le sud tunisien où il est resté cinq ans. Attaché au bureau des Affaires indigènes à Tunis jusqu’en 1907, il est ensuite envoyé à Casablanca de 1907 à 1911. En 1912, il rejoint Dakar et prend la tête du service des Affaires musulmanes créé auprès du gouverneur général de l’Afrique occidentale française en 1913. Durant ses huit années de séjour, il parcourt l’Afrique. De 1922 à 1925, il dirige le collège musulman de Fès. Il rejoint, en 1925, le service des Affaires indigènes de Rabat, puis en devient le directeur en 1930. Cinq ans plus tard, Marty quitte Rabat pour Tunis. Alors attaché à l’état-major du commandant supérieur de Tunisie, il meurt à l’hôpital militaire Louis-Vaillant de Tunis le 11 mars 1938.

Il avait reçu, entre autres distinctions, un prix du Collège de France et la médaille d’or de la société géographique de Paris. Son œuvre est utile à la communauté sénégalaise des chercheurs quoique le contenu de ses publications puisse être sujet à des controverses. Certains accusent Paul Marty, au-delà de sa démarche scientifique, de véhiculer des préjugés racistes et une parole qui, dans les faits, ne tenait compte que des préoccupations de la puissance coloniale dont il était un serviteur.

Par Alassane Aliou MBAYE

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