Papa Ibrahima Sène, directeur des statistiques démographiques et sociales : « Ces indicateurs contribueront au suivi de l’Axe 2 du PSE »

19 Sep 2017
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Le directeur des statistiques démographiques et sociales, Papa Ibrahima SENE, a fait l’économie de l’Enquête Continue sur la Prestation de Services de Soins de Santé (ECPSS) en cours d’expérimentation au Sénégal avec le concours de l’USAID. L’annualisation de l’Enquête Démographique et de Santé (EDS-Continue) fournit des données indispensables pour assurer un meilleur suivi et évaluation des politiques sociales et sanitaires au Sénégal, notamment l’axe 2 du Plan Sénégal Emergent (PSE).

L’ANSD vient de publier les résultats de l’enquête-continue 2016 « Enquête démographique et de santé-continue ». Qu’est-ce qu’on peut retenir d’essentiel de ces résultats ?
Il faut d’abord noter que l’Enquête Continue comporte deux volets. Il s’agit d’un volet ménage appelé Enquête Démographique et de Santé (EDS-Continue), qui collecte des données auprès des ménages, des femmes de 15-49 ans, des hommes de 15-59 ans et des enfants de moins de cinq ans et un volet structures de santé appelé l’Enquête Continue sur la Prestation des Services de Soins de Santé (ECPSS), qui collecte des données auprès des structures de santé, des prestataires de soins de santé et des clients des structures de santé.

Les Enquêtes Continues annuelles ont démarré en 2012-2013, celle de 2016 est la quatrième de la série. Les résultats des deux enquêtes sont complémentaires ; l’EDS donne la situation sanitaire partant des déclarations des ménages et l’ECPSS donne celle enregistrée à partir des structures de santé.

Le Sénégal est le premier pays en Afrique à réaliser une enquête EDS continue. Ce choix du Sénégal par l’USAID d’expérimenter l’Enquête Continue pour la période 2012-2017 était surtout motivé par le fait que le Sénégal a réalisé plusieurs EDS de bonne qualité dont les résultats ont été utilisés pour la planification et le suivi des programmes.

Faites-nous l’économie des résultats ?
Les résultats saillants de l’enquête continue de 2016 au Sénégal se présentent comme suit : Pour la fécondité, la tendance baissière se poursuit : le nombre moyen d’enfants par femme au Sénégal est passé de 5,7 en 1997 à 4,7 en 2016. On note aussi une disparité assez importante selon le milieu de résidence ; le nombre moyen d’enfants par femme varie de 3,5 en milieu urbain à 5,9 en milieu rural. Chez les adolescentes de 15-19 ans, 16 % ont déjà eu un enfant ou sont enceintes d’un premier enfant.

En ce qui concerne la Planification familiale (PF), l’utilisation des méthodes contraceptives modernes par les femmes mariées continue à augmenter, elle est passée de 10% parmi les femmes en union en 2005 à 16% en 2012-2013 et à 23% en 2016. Les injectables, les implants et la pilule sont les méthodes contraceptives les plus utilisées. La demande totale en planification familiale au Sénégal est de 49%. Elle comprend les besoins non satisfaits et les besoins satisfaits. En 2016, 24 % des femmes ont des besoins non satisfaits en matière de planification familiale ; elles désirent limiter ou espacer les naissances mais n’utilisent pas la planification familiale. Celles qui ont des besoins satisfaits en matière de planification familiale (qui utilisent une méthode contraceptive moderne ou non) représentent 25%.

Cependant, la disponibilité des services de planification familiale est assez élevée, 86% des structures de santé offrent une méthode moderne de PF. L’enquête a montré que 98% des structures de santé qui offrent des méthodes modernes avaient toutes les méthodes fournies observées disponibles. Ce qui représente une augmentation de 6% depuis 2014.

Y a-t-il une évolution en matière de lutte contre la mortalité infantile ?
Pour la santé infantile, les résultats montrent une baisse continue de la mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. La mortalité infantile (chez les moins d’un an) continue de baisser ; elle est passée de 43 pour mille en 2012-2013 à 36 pour mille en 2016. De même la mortalité infanto-juvénile (chez les moins de cinq ans) est passée de 65 pour mille en 2012-2013 à 51 pour mille en 2016. La proportion d’enfants complètement vaccinés continue d’augmenter ; elle est passée de 68% en 2015 à 70% en 2016. Cependant, l’enquête a montré que 82% des structures de santé offrent les trois services de santé infantile de base (soins curatifs ambulatoires pour enfants malades, les vaccinations infantiles et le suivi de la croissance).

Pour la santé maternelle, la tendance à la hausse des consultations prénatales, des accouchements assistés par un prestataire formé et des consultations postnatales se poursuit. En 2016, la majorité des femmes (96%) ayant eu une naissance vivante ont reçu au moins une consultation prénatale. En 2016 toujours, 76% des naissances se sont déroulées dans un établissement de santé et 24% à la maison. La proportion de femmes assistées à l’accouchement par un prestataire formé est passée de 53% en 2012 à 58% en 2016. Nous avons aussi relevé que trois quarts des mères (75%) ont fait une consultation postnatale. En ce qui concerne la disponibilité des services de santé maternelle, 81% des structures de santé offrent des services d’accouchement normal et 5% seulement des structures offrent des césariennes.

Et pour le paludisme ?
Les résultats de la quatrième phase de l’EDS-Continue, montrent une poursuite des progrès réalisés dans la lutte contre cette maladie ; une nette augmentation du taux de possession et d’utilisation des moustiquaires imprégnées est enregistrée.

En effet, la possession des moustiquaires imprégnées d’insecticide (MII) par les ménages a nettement augmenté, passant de 2 % en 2005 à 73% en 2012-2013 et à 82 % en 2016.

La proportion d’enfants de moins de 5 ans ayant dormi sous une MII la nuit précédant le passage de l’enquêteur est passée de 7 % en 2005 à 46% en 2012-2013 et à 67 % en 2016. De même, la proportion de femmes enceintes ayant dormi sous une MII la nuit précédant le passage de l’enquêteur a augmenté ; elle est passée de 7% en 2005 à 43 % en 2012-2013 et à 69% en 2016. Quant à la prévalence du paludisme selon la microscopie, elle a connu une légère augmentation en passant de 0,3% en 2015 à 1% chez les enfants de moins de cinq ans en 2016. Cependant, 60% des femmes enceintes ont reçu deux doses ou plus du traitement préventif intermittent et 99 % de toutes les structures offrent des services de diagnostic et/ou traitement du paludisme.

Pour l’excision chez les femmes âgées de 15 à 49 ans, une tendance à la baisse est notée ces dix dernières années ; la proportion de femmes excisée de ce groupe d’âges est passée de 28% (en 2005) à 23% (en 2016).

Il est ressorti que beaucoup de structures offrent des prestations de base. Pouvez-vous revenir sur ces aspects ?
Globalement, pour les structures de santé, les résultats de 2016 indiquent que plus de trois quarts (78%) des structures de santé sénégalaises (en dehors des cases de santé) offrent tous les services de base (trois services de santé infantile, des méthodes modernes de planification familiale, des consultations prénatales et des services sur les infections sexuellement transmissibles).

L’enquête a montré aussi que 84% de toutes les structures ont un système de dépistage du VIH SIDA, 8 structures sur 10 offrent un service quelconque de diagnostic de la tuberculose (TB), 97% des structures offrent les services du diabète, et 98% des structures offrent des services des maladies cardio-vasculaires, mais la disponibilité des médicaments essentiels pour les maladies cardio-vasculaires reste très faible.

La majorité des structures de santé dispose d’une source d’eau améliorée (95%), une latrine pour les patients (98%), et l’intimité visuelle et auditive (98%). Et pour les infrastructures de base, c’est le transport d’urgence qui montre la plus grande augmentation ; la proportion de structures ayant un transport d’urgence est passée de 54% en 2014 à 65% en 2016.

Quel est l’intérêt d’avoir une telle enquête ?
L’Enquête continue se caractérise par une grande souplesse pour répondre aux besoins en statistiques dans la mesure où elle est plus  fréquente, donc peut être adaptée à des sujets particuliers. Elle donne aussi la possibilité de renseigner annuellement des indicateurs.

Quels en sont les objectifs ?
Papa I Sene Stats 2L’Enquête continue a principalement deux objectifs. Son premier objectif principal est de répondre aux besoins en données pour planifier, suivre et évaluer les programmes de santé et de population. Elle produit des indicateurs pour les dix modules ci-après :

• dynamique démographiques, mortalité et fécondité ;

• état de la santé familiale ;

• état nutritionnel des enfants et des femmes ;

• connaissances, attitudes et pratiques des femmes au sujet des infections sexuellement transmissibles (IST), du sida, des pratiques contraceptives des femmes ;

• prévalence de la parasitémie palustre chez les enfants de moins de cinq ans ;

• disponibilité des ressources dans les structures de santé ;

• disponibilité de services spécifiques dans les structures de santé ;

• pratiques de gestion dans les structures de santé ;

• adhésion et respect des Normes et Protocoles dans les structures de santé ;

• perception des patients de la qualité des prestations de service dans les structures de santé.

Le second objectif principal de l’enquête est de permettre au Sénégal d’avoir l’expérience pilote de la mise en œuvre de l’Enquête Continue : chaque année, il faut collecter les données auprès des ménages et de 300 structures de santé (les hôpitaux publics et les cliniques privées, les centres de santé, et les postes de santé/cases de santé/dispensaires), les traiter, les analyser et les diffuser.

A quoi serviront ces résultats ?
Cette enquête permet au Sénégal de disposer, chaque année, d’indicateurs pour le suivi et l’évaluation de ses projets et programmes sociaux et de santé. Ces indicateurs contribueront au suivi de l’axe deux du PSE, des programmes nationaux, et à la réalisation des Objectifs du Développement Durable (ODD). L’Enquête continue renseigne un nombre important d’indicateurs des Objectifs de Développement Durable (ODD), au moins 30 indicateurs sur les 230.

Il n’a pas été sans doute facile de mener une telle enquête, alors comment vous vous y êtes pris en termes de mobilisation financière, de personnel et de logistique ?
Les quatre phases sur les cinq prévues de cette enquête sont réalisées grâce aux contributions des Partenaires techniques et financiers que sont : l’USAID, la Banque Mondiale, l’UNICEF et l’UNFPA mais aussi de l’Etat du Sénégal. Une équipe projet mise en place depuis 2012 à l’ANSD est chargée de la mise en œuvre de l’enquête continue. Un matériel roulant composé de véhicules de terrain et un parc d’équipements informatique constitué, entre autres, de tablettes pour la collecte ont été acquis au début du projet en 2012 et renouvelés, au besoin, chaque année.

Le Sénégal est le premier pays en Afrique à réaliser une telle enquête. Qu’est-ce que cela traduit pour l’ANSD ?
Cela fait de l’ANSD une référence en matière de conduite d’Enquêtes Continue (EDS et EPSS) pour les autres Instituts Nationaux de Statistique (INS) du continent. Cette expérience va ouvrir des portes de collaborations, de partenariats avec d’autres INS notamment en termes d’appuis techniques.

Cette expertise va renforcer l’ANSD dans son statut de Centre de référence.

Si le volet ménage de l’Enquête Continue (EDS) est réalisé tous les cinq années dans les autres pays du continent, le volet Structures de santé (EPSS), par contre, n’a été pour le moment expérimenté qu’au Sénégal.

La combinaison de ces deux enquêtes complémentaires fait la spécificité et la robustesse de cette enquête.

Quelles sont les perspectives de cette enquête ?
Actuellement, l’ANSD est en train de réaliser la phase cinq de l’Enquête Continue.

Elle a la particularité de comporter des modules supplémentaires sur la mortalité maternelle et la prévalence du VIH SIDA. Les résultats de la phase cinq de l’Enquête Continue seront publiés en 2018.

Cette publication va marquer la fin du projet d’Enquête Continue (série d’enquêtes annuelles de 2012-2017) et le démarrage de sa phase de pérennisation.

L’ANSD compte, en collaboration avec le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale, poursuivre cette expérience à partir de 2018. Toutefois, l’appui des Partenaires techniques et financiers est toujours sollicité.

Dans le cadre de la Convention ANSD-MSAS, mettre en œuvre le Plan de Travail pour une meilleure prise en compte de l’Enquête Continue dans le suivi de la stratégie nationale de développement sanitaire.

Des recommandations ont été formulées au cours de l’atelier de restitution, quelles sont-elles ?
La principale recommandation est d’améliorer la valorisation de la base de données de l’Enquête Continue en procédant à des analyses approfondies pour mieux élucider les facteurs explicatifs des résultats de l’enquête. Pour cet exercice, sont notamment conviées les structures de recherches.

Il a été aussi recommandé de procéder à la dissémination des résultats de l’enquête dans les Régions médicales voire dans les Districts de santé.

Les participants ont également demandé de produire les indicateurs sur la mortalité maternelle sur une périodicité plus courte, de moins de cinq ans.

Propos recueillis par Ibrahima THIAM

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