Amadou Ba, chauffeur : Du planton au guide éclairé de Ranérou

20 Sep 2017
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Chauffeur professionnel à la Réserve de faune du Ferlo nord, Amadou Ba est devenu incontournable dans le dispositif des équipes administratives ou des étrangers en mission dans les profondeurs du Ferlo. Cet as du volant est un guide éclairé du Ferlo. Sa connaissance des coins et recoins de cette vaste étendue de terres lui a valu une reconnaissance de l’État. Il a été décoré lors de la célébration du 57e anniversaire de l’Indépendance de notre pays.

Amadou Ba n’était âgé que de 11 ans lorsqu’il intégrait le service des Eaux et forêts de Ranérou. Au début, il était recruté comme planton. Par la suite, il est allé apprendre le code et la conduite pour devenir chauffeur professionnel. En 1982, il passe son permis à Saint-Louis. Ce parchemin lui ouvre alors la voie à une autre carrière.

Né à Ranérou où il grandit, Amadou Ba n’hésitait pas, à ses débuts, à se renseigner auprès des anciens sur les chemins qui mènent vers les nombreuses localités perdues dans le Ferlo pour mener à bon port ses collègues, les agents des Eaux et forêts.

Il change de cap avec la cession de la Réserve de faune du Ferlo nord à la direction des Parcs nationaux. Au service du Conservateur de la Réserve de faune du Ferlo nord, Amadou Ba a acquis de l’expérience. À l’époque, Matam était le département et Ranérou une communauté rurale. « Nous avons sillonné tout le département », souligne-t-il.

Âgé aujourd’hui de 52 ans, Amadou Ba est devenu un guide éclairé de Ranérou Ferlo. Tous les services départementaux font recours à lui, à son expertise et à son expérience. L’autorité préfectorale, en premier chef, n’hésite guère à le recommander à toutes les missions de passage dans le département pour leur faciliter le séjour dans le Ferlo. Il n’y a pas un moindre hameau où Amadou Ba n’a pas mis ses pieds. Un vieux routier du Ferlo, confie-t-on. « Au début, j’avais des craintes parce que j’étais très jeune. Mes soucis se sont apaisés grâce à la formation, à l’encadrement et à l’expérience acquis dans le service ». Amadou Ba dit n’éprouver aucun regret et aucun remord depuis son intégration à la structure. Grâce à son métier, il a pu fonder son foyer. Ses enfants sont aujourd’hui à l’école.

Ses périples au fin fond du département lui ont permis de nouer d’excellents rapports avec les chefs et notables des villages du Ferlo. Ce qui l’a, le plus marqué dans ses fonctions, c’est le fait de côtoyer des autorités de la République en tournée dans la zone. « J’ai connu et fréquenté beaucoup d’autorités dans l’exercice de mon travail. Si ce n’était pas le service, je n’aurai jamais cette chance de rencontrer ces personnalités, des chefs religieux », indique-t-il.

Cette pluridisciplinarité fait que sa présence dans les tournées et visites des autorités dans le département est incontournable. Parfois, il ouvre même le cortège parce qu’étant le grand connaisseur de la forêt du Ferlo. « C’est un honneur et une grande considération pour moi », se réjouit-il. Parfois, il arrive même qu’un ambulancier de la zone tombe malade. L’autorité médicale de la structure concernée fait appel à lui pour évacuer le patient.

Ce n’est pas pour rien que l’année dernière, à l’occasion de la fête de l’Indépendance du Sénégal, il a reçu une décoration pour services rendus à la communauté. « Une fierté, pour moi, ma famille et pour Ranérou. Tout le monde était content et m’a félicité », magnifie-t-il.

Pendant l’hivernage, compte tenu du grand enclavement du département, toutes les attentions sont rivées sur lui. C’est le Monsieur météo. Les populations et surtout les services administratifs se réfèrent à lui pour programmer leurs déplacements dans les zones intérieures du Ferlo. En fin connaisseur de l’état des pistes durant la saison des pluies, il peut les dissuader à y aller. Ceux qui ne suivent pas ses consignes en pâtissent le plus souvent.

Un passionné de voitures
Au-delà de son métier de guide forestier, Amadou Ba est un passionné de véhicules. Il prend soin de sa voiture à l’image du médecin pour son patient. D’ailleurs, le capitaine Serigne Modou Mamoune Fall, conservateur de la Réserve de faune du Ferlo nord, confirme cette attention particulière qu’il porte à son véhicule. « J’ai pu mesurer l’importance du véhicule. C’est grâce au véhicule qu’on évacue des malades à l’hôpital, qu’on transporte les populations, les marchandises, etc. », détaille M. Ba. Pour lui, « ceux qui connaissent bien le service que rend le véhicule doivent bien en prendre soin, ne serait-ce que pour leur sécurité ». Être chauffeur, selon lui, ne relève pas d’un petit métier. M. Ba est convaincu que la fréquence des accidents sur les routes est liée à l’imprudence de certains chauffeurs, mais aussi aux raccourcis que font certains pour avoir le permis de conduire. C’est pourquoi, ils ne font pas de la conduite leur métier, regrette-t-il.

Pour ce chauffeur émérite, le service des Eaux et forêts a radicalement transformé le Ferlo. Depuis son avènement en 1972, souligne-t-il, il est en train d’abattre un travail remarquable en termes de sensibilisation des populations sur les techniques d’entretien de la forêt, les enjeux de la préservation et de la conservation de l’écosystème, sur l’impact des feux de brousse etc., des initiatives qui ont porté leurs fruits. S’agissant de l’élevage au Ferlo, il affirme qu’un véritable changement s’est opéré dans ce secteur et dans la mentalité des acteurs, comparé à ce qui se faisait avant. Aujourd’hui, relève M. Ba, il est fréquent de voir des éleveurs vendre leurs troupeaux pour effectuer le pèlerinage à la Mecque, construire des maisons, forer un puits, fonder un village, faire d’autres investissements, etc. Tout cela est rendu possible, selon lui, grâce aux efforts considérables des pouvoirs publics au profit des populations du Ferlo.

Aussi, ajoute-t-il, peu d’enfants étaient scolarisés à l’époque. Les populations venaient au service des Eaux et forêts pour savoir le contenu de leurs missives ou pour en rédiger. Aujourd’hui, note-t-il, le Ferlo est bien loti. « Nous avons partout des écoles, des dispensaires. Beaucoup d’intellectuels du pays sont issus du Ferlo », souligne-t-il.

L’unique message du guide forestier à l’endroit des autorités c’est de continuer à davantage doter le Ferlo d’infrastructures sanitaires, éducatives et environnementales, mais également à engager un élan pour son désenclavement surtout téléphonique.

S. D. SY

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