Le Kurukan Fuga ou Charte du Mandé, première Déclaration des Droits de l’Homme…

23 Sep 2017
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Le continent africain regorge de ressources : naturelles, énergétiques, minières, mais aussi culturelles et historiques …
Chaque jour qui passe est une somme d’enseignements concernant la terre – mère, car j’apprends des choses que j’ignorais sur ce cher continent … Ne dit – on pas communément que l’Afrique est le berceau de l’humanité? Tel a été le cas pour le Kurukan Fuga …
La première Déclaration des Droits de l’Homme est africaine …

En effet, exprimée en 1236 à Kurukan, Le Kurukan Fuga, ou Charte du Mandé, est la première déclaration des droits de l’homme. Cette Charte, dans l’optique d’asseoir pleinement le magistère de Soundjata Keïta, a été initiée par ses collaborateurs et lui – même, au lendemain de la victoire de Kirina sur les troupes de Soumaoro Kanté en 1236.
Elle s’est articulée autour d’un ensemble d’axes et de recommandations.

Kurukan Fuga, qui signifie littéralement « plaine sur une colline ». C’est dans cette contrée qu’en 1236, Soundjata Keïta réfléchit à une manière d’unifier tous les clans et tribus, après les territoires annexés lors de sa victoire face à Soumaoro Kanté.
C’est une Charte orale, mais d’une précision extrême. Autour d’une quarantaine de points, la Charte reprend quantité d’axes de la vie en communauté, notamment :

• Les « Nyamakalas », artisans connaissant la force du feu, de l’eau et de la parole (cordonniers, griots …) se doivent d’être les garants de la vie en société
• Les « Morikanda » (classes des marabouts) doivent être les maîtres et éducateurs en Islam. De ce fait, tout le monde leur doit respect et considération
• A la tête de chaque société, se trouve un patriarche en terme d’âge
• Les « Kangbé » se doivent d’être les intermédiaires entre les jeunes et les vieux, histoire d’arbitrer les conflits et ainsi d’éviter les conflits de génération
• Chacun a le droit de préserver son intégrité et sa vie
• La paresse et l’oisiveté doivent être bannis et ériger la prospérité en projet de vie par le biais des Konogben Wolo
• La famille Keïta est désignée famille régnante de l’Empire
• Tout un chacun peut jouir de l’autorité paternelle, même sur les enfants d’autrui

Les autres points portaient eux, sur le divorce, l’entraide dans une communauté, la préservation de la nature … Tout ceci afin d’instaurer une parfaite cohésion entre les choses et les êtres.
Avant l’avènement du héros Soundjata Keita, le Mali se trouvait dans une misère totale. L’individualisme, la pratique abusive de l’esclavage, avaient entraîné les peuples dans l’oisiveté.

Pour faire du Mali une grande entité économique et politique, Soundjata comprit qu’il fallait organiser la société, en donnant au « Mandékas » (peuple du Mali) une culture de travail. Pour cela, il convoqua les chefs des différents clans pour déterminer le droit mais aussi les devoirs de chacun. Ainsi les ordres des griots, des forgerons, des esclaves, des marabouts,… furent-ils institués ou renforcés. Les « Numu » seront commis à la production des outils d’agriculture, des armes, constituant ainsi la caste des forgerons.

A Kuru Kan Fuga, le travail fut tellement pris au sérieux qu’il apparaît, dans l’ordre des vertus, à la deuxième place, entre le savoir et la justice. D’où la devise « Kolon, Baara, Tilen » (savoir, travail, justice). Les Mandingues appellent cette devise les trois principes fondamentaux du progrès de l’homme.

Ainsi, en 1236, fût érigée la Constitution de l’empire du Mali, qui définit le statut et le rôle de chaque citoyen, au sein de la communauté, dans la paix et la concorde. Soundjata et ses généraux, chantés par les griots, sont restés vivants dans la culture malienne.

En définitive, la Charte de Kuru Kan Fuga enseigne qu’il n’existe pas d’autres alternatives pour le développement que le travail. Le travail y a été considéré comme une religion, un culte. Le Malien s’y est alors bien adapté.

Cette vertu fait de la charte de Kuru Kan Fuka un modèle.
Soundjata Keïta, en tant qu’initiateur de la Charte du Mandé, en est donc un personnage – clé.
En effet, la Charte, proclamée le jour de l’intronisation de Soundjata Keïta en tant qu’empereur du Mandé, est étroitement liée au règne dudit empereur …
Dans un souci d’unifier les troupes au lendemain de sa victoire à Kirina face à Soumaoro Kanté, Soundjata Keïta a réfléchi à un ensemble de textes et lois visant à harmoniser la vie de cette communauté ainsi élargie, car composée des nouveaux territoires annexés.

Au cours d’une soirée commémorant les hauts faits d’armes de Soundjata Keïta, nouvellement promu à la tête de l’empire du Mandé, les griots de la ville de Kankan déclamaient l’éloge de Soundjata Keïta et de certaines des décisions qu’il avait prises lors de l’assemblée du Kurukan Fuga : Soundjata Keïta avait pleinement réfléchi à la constitution d’un ensemble de textes représentatifs de la vie en communauté …

Malgré la « vieillesse » relative des articles de ladite Charte, celle – ci résonne encore aujourd’hui par sa véracité …
Quelques extraits tels que « Chacun a le droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique », « La vanité est le signe de la faiblesse et l’humilité le signe de la grandeur », « Ne faites jamais du tort aux étrangers » … sont plus que jamais d’actualité aujourd’hui, car ils campent pleinement la vie en communauté, en société, et donc entre êtres humains pleinement conscients de leur (s) liberté (s) …

Soundjata Keïta a donc eu une ingénieuse idée en mettant sur pied cette Charte, et des siècles après sa déclamation, celle – ci pourrait servir de repère historico – temporel aux générations contemporaines …
Bonne lecture ! L’histoire reste à réviser…

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Last modified on samedi, 23 septembre 2017 18:38
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