Aby Ngana Diop : La pionnière du « Rap taasu »

25 Sep 2017
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Elle était plus qu’une « reine du taasu ». Aby Ngana Diop était la voix rafraîchissante de son art. Elle a réussi à réaliser une jonction entre deux univers de sens et de rythmes, entre la tradition et la modernité, entre le « taasu » et le rap ; le tout dans la poésie et la cadence qui caractérisent le verbe et le geste de nos peuples.

A l’image de sa majesté, l’autre jour, à une tribune aux harangues, Aby Ngana Diop a aussi, comme elle seule savait le faire, chanté ceci dans le morceau Yaye Penda Mbaye : « O fadj na ngoora… o fagning fagn fagn o wathia thia » (ou quelque chose du genre, la langue de mes esclaves sérères est ce qu’elle est !). La défunte cantatrice, talentueuse « taasukat (genre musical très proche du rap), soumettait sa musique aux rythmes de la poésie qu’elle conciliait à la fureur des tambours. Elle cultivait l’éclectisme. L’auteure de l’album « Liital » sorti en 1994, trois ans avant son décès suite à une crise cardiaque, a désherbé bien des allées à ses pairs « taasukat » et aux rappeurs à l’époque très hostiles au genre musical Mbalax.

Aby Ngana Diop a réussi à établir une passerelle entre cette musique urbaine et les tonalités traditionnelles. Le « rap taasu » qu’elle a expérimenté avec le titre « Dieuleul » a inspiré plusieurs formations de rap qui se sont engouffrés, par la suite, dans cette brèche pour redonner une certaine fraîcheur à leurs œuvres (Fata, Gokh bi system, Awadi…). Elle est plus qu’une pionnière, « borom Ndadjé » était en avance sur son temps. Ne disait-on pas de cette dame à la grâce naturelle qu’elle promouvait une musique « tradifuturiste ». Comme le chanteur et parolier Ndiaga Mbaye, alors que le rap conquérait du terrain, elle a su s’adapter, dans les années 1990, aux nouvelles exigences de son art pour partager avec la jeunesse la richesse de notre patrimoine capable de rencontrer le monde. Un label américain en a été séduit bien après sa mort ; preuve de la pertinence de ses options artistiques. Ses prouesses sont inspirantes en cela qu’elle montre ce que pourrait être la musique : un moyen d’affirmation des identités et d’enrichissement mutuel. Sa discographie est loin d’être des plus fournies mais elle transmet une vision à la postérité : Rester soi-même dans la quête de l’autre. Aby Ngana Diop « mère rappeuse »-nous nous plaisions à l’appeler ainsi-, comme Aminata Fall, Isseu Niang et bien d’autres grandes figures de l’art, est très peu célébrée. Il n’y a que le temps qui lui rend hommage quand d’autres, au courant ou méconnaissant son œuvre, marchent sur ses pas enchanteurs.

Par Alassane Aliou MBAYE

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