Thiès : Baback Sérère, un terroir de refus

28 Sep 2017
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Baback : L’histoire du village de Baback Sérère est liée à celle du Diobass en général qui a été longtemps considéré comme une zone du refus. Et, c’est cette localité d’ailleurs qui a accueilli la première paroisse du Diobass.

Un terroir de refus. Le village de Baback Sérère (Diobass, région de Thiès) l’a toujours été. Même si, avec le temps, la population s’est davantage ouverte aux autres. Selon l’ancien député, Mamadou Diagne Faye, natif du Diobass, « L’histoire du village de Baback Sérère est liée à celle du Diobass. Cette contrée qui, pendant longtemps, a été considérée comme une zone de refus, a vécu, en 1891, une crise qui est restée dans les annales nationale du Sénégal ». Avec un regard historique, il explique : « Presque toute la contrée du département voire de la région de Thiès, une bonne partie du Sénégal était complètement annexée par les colons vers 1889-1890. Et, il ne restait que le Diobass qui était une entité à l’intérieur de Thiès, à côté de Pout, et où il y avait des forteresses des colons et à Thiès où il y avait le cercle et son commandement qui étaient plus ou moins des populations rebelles ».

Mais, poursuit M. Faye, « c’est en 1891, que les colons ont livré une bataille épique pour annexer définitivement le Diobass en utilisant les services d’un certain Sanor Ndiaye, un agent recouvreur d’impôts qui avait l’habitude de traverser le Diobass pour aller à Popenguine. C’est ainsi que les colons ont pu maîtriser la géographie du Diobass et ont osé pénétrer dans le Diobass et s’attaquer aux populations ». D’ailleurs, laisse entendre Mamadou Faye Dialagne, « c’est à Baback que se déroula, en mai 1891, cette bataille qui a été perdue par ce même Sanor Ndiaye qui finit par alerter les colons et ces derniers lancèrent des bombes dans la zone ». Mamadou Dialagne Faye révèle que : « le premier chef de canton était originaire du village de Baback et s’appelait Malick Niakh. Mais, l’histoire basculera par la suite avant que les colons ne mettent la main sur le village de Baback. Ce fut un tournant dans le Diobass ».

La première paroisse du Diobass
Eglise Baback SérèreJusqu’à un passé récent, c’est dans le village de Baback Sérère qu’était implantée la seule paroisse de la zone du Diobass. Les catholiques s’y rendaient à chaque fois pour la célébration de la messe le dimanche où à l’occasion des fêtes comme Noël ou Pâques. Une forte communauté chrétienne vit dans la zone avec une bonne partie qui réside à Sanghé, Baback Sérère, Ngolane et Pout Diack. Cela, malgré l’influence de la religion musulmane avec l’Islam qui y a pris ses racines vers les années 1880. Ce qui a favorisé la bonne cohabitation entre ces deux communautés et de manière harmonieuse même si, il faut le souligner, les fidèles musulmans semblent plus nombreux surtout à Baback. « Les missionnaires qui sont passés par ici ont favorisé certainement la première messe célébrée en 1892, pendant la guerre de Sanokh avec les fils de Diobass », raconte l’Abbé Philipe Ba Youga Mbengue, ancien Curé de la paroisse de Baback, aujourd’hui administrée par l’actuel Curé, Abbé Etienne Mbengue.

Communion de deux communautés sur le plan culturel
La paroisse de Baback a été créée en 1970 par Monseigneur Xavier François Ndione. Depuis, des prêtres se sont succédé dans ce lieu de culte pour témoigner de l’Evangile du Christ dans la zone et également témoigner de leur charité. L’Abbé Philipe Ba Youga Mbengue indique « que les premiers baptêmes ont eu lieu en 1935 et c’est à partir de 1952 qu’on a eu les premiers convertis ». La paroisse de Baback Sérère polarisait, au départ, un seul village avant de s’étendre, selon lui, « jusqu’à Khombole et ensuite à Sanghé. Par la suite, il y a eu des découpages, ces dernières années, pour permettre à la paroisse d’être plus poches des populations. Sur l’axe Thiès-Keur Sadaro jusqu’à Tassette, c’est la seule paroisse mais il y a un secteur qui a été créé par la suite, c’est celui de Pout Diack ».

La mosquée et la chapelle en parfaite cohabitation
Dans le village, les deux communautés musulmane et catholique partagent tout. Surtout sur le plan culturel où, à certaines périodes de cérémonies d’initiation qui durent près de 2 mois par classe d’âge par exemple, les adolescents, les jeunes, à partir de 16 ans, sont initiés, c’est la communion et l’entraide qui prévalent. Les jeunes du village entrent tous les deux ans dans la case d’initiation pour parfaire leur formation et à se forger une véritable croyance de leur ethnie sérère et avoir le courage surtout dans le travail et toute autre action à entreprendre. « Pendant tout ce temps d’initiation, il y a la paix au village, même ceux qui ne se parlaient pas se parlent et c’est la joie », souligne notre interlocuteur. Dans le village, la chapelle et la mosquée sont côte à côte. Et cela ne gène en rien la pratique religieuse des deux communautés. D’autant que même au sein des familles, musulmans et chrétiens partagent le même lit, ils partagent aussi le même repas autour du bol. « Dans une famille, on peut trouver une partie musulmane et une autre partie catholique », révèle le curé de la paroisse Saint Augustin de Baback. Une attitude saluée par tout un chacun et que tous ceux que nous avons interrogés souhaitent que ce bel exemple puisse faire tache d’huile et servir d’exemple aux autres localités.

Le mythe de « Ndiol Diobass » s’est effondré
Philippe Mbengue CuréNdiol Diobass, fut un arbre géant, un caïcédrat qui était toujours là après la sécheresse qui a plus ou moins fait disparaître la forêt de Baback.
« C’est un long arbre qui faisait au moins une cinquantaine de mètres de hauteur qui a fini par subir les contre coups de cette calamité, en s’effondrant il y a près s’une d’années, lance Gérôme Ciss, rencontré le jour de notre visite dans cette localité où l’église célébrait sa fête patronale à la paroisse St Augustin de Baback.

Mais, il faut dire que l’arbre était le totem de la zone du Diobass. On l’appelait, en même temps, le phare de Baback. Tous ceux qui devaient passer l’étape d’adolescence à la phase adulte étaient obligés de traverser cette épreuve de l’arc qu’il fallait faire surplomber l’arbre avant toute circoncision. « Une difficile épreuve mais un exercice de bravoure surtout pour des jeunes de 15 à 25 ans », nous explique Mamadou Faye Dialagne, cet ancien député originaire du village de Baback. Ainsi, ajoute-t-il, « il y avait des assemblées consultatives de la société sérère, un rituel autour de l’arbre qui précédait l’épreuve de circoncision marquant ainsi le passage de l’adolescence à une autre étape et qu’il fallait accompagner par une éducation sérère à travers ce qu’il est convenu d’appeler le Ndut ».

Dans la tradition sérère, le Ndut se traduit par des épreuves allant de l’éducation à un exercice militaire. On inculque à l’intéressé un savoir intellectuel, un savoir faire, on le fait passer à l’apprentissage d’endurance, on le formate pour qu’il puisse devenir un homme apte à tout, en ayant, dans la tête, que la société est faite de difficultés à transcender, d’épreuves extrêmement pénibles qu’il faut affronter.

« C’est bien cet apprentissage, cette éducation que le Ndut inculquait à l’individu avec des valeurs qui, hélas, ont disparu du milieu sérère. Mais on continue de les respecter dans notre village en organisant, tous les cinq (5) ans, une cérémonie de Ndut même si la manière orthodoxe de l’organiser semble avoir perdu sa valeur, mais le fond y est toujours », nous apprend Mamadou Faye Dialagne.

D’autant plus que, souligne-t-il : « ceci est très important pour l’homme qui subit toutes ces épreuves, car il ne peut pas, après ce rituel, faire des choses impropres. Nous partageons ces mêmes valeurs avec nos cousins Diolas, les ouolofs le font avec le Kassak ». Mais, Mamadou Faye déplore, malheureusement, l’abandon, par certaines ethnies et la société, des valeurs ancestrales. Ce qui fait, selon lui, « qu’on assiste à une société dite moderne et non plus des valeurs morales d’éthiques avec l’apparition des religions révélées où les gens confondent beaucoup de choses entre la tradition et la religion ».

Un repère pour les pêcheurs de Popenguine
Pour autant, à Baback, les habitants restent toujours attachés à leur culture. La circoncision (ou Ndut) est programmée tous les 5 ans. Et que Ndiol Diobass qui symbolisait le mythe dans le Diobass était un caïcédrat géant qui servait de repère à partir duquel les pêcheurs de Popenguine Ndayane s’orientaient quand ils partaient en mer. Mais hélas, il s’est effondré en laissant un grand vide. Toutefois, il faut souligner qu’il y a une autre version qui caractérise Ndiol Diobass. Elle en ferait un homme originaire de Tatene et qui était le chef du village quand les colons sont arrivés, particulièrement les premiers missionnaires qui ont traversé le Diobass. Parce qu’avant eux, personne n’était autorisée à entrer dans le Diobass. C’était une population fermée qui a su profiter de cette vaste et touffue forêt à l’époque pour préserver leur sécurité car aucune autre personne n’osait s’aventurer dans ce village. Mais, aujourd’hui, il y a une grande ouverture par rapport à la période antérieure grâce à l’école et aux religions.

Par Mohamadou SAGNE

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