Cascade de démissions au parti d’Idrissa Seck : Avis de gros temps sur « Rewmi »

17 Oct 2017
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Après avoir eu le vent en poupe en 2007, Rewmi fait face à une chute vertigineuse de son électorat mais aussi un départ massif de ses cadres. Cette situation est-elle synonyme de décadence de la formation politique dirigée par l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck ? D’aucuns répondent par l’affirmative sans la moindre hésitation. Mais les lieutenants ainsi que les souteneurs du président du Conseil départemental de Thiès croient toujours en la bonne l’étoile de leur parti.

En mars 2013, alors que le nouveau régime sorti victorieux de la présidentielle de 2012 fêtait le premier anniversaire de son accession au pouvoir, l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck, choisit de mettre les pieds dans le plat. A la surprise générale, le leader de Rewmi, contredit le président nouvellement élu qui soutenait que le régime sortant a laissé des caisses vides. « Wade a laissé au moins 400 milliards dans les caisses », avait rétorqué le maire de Thiès d’alors. Il entonnait le péan de la rupture en laissant entendre que « Rewmi doxoul » (le pays ne marche pas, en langue wolof). Le leader de Rewmi paie-t-il les conséquences de cette sortie fracassante ?

Ses alliés de l’Apr, pris au dépourvu, avaient usé d’armes de destruction massive pour canarder les positions de l’ancien Premier ministre. Pris sous le feu nourri du parti présidentiel, Rewmi, le parti d’Idrissa Seck, a fortement vacillé, perdant, au passage, « ses » ministres au gouvernement et ses principaux responsables. Oumar Guèye, Pape Diouf, Me Nafissatou Diop (celle que l’ancien maire de Thiès appelait « Nafissa », la précieuse en arabe), Youssou Diagne et beaucoup d’élus locaux ont rejoint le parti au pouvoir.

Le 25 mars 2013, Idrissa Seck a parlé. Trop vite. Révélant, au passage, ses intentions. « Qui parle se révèle » dit l’adage. Dans le camp du pouvoir, on a compris que le président du Conseil départemental de Thiès a commencé à débroussailler le chemin qui mène à la présidentielle de 2019 et l’on a mis en œuvre un plan pour affaiblir Rewmi et contenir les ambitions d’Idrissa Seck.

Les coups sont rudes. Au-delà du débauchage des militants et responsables rewmistes, les arguments développés par le parti au pouvoir visent à décrédibiliser le patron du parti orange en le faisant passer comme un « aigri », un « homme traumatisé » par la victoire du président Macky Sall, un politique dont le rêve de devenir le quatrième président de la République du Sénégal a été contredit par les électeurs et par le président Sall.

D’autres farouches défenseurs du maire de Thiès semblent avoir choisi de s’éloigner de la vie du parti ou de mettre en veilleuse leur carrière politique. Parmi eux, Abdourahmane Diouf, le très brillant porte-parole de Rewmi, Léna Sène et d’autres responsables. La saignée, depuis 2014, ne cesse de faire tomber des pans entiers du parti d’Idrissa Seck. Les dernières défections en date sont celles de Thierno Bocoum et de Samba Thioub.

Même s’il reconnait ces départs, Yankhoba Diatara, un des plus fidèles lieutenants du maire de Thiès, semble minimiser leur impact. « Nous avons toujours eu cette capacité de résilience qui nous permet de continuer à nous massifier encore davantage. Rewmi s'est toujours remis de ces mouvements. Cela démontre la solidité de notre parti et ne fera que nous renforcer», souligne-t-il. Oumar Sarr qui a contesté le leadership d’Idrissa Seck, entre 2014 et 2015, fustige une « mauvaise gestion du parti. « Le parti a un problème de gestion insoluble liée au caractère de ceux qui l’administrent », a-t-il indiqué.

Portant un regard critique sur les crises dans les partis politiques, notamment celle qui secoue la formation dirigée par l’ancien Premier ministre, le Pr Moussa Diaw, indexe une « gestion unilatérale ». « Cette gestion unilatérale est de nature à irriter quelques militants qui nourrissent des ambitions et ne sont pas prêts à éternellement rester derrière un seul homme. Ils se disent souvent disposer de background et de bagage intellectuel, pour aller sinon aussi loin que leur leader du moins plus loin que lui. Ces ambitions poussent certains à sortir pour aller voir ailleurs dès que l’occasion se présente à eux », analyse-t-il.

Même si Yankhoba Diatara et Oumar Sarr ne sont pas sur la même longueur d’onde sur l’impact des remous que Rewmi a connus, force est de constater que le parti dirigé par Idrissa Seck a connu un recul, si l’on se base sur les résultats qu’il a engrangés de 2007 à 2017. En conflit avec le président d’alors, Abdoulaye Wade, le maire de Thiès a déclaré, en avril 2006, sa candidature à l'élection présidentielle de 2007. Il avait appelé à la création d'une large coalition pour mettre fin au régime Wade et appliquer un plan de redressement national.

Cet appel survient après sept mois de détention de M. Seck qui a été emprisonné dans le dossier des chantiers de Thiès. Le 31 juillet 2005, l’Assemblée nationale avait voté sa mise en accusation devant la Haute cour de justice pour « détournement de fonds, atteinte à la défense nationale et à la sûreté de l'État etc. ». Bénéficiant d’une large sympathie de la part des Sénégalais au lendemain de sa libération, il est sorti deuxième derrière le candidat Abdoulaye Wade avec 510 922 voix (14,92%). Il devança, de loin, les ténors de l’opposition d’alors, Ousmane Tanor Dieng qui a eu 464 287 voix (13,56), Moustapha Niasse qui a engrangé 203 129 voix (5,93%). Beaucoup d’observateurs lui prédisaient un avenir radieux. Selon eux, il a été handicapé par les audiences qu’il a eues avec le président Wade à la veille de la présidentielle. En 2009, il gagne brillamment les élections locales dans son fief à Thiès en dépit des nombreux moyens déployés par ses adversaires.

Cependant, le maire de Thiès n’a pas pu conserver ces acquis. A la présidentielle de 2012, il chute. Et se retrouve avec 212 853 voix (7,86%). Il est loin derrière son successeur à la Primature, Macky Sall qui a réussi à se qualifier au second tour contre le candidat Abdoulaye Wade avec 26,58% (719 367). Les lieutenants du maire de Thiès expliquent cette défaite par la tension politique que le Sénégal a connue en 2012. « Est-ce que vous avez entendu ou vu une seule fois, lors de la présidentielle de 2012, le président Idrissa Seck faire un meeting ou un rassemblement pour demander le vote des sénégalais? En 2012, Idrissa Seck a été l'un des rares leaders politiques à avoir fait une candidature de combat uniquement contre un troisième mandat de Me Abdoulaye Wade », a expliqué Yankhoba Diatara.

La stratégie invoquée par M. Diatara en 2012 était-elle la bonne ? En tout cas, les élections qui ont suivi la présidentielle de 2012 n’ont pas changé la donne pour le parti Rewmi. Le leader Idrissa Seck cherche visiblement la formule magique pour redonner à Rewmi son lustre d’antan. Après avoir opté pour les attaques et les déclarations fracassantes contre le régime, Idrissa Seck semble maintenant miser sur le silence. Ce sont ses lieutenants qui vont au front. Cette mission a été assurée par Déthié Fall, le président du Parti et Thierno Bocoum, chargé de la communication. Aura-t-elle les résultats escomptés ? Thierno Bocoum a préféré désarmer alors que le parti est sorti des élections législatives avec une défaite dans le département de Thiès. Mais aussi un nombre faible de députés. Le président du conseil départemental prépare-t-il une autre formule magique pour se repositionner sur le terrain ? Réponse avant la présidentielle de 2019.

Babacar DIONE

A QUEL IDRISSA SE FIER ?
Idrissa seck soucieuxOn ne peut pas dire, en ce moment, qu’il fait beau vivre à Rewmi, le parti d’Idrissa Seck. La dernière démission de Thierno Bocoum, le responsable le plus visible de cette formation politique est une nouvelle poussée d’air chaude qui risque de provoquer un très grand feu de forêt. Gare aux récoltes ! Le peuple de Rewmi, soumis à des vents contraires depuis que son leader a décidé de brusquer le rythme des saisons le 25 mars 2013 sur les ondes de la Rfm, ne sait plus à quel Idrissa se fier. Celui qui se promettait d’accéder à la station présidentielle à 52 ans ou celui qui a décrété, le jeudi 28 juin 2012 (l’année de ses 52 ans), « l’an zéro » de sa carrière politique ? L’homme politique à la ligne claire qui promet une opposition homérique au président Macky Sall ou le chef de parti au trait obscur qui griffonne des sentences illisibles dans son propre parti ? L’an zéro qui, dans la dialectique seckienne, a effacé la prophétie d’une accession au pouvoir en… 2012, apparaît de plus en plus comme un camouflet aux certitudes du président du Conseil départemental de Thiès. L’armée sur laquelle il comptait pour terrasser les forces ennemies ne paie pas de mine. Elle a perdu des divisions entières et autant de généraux décidés à renforcer le camp d’en face. Pape Diouf, Oumar Guèye, Youssou Diagne, Cheikh Tidiane Diouf, Nafissatou Diop Cissé, Waly Fall, Ousmane Thiongane et tous les autres qui sont partis, obligent le chef à être le pompier d’un incendie qu’il a, lui-même, allumé. Comment terrasser les dogmes, briser les idoles et casser les tabous si l’on ne veut pas, soi-même, souffrir du désir de dominer sa vie ? C’est-à-dire renoncer à une partie de soi au profit des compagnons qui ont épousé sa cause.

En politique, le style, la personnalité et la compétence ne suffisent toujours pas. La pratique a montré, à suffisance, que les équilibres, le partage des responsabilités et la capitalisation des expériences sont aussi des ingrédients de la réussite d’un parti politique. Le parti Rewmi qui s’est difficilement remis du traumatisme de mars 2012, n’a pas les forces nécessaires pour supporter la thérapie de choc prônée par son leader. La microchirurgie, l’ostéopathie ou la médecine douce eussent mieux valu. Pour ne l’avoir pas compris, Idrissa Seck fait face, aujourd’hui, à un affaissement, par pans entiers, de la structure politique qu’il espérait chevaucher pour entrer au Palais de la République. Il est loin le temps où les partis politiques se pliaient aux désidérata de leur leader. Gérer un parti, comme Me Wade l’a fait avec le Pds, est aujourd’hui une vue de l’esprit. De nos jours, les partis des tout puissants pères fondateurs sont passés de mode. Ces outils de conquête du pouvoir sont des agrégateurs de compétences, de profils complémentaires. L’aura d’une seule personne, son charisme et son génie ne suffisent pas pour escalader l’Everest. Voilà pourquoi, il faut privilégier la concertation, la négociation et la persuasion dans le management des formations politiques où il y a autant de destinées singulières que de militants. La phraséologie des « Rewmistes » aura beau qualifier les dissidents de traitres ou de renégats, mais l’absence de concertation dans le parti orange restera toujours un frein à l’épanouissement de ses responsables. Après avoir offert la mairie de Thiès à Talla Sylla, redistribué les rôles au sein de Rewmi pour consacrer Déthié Fall vice-président et la tentative de constitution, lors de la dernière législature, d’un groupe parlementaire dont les leviers essentiels étaient promis à des alliés, il est à se demander à quelle hauteur d’estime Idrissa Seck tient-il ses compagnons historiques.

S’il y a un enseignement à tirer de ces soubresauts dans Rewmi, c’est que contrairement à ce qu’il a cru, loin d’être le « sauveur », seul capable de battre le président Macky Sall en 2019, qu’un peuple unanime accueillerait avec dévotion, l’ancien Premier ministre se rend compte qu’il devra affronter une très rude opposition. Il a commis l’erreur d’afficher trop vite ses intentions en claironnant, le 25 mars 2013, que « Rewmi doxoul » (Le pays est à l’arrêt). Or, qui parle se découvre. Depuis, le camp du pouvoir s’emploie, avec une grande force de persuasion, à « retourner » les spadassins de celui qui passe désormais pour un adversaire résolu. Un président de la République, cela se sème au bon moment. Ni trop tôt, ni trop tard.

Par Sidy DIOP

YANKHOBA DIATARA, SECRETAIRE NATIONAL CHARGE DE LA VIE POLITIQUE DE « REWMI » : « CES DÉPARTS NE FERONT QUE RENFORCER LE PARTI »
Y Diattara RewmiYankhoba Diatara, l’un des plus fidèles lieutenants d’Idrissa Seck, estime que les remous que connaissent le Rewmi ne feront que renforcer le parti.

Monsieur le président, Thierno Bocoum vient d’annoncer son départ du parti Rewmi. Quel commentaire en faites-vous?
C'est un départ qui nous a surpris et qui nous fait très mal. Inutile de vous dire que nous le regrettons profondément. Parce qu'avant et après tout, Thierno Bocoum est un jeune frère. Nous avons cheminé ensemble pendant longtemps. Un compagnonnage qui a développé de l'estime réciproque. Nous apprécions ses qualités humaines et intellectuelles. C'est un jeune frère, un homme pour qui nous avons une grande affection fraternelle. C'est pourquoi je vous dis d'emblée que je travaille à le faire revenir sur sa décision. Nous pensons que ce que nous avons bâti depuis plus d'une dizaine d'années sous l'ombre du président Idrissa Seck, malgré la violence des attaques physiques, morales, politiques et familiales et des brimades de toutes sortes, rien ne peut nous y faire revenir. Non, je ne pense pas qu'on puisse oublier tout ça, quelle que soit l’excuse brandie. Je peux comprendre sa déception à la suite des investitures lors des dernières législatives mais ce n'est pas, pour autant, une raison d'essayer de casser la maison du père. Et je ne pense même pas que cela soit la raison du départ de Thierno Bocoum. Alors, je reste convaincu que sa place est dans le Rewmi aux côtés du président Idrissa Seck, qui est un grand frère et un père pour nous. Nous n'avons pas le droit de l'abandonner au moment où beaucoup de Sénégalais pensent qu’il constitue l'alternative la plus crédible au régime de Macky Sall. Il faisait partie des principaux défenseurs du parti et de son leader.

Quel impact ce départ aura-t-il sur la vie de votre parti ?
Il faisait partie du dispositif mis en place par le président Idrissa Seck pour représenter le parti à l'Assemblée nationale et auprès des médias en tant que responsable de la communication.

Comme il le dit lui-même dans sa lettre, il a beaucoup bénéficié de l'appui, du soutien et de l'encadrement du président Idrissa Seck. Nous prenons acte de son départ et nous espérons qu'il va reconsidérer sa position. Il est, cependant, important de reconnaître que le parti regorge de compétences pouvant continuer ce travail avec brio. Nous avons connu d'autres départs qui sont très regrettables, mais qui n'ont pas empêché le parti de continuer à se massifier. Le Rewmi a une capacité de résilience extraordinaire et cela est lié au fait qu’il est devenu un patrimoine national. Ce sont les populations sénégalaises aussi bien d'ici que de la diaspora qui ont épousé le Rewmi et notre leader Idrissa Seck.

Avant Thierno Bocoum, d’autres ténors ont quitté Rewmi. D’aucuns parlent de décadence pour votre parti… Qu’en pensez-vous ?
Est-ce qu'il ne faut pas reformuler la question autrement, en parlant plutôt de la décadence de ceux qui sont partis... (Rires) Regardez-vous mêmes ? Bref, j'ai envie de dire simplement que le parti Rewmi a connu des crises beaucoup plus importantes et nous sommes toujours debout, malgré tout. Il s'est toujours remis de ces mouvements. Cela montre aussi la solidité de notre parti. Cela ne fera que nous renforcer. Rappelez-vous la trajectoire politique du Parti démocratique Sénégalais (Pds) de Me Wade avant 2000. A la veille de l'élection présidentielle de 2000, il n’y avait que le président Idrissa Seck qui, avec quelques cadres, a mené Me Wade à la victoire au moment où certaines personnes n'y croyaient plus. C'est pour vous dire que ces départs ne feront que renforcer le parti et la détermination des responsables et militants de Rewmi que nous sommes. Maintenant, il est clair que nous ne souhaitons et ne voulons aucun départ.

Certains ont déploré le mode de management de votre leader. Partagez-vous cela ?
Non, notre parti est très bien structuré et le président Idrissa Seck a mis en place une équipe dirigeante chargée de manager le parti. Il est l'un des rares leaders politiques, voire le seul, à avoir fait le pari de responsabiliser la jeunesse. Nous avons la direction politique la plus jeune sur l'échiquier politique sénégalaise. Maintenant, la perfection n'étant pas humaine, nous sommes toujours dans une dynamique de correction de certains dysfonctionnements qui ne peuvent pas manquer dans une organisation, fut-elle politique. Nous visons tous les jours la performance dans la gestion de notre parti.

Il est reproché à votre leader d’être trop distant de ses militants et des citoyens sénégalais. Peut-on conquérir un pouvoir dans ses conditions ?
Le président Idrissa Seck n'est pas distant des Sénégalais. Il est proche des gens. Seulement, Idrissa Seck n'a pas besoin de faire du bruit autour de ses déplacements. Il est en contact permanent avec ses militants et responsables. Il rend visite et reçoit beaucoup. Je ne comprends pas pourquoi vous parlez de distance. En tout cas, il a effectué plusieurs tournées à l'intérieur du pays et dans la diaspora. Maintenant, tous les moyens sont bons pour faire du dénigrement ou de la propagande pour tenter de ternir l'image de notre leader Idrissa Seck. C'est le camp adverse qui colporte ces idées, mais qu'il n'oublie pas, comme le disent nos cousins ivoiriens que : ‘’c'est Dieu qui est au volant’’.

Pensez-vous que le parti peut rebondir ?
Rebondir ? Il faut être à terre pour rebondir. Le parti est plus que jamais debout, toujours attractif et poursuit son expansion sans tambour ni trompette. Maintenant, dites-moi un seul parti qui ne traverse pas de crise ou qui ne connait pas de querelles ? Même le parti au pouvoir est miné par des querelles. En tout cas, en ce qui nous concerne, nous enregistrons chaque jour des adhésions à toutes les couches de la population. Nous avons un leader charismatique et compétent, qui a une vision claire de ce qu'il veut faire du Sénégal. Aujourd'hui, l'essentiel des Sénégalais lui reconnaissent ces qualités et la seule chose qu'ils souhaitent, c'est qu'il vienne à leur rencontre afin qu'ils partagent, avec lui, leurs préoccupations. Il a commencé à le faire et poursuivra sur cette lancée.

Propos recueillis par Serigne Mansour Sy CISSE

OUMAR SARR, «EX» MEMBRE DE REWMI : « LE PARTI A UN PROBLÈME DE GESTION INSOLUBLE »
Oumar Sarr rewmiOmar Sarr se considère comme un rewmiste « défavorable au leadership d’Idrissa Seck » et qui veut une refondation du parti. Militant depuis 2015 dans la mouvance présidentielle, Oumar Sarr est d’avis que le parti a un problème de gestion insoluble. Il reste convaincu, par ailleurs, qu’Idrissa Seck ne sera certainement plus candidat à la présidentielle.

Malgré les remous au sein du Rewmi qui continue de connaître des départs de certaines de ses grosses pointures, Oumar Sarr lui reste catégorique. «Je n’ai jamais quitté le Rewmi. Souvent, quand je parle de refonder le Rewmi, les gens pensent que c’est une autre entité. Non. Je suis avec les militants de Rewmi et nous avons contesté le leadership d’Idrissa Seck entre 2014 et 2015. Pendant cette période, il était difficile de comprendre ce que je laissais entrevoir mais aujourd’hui, l’actualité me donne raison. Je pense que le parti a un problème de gestion insoluble liée au caractère de ceux qui l’administrent», a-t-il insisté. Il a confié que tous ceux qui ne sont pas d’accord et qui pensaient qu’il avait raison sont aujourd’hui dans ce qu’il appelle, la refondation de Rewmi. «Et nous avons fait un maillage de l’étendue du territoire, ça c’est une première chose. La deuxième chose est que quand nous avions fait cela, nous sommes restés dans la mouvance présidentielle. C’est une orientation qui a été prise depuis 2015. Vous vous rappelez que j’ai été élu sur la liste de Bennoo Bokk Yaakaar et mes frères et sœurs qui sont avec moi m’avaient demandé de rester dans la mouvance présidentielle. C’est ce que nous allons poursuivre», a aussi fait comprendre Oumar Sarr.

Pour lui, aujourd’hui, il y a eu un élargissement des rewmistes. «Nous nous réunissons à notre siège. Il y a eu beaucoup de démissions avant et après nous. Ils ont demandé qu’on cherche une entité qui est beaucoup plus large. C’est ce que nous étudions». Sur ce, «allons-nous vers un parti politique ou forcerons-nous les instances du parti à tenir un congrès pour chercher une autre direction? Le débat certainement se tiendra à l’interne d’ici à la fin du mois d’octobre-novembre », a-t-il averti. Oumar Sarr informe : «ceux qui avaient quitté bien avant nous, c’est-à-dire ceux qui avaient contesté le leadership d’Idrissa Seck, la plupart d’entre eux discutent avec nous pour nous regrouper. C’est vrai qu’il y a eu des départs récents. Je n’ai pas encore parlé avec ceux auxquels vous faites allusion, mais je pense qu’on va se parler puisqu’on se connait très bien et l’on s’apprécie mutuellement». Il n’empêche, «le seul problème, c’est que nous, nous ne négocierons pas notre ancrage dans la mouvance présidentielle. Alors si j’entends d’autres avoir d’autres discours, je pense que c’est un discours certainement pour se laver à grande eau mais nous nous sommes ouverts à la discussion. Il n’y a pas de raison qu’on quitte la mouvance présidentielle. Nous nous entendons avec son leader le président Macky Sall et nous entendons travailler pour sa réélection en 2019», a-t-il ajouté.

Refonder le Rewmi
«Nous avons décidé de ne pas quitter le parti Rewmi, nous avons créé un courant qu’on appelle groupe pour la refondation de Rewmi. L’objectif est d’amener tout le monde dans cette refondation pour jeter de nouvelles bases pour un parti nouveau, conquérant, démocratique où les gens se respectent, respectent les militants du sommet jusqu’à la base. Avec la patience que nous avons, nous n’avons aucun doute que nous y arriverons », a espéré Oumar Sarr. Au sujet de leur ancrage idéologique, « il reste le même. Nous sommes des libéraux et le président Macky Sall est un libéral comme nous. Aucune difficulté sur le plan idéologique. Même les gens du Pds qui ont l’intention de venir dans notre refondation pour créer une entité plus large, plus représentative, plus implantée, ne posent pas de problème d’idéologie. Il n’y a pas de doute là-dessus», a-t-il assuré. A coup sûr, «on est bien dans cette dynamique. Ceux qui viennent de me donner raison prouvent que nous sommes dans le droit chemin mais notre porte n’est pas fermée, nous sommes ouverts au dialogue», a-t-il partagé.

Au sujet des perspectives avec Idrssa Seck, leader du Rewmi, il a affirmé qu’il est un libéral pur et dur. «Maintenant, il ne se pose plus un problème d’idéologie dans ce sens. Quand on a pratiqué quelqu’un pendant plus d’une décennie, on peut prévoir, deviner ce qu’il a l’intention de faire et ce qu’il n’a pas l’intention de faire. En tout cas, si je devais faire un pari, je dirais que M. Seck certainement ne sera plus candidat à la présidentielle au Sénégal», a-t-il prédit. Les raisons ? «Parce que connaissant suffisamment Idrissa, je ne pense pas qu’il mette de l’énergie, des moyens financiers, matériels dans une entreprise qui est déjà vouée à l’échec. Il n’ira pas vers l’échec. Nous nous allons choisir notre candidat et ce sera Macky Sall. Moi je serai très content qu’il revienne aux sentiments de 2012 quand il a décidé de le soutenir au second tour, ce serait formidable», a-t-il expliqué. Et pour le tout, «après 2024, on verra. Celui qui veut se présenter le fera connaître. Mais je pense que pour 2019, il n’y a pas d’hésitation, c’est déjà callé, nous avons décidé de poursuivre le chemin avec le président actuel », a complété Oumar Sarr.

Amadou DIOP

A THIÈS, LES MILITANTS AFFICHENT LEUR OPTIMISME
Militants RewmiLe départ du responsable nationale des jeunes du parti Rewmi, l’ex-député Thierno Bocoum, suivi de Samba Thioub, secrétaire permanent national, entre autres, est en train d’alimenter les conversations dans tout le pays et évidemment à Thiès, le sujet est tout aussi prisé.

Selon Ibrahima Bocoum, responsable à Rewmi dans la capitale du rail et par ailleurs premier adjoint au maire de Thiès-Ouest, commune du président leur parti Idrissa Seck, il est évident que leur formation politique traverse une passe difficile mais pas insurmontable. Car « le départ de Thierno Bocoum a surpris les citoyens sénégalais mais pas les responsables de Rewmi qui avaient tous constaté que Thierno Bocoum a très mal pris sa non-reconduction sur la listes des députés aux dernières législatives », a-t-il indiqué.

Or, d’après Ibrahima Bocoum, le Rewmi était parti en coalition avec d’autres formations politiques où il a fallu que chacun fasse des concessions pour que la liste des députés puisse être confectionnée sans y laisser beaucoup de plumes. « En décidant donc de quitter le parti après avoir certes fait du bon travail parlementaire qui lui a valu d’être découvert pas les sénégalais, il a pêché par jeunesse, car, au moment où il a été choisi par le parti et mis à une position qui lui a permis d’être élu, Thierno Bocoum sait qu’il n’était pas le plus légitime mais pour l’intérêt du parti, nous avions accepté », a soutenu Ibrahima Bocoum.

Convaincu que le Rewmi regorge d’autres talents à même de représenter le parti dans toutes les instances de décisions ou de représentations, il affirme que cette page sera tournée au plus vite dans les jours à venir. Car, Ibrahima Bocoum note que les responsabilités et autres avantages ne sont pas liés à la vie de l’individu puisqu’il y a un moment où tout s’arrête ou tout prend fin. « Ça, Thierno Bocoum ne peut pas l’ignorer. Il a eu un mandat et que c’est dans l’ordre normal des choses qu’il puisse être remplacé par un autre frère ou une autre sœur du parti », a-t-il ajouté.

Pour lui, nul n’ignore que Idrissa Seck demeure un rempart solide dans la défense des libertés individuelles, des couches défavorisées par un système injuste et surtout, il reste une alternative crédible au futur poste de président de la République. « Cela reste l’objectif pour 2019 et rien ni personne ne peut nous dévier de cette trajectoire », a-t-il a martelé.

Interrogé sur la question des départs de Rewmi et du recul de son score aux élections de 2007 à 2017, Pape Moussé Diop, un responsable du parti démocratique sénégalais a déclaré : « cette nouvelle forme de transhumance constatée au sein des jeunes élites des partis de l’opposition en accointance avec le pouvoir ne peut pas affecter un parti comme Rewmi car, la base affective est là debout parce qu’incontrôlable. Et comme disait Idrissa Seck, jusqu’à l’extinction du soleil, ces inconditionnels seront fidèles », a-t-il lancé. Il a rappelé que de 1977 à 2000, du député Mafall Fall en passant par Serigne Diop, Fara Ndiaye, Ousmane Ngom, le Parti démocratique sénégalais a perdu de grandes personnalités politiques du fait du pouvoir socialiste. « Mais, le socle ou l’ancrage social est resté confiant aux côtés de Me Wade. C’est cela le militantisme et on le retrouve encore à Thiès », a-t-il noté.

Adja Fall, une habitante de Thiès a affirmé : « Je ne sais pas ailleurs au Sénégal mais ici à Thiès ce que Macky Sall n’a pas réussi en 6 ans, ce n’est pas en 12 mois qu’il pourra le faire. Nous lui donnons rendez-vous aux présidentielles de février 2019 et il verra si Idrissa Seck recule à Thiès ou pas », a-t-elle confié.

Quant à Saliou Sarr, ces départs du Rewmi peuvent être perçus comme de la déception au sortir des législatives où leur leader Idrissa Seck est allé faire la promotion d’un des derniers venus sur l’échiquier politique en terme de leadership national, Khalifa Sall. « Ceci, après avoir manqué la réunification des forces libérales dans l’opposition et au sein de Manko Taxawu Sénégal », a-t-il indiqué.

Mbaye BA

PR MOUSSA DIAW, POLITOLOQUE : « LES PARTIS SOUFFRENT DE LEUR GESTION UNILATÉRALE »
Moussa Diaw politSuite à la cascade de sorties notée ces dernières années dans la formation politique Rewmi ; l’Enseignant-chercheur en Sciences politiques à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, professeur Moussa Diaw, est persuadé que le système d’organisation politique, souvent basé, sur la personne du leader, constitue l’un des principaux motifs. Il déplore également la non réglementation du financement des partis politiques, souvent source de désistement.

L’Enseignant-chercheur en Sciences politiques à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, professeur Moussa Diaw, est d’avis que les nombreuses sorties notées ces derniers temps au sein de la formation politique Rewmi traduit une crise profonde au sein de cette organisation. Il est persuadé que certains sont allés jusqu’à contester le leadership de l’actuel dirigeant du parti.

Certainement, à l’image de la plupart des partis du Sénégal, celui de Rewmi, souffre peut-être, de sa gestion unilatérale, relève-t-il. Selon lui, il faut y ajouter le fait que les instances ne se réunissent pas régulièrement. Cette gestion unilatérale est d’ordre à irriter quelques militants qui alimentent des ambitions et ne sont pas prêts à éternellement rester derrière un seul homme. Ils se disent souvent disposer de background et de bagages intellectuels, pour aller sinon aussi loin que leur leader du moins plus loin que lui. Ces ambitions poussent certains à sortir pour aller voir ailleurs, dès que l’occasion se présente à eux, relève-t-il.

D’une part, le politologue est d’avis que les partis ne recrutent plus. Ils ne créent plus suffisamment d’instances, d’échanges, de débats et de conquêtes. Cette donne fait que l’on note souvent des départs et rarement des arrivées remarquables, pour résorber ces gaps enregistrés. D’autre part, les débats sont pratiquement inexistants à l’intérieur des partis. Les militants sont, la plupart du temps, motivés par leurs ambitions, ne s’occupant guère du reste, regrette-t-il.

Le spécialiste déplore le fait qu’au sein des partis politiques, toutes les décisions tournent souvent autour d’une seule personne. C’est comme qui dirait le parti est une propriété singulière. Tout tourne autour du leader et cela pose forcement problème pour certains. Et pire, des instances d’échanges et de manifestations régulières des points de vue sont rarement créées. Certains militants ne se reconnaissant plus à travers leur leader sont parfois tentés de partir, relève-t-il. Le professeur pense que l’incarnation de ce dernier ne fait pas souvent l’unanimité. Il est persuadé de la nécessité de veiller au renouvellement de l’offre politique.

Il relève que le financement des partis constitue également une problématique. « La gestion d’un parti politique requiert forcement des moyens conséquents. Il faut aussi rappeler que depuis sa création, le Parti Rewmi a toujours évolué dans l’opposition. C’est à véritablement dire qu’il s’agit d’un parti d’opposition qui a certes un peu cheminé avec le pouvoir en place. Mais, cela n’a pas duré. Or, il n’est pas facile de s’opposer. Cette posture d’opposant rend parfois certains vulnérables et les poussent à sortir dès que l’occasion se présente », relève-t-il.

Seulement, l’analyste politique souligne qu’au rythme où vont les choses, il faut certainement s’attendre à d’autres sorties au sein du Parti Rewmi. Il est nécessaire de s’acquitter d’avec l’exigence de changer de discours et de modes de démarches. C’est le seul moyen efficace pour attirer de nouveaux militants, notamment, dans la couche des jeunes, campe-t-il.

O. BA

Last modified on mardi, 17 octobre 2017 09:37
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La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.