A quel Idrissa se fier ?

17 Oct 2017
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On ne peut pas dire, en ce moment, qu’il fait beau vivre à Rewmi, le parti d’Idrissa Seck. La dernière démission de Thierno Bocoum, le responsable le plus visible de cette formation politique est une nouvelle poussée d’air chaude qui risque de provoquer un très grand feu de forêt. Gare aux récoltes ! Le peuple de Rewmi, soumis à des vents contraires depuis que son leader a décidé de brusquer le rythme des saisons le 25 mars 2013 sur les ondes de la Rfm, ne sait plus à quel Idrissa se fier. Celui qui se promettait d’accéder à la station présidentielle à 52 ans ou celui qui a décrété, le jeudi 28 juin 2012 (l’année de ses 52 ans), « l’an zéro » de sa carrière politique ? L’homme politique à la ligne claire qui promet une opposition homérique au président Macky Sall ou le chef de parti au trait obscur qui griffonne des sentences illisibles dans son propre parti ? L’an zéro qui, dans la dialectique seckienne, a effacé la prophétie d’une accession au pouvoir en… 2012, apparaît de plus en plus comme un camouflet aux certitudes du président du Conseil départemental de Thiès. L’armée sur laquelle il comptait pour terrasser les forces ennemies ne paie pas de mine. Elle a perdu des divisions entières et autant de généraux décidés à renforcer le camp d’en face. Pape Diouf, Oumar Guèye, Youssou Diagne, Cheikh Tidiane Diouf, Nafissatou Diop Cissé, Waly Fall, Ousmane Thiongane et tous les autres qui sont partis, obligent le chef à être le pompier d’un incendie qu’il a, lui-même, allumé. Comment terrasser les dogmes, briser les idoles et casser les tabous si l’on ne veut pas, soi-même, souffrir du désir de dominer sa vie ? C’est-à-dire renoncer à une partie de soi au profit des compagnons qui ont épousé sa cause.

En politique, le style, la personnalité et la compétence ne suffisent toujours pas. La pratique a montré, à suffisance, que les équilibres, le partage des responsabilités et la capitalisation des expériences sont aussi des ingrédients de la réussite d’un parti politique. Le parti Rewmi qui s’est difficilement remis du traumatisme de mars 2012, n’a pas les forces nécessaires pour supporter la thérapie de choc prônée par son leader. La microchirurgie, l’ostéopathie ou la médecine douce eussent mieux valu. Pour ne l’avoir pas compris, Idrissa Seck fait face, aujourd’hui, à un affaissement, par pans entiers, de la structure politique qu’il espérait chevaucher pour entrer au Palais de la République. Il est loin le temps où les partis politiques se pliaient aux désidérata de leur leader. Gérer un parti, comme Me Wade l’a fait avec le Pds, est aujourd’hui une vue de l’esprit. De nos jours, les partis des tout puissants pères fondateurs sont passés de mode. Ces outils de conquête du pouvoir sont des agrégateurs de compétences, de profils complémentaires. L’aura d’une seule personne, son charisme et son génie ne suffisent pas pour escalader l’Everest. Voilà pourquoi, il faut privilégier la concertation, la négociation et la persuasion dans le management des formations politiques où il y a autant de destinées singulières que de militants. La phraséologie des « Rewmistes » aura beau qualifier les dissidents de traitres ou de renégats, mais l’absence de concertation dans le parti orange restera toujours un frein à l’épanouissement de ses responsables. Après avoir offert la mairie de Thiès à Talla Sylla, redistribué les rôles au sein de Rewmi pour consacrer Déthié Fall vice-président et la tentative de constitution, lors de la dernière législature, d’un groupe parlementaire dont les leviers essentiels étaient promis à des alliés, il est à se demander à quelle hauteur d’estime Idrissa Seck tient-il ses compagnons historiques.

S’il y a un enseignement à tirer de ces soubresauts dans Rewmi, c’est que contrairement à ce qu’il a cru, loin d’être le « sauveur », seul capable de battre le président Macky Sall en 2019, qu’un peuple unanime accueillerait avec dévotion, l’ancien Premier ministre se rend compte qu’il devra affronter une très rude opposition. Il a commis l’erreur d’afficher trop vite ses intentions en claironnant, le 25 mars 2013, que « Rewmi doxoul » (Le pays est à l’arrêt). Or, qui parle se découvre. Depuis, le camp du pouvoir s’emploie, avec une grande force de persuasion, à « retourner » les spadassins de celui qui passe désormais pour un adversaire résolu. Un président de la République, cela se sème au bon moment. Ni trop tôt, ni trop tard.

Par Sidy DIOP

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