Cascade de démissions au parti d’Idrissa Seck : Avis de gros temps sur «Rewmi»

17 Oct 2017
3398 times

Après avoir eu le vent en poupe en 2007, Rewmi fait face à une chute vertigineuse de son électorat mais aussi un départ massif de ses cadres. Cette situation est-elle synonyme de décadence de la formation politique dirigée par l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck ? D’aucuns répondent par l’affirmative sans la moindre hésitation. Mais les lieutenants ainsi que les souteneurs du président du Conseil départemental de Thiès croient toujours en la bonne l’étoile de leur parti.

En mars 2013, alors que le nouveau régime sorti victorieux de la présidentielle de 2012 fêtait le premier anniversaire de son accession au pouvoir, l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck, choisit de mettre les pieds dans le plat. A la surprise générale, le leader de Rewmi, contredit le président nouvellement élu qui soutenait que le régime sortant a laissé des caisses vides. « Wade a laissé au moins 400 milliards dans les caisses », avait rétorqué le maire de Thiès d’alors. Il entonnait le péan de la rupture en laissant entendre que « Rewmi doxoul » (le pays ne marche pas, en langue wolof). Le leader de Rewmi paie-t-il les conséquences de cette sortie fracassante ?

Ses alliés de l’Apr, pris au dépourvu, avaient usé d’armes de destruction massive pour canarder les positions de l’ancien Premier ministre. Pris sous le feu nourri du parti présidentiel, Rewmi, le parti d’Idrissa Seck, a fortement vacillé, perdant, au passage, « ses » ministres au gouvernement et ses principaux responsables. Oumar Guèye, Pape Diouf, Me Nafissatou Diop (celle que l’ancien maire de Thiès appelait « Nafissa », la précieuse en arabe), Youssou Diagne et beaucoup d’élus locaux ont rejoint le parti au pouvoir.

Le 25 mars 2013, Idrissa Seck a parlé. Trop vite. Révélant, au passage, ses intentions. « Qui parle se révèle » dit l’adage. Dans le camp du pouvoir, on a compris que le président du Conseil départemental de Thiès a commencé à débroussailler le chemin qui mène à la présidentielle de 2019 et l’on a mis en œuvre un plan pour affaiblir Rewmi et contenir les ambitions d’Idrissa Seck.

Les coups sont rudes. Au-delà du débauchage des militants et responsables rewmistes, les arguments développés par le parti au pouvoir visent à décrédibiliser le patron du parti orange en le faisant passer comme un « aigri », un « homme traumatisé » par la victoire du président Macky Sall, un politique dont le rêve de devenir le quatrième président de la République du Sénégal a été contredit par les électeurs et par le président Sall.

D’autres farouches défenseurs du maire de Thiès semblent avoir choisi de s’éloigner de la vie du parti ou de mettre en veilleuse leur carrière politique. Parmi eux, Abdourahmane Diouf, le très brillant porte-parole de Rewmi, Léna Sène et d’autres responsables. La saignée, depuis 2014, ne cesse de faire tomber des pans entiers du parti d’Idrissa Seck. Les dernières défections en date sont celles de Thierno Bocoum et de Samba Thioub.

Même s’il reconnait ces départs, Yankhoba Diatara, un des plus fidèles lieutenants du maire de Thiès, semble minimiser leur impact. « Nous avons toujours eu cette capacité de résilience qui nous permet de continuer à nous massifier encore davantage. Rewmi s'est toujours remis de ces mouvements. Cela démontre la solidité de notre parti et ne fera que nous renforcer», souligne-t-il. Oumar Sarr qui a contesté le leadership d’Idrissa Seck, entre 2014 et 2015, fustige une « mauvaise gestion du parti. « Le parti a un problème de gestion insoluble liée au caractère de ceux qui l’administrent », a-t-il indiqué.

Portant un regard critique sur les crises dans les partis politiques, notamment celle qui secoue la formation dirigée par l’ancien Premier ministre, le Pr Moussa Diaw, indexe une « gestion unilatérale ». « Cette gestion unilatérale est de nature à irriter quelques militants qui nourrissent des ambitions et ne sont pas prêts à éternellement rester derrière un seul homme. Ils se disent souvent disposer de background et de bagage intellectuel, pour aller sinon aussi loin que leur leader du moins plus loin que lui. Ces ambitions poussent certains à sortir pour aller voir ailleurs dès que l’occasion se présente à eux », analyse-t-il.

Même si Yankhoba Diatara et Oumar Sarr ne sont pas sur la même longueur d’onde sur l’impact des remous que Rewmi a connus, force est de constater que le parti dirigé par Idrissa Seck a connu un recul, si l’on se base sur les résultats qu’il a engrangés de 2007 à 2017. En conflit avec le président d’alors, Abdoulaye Wade, le maire de Thiès a déclaré, en avril 2006, sa candidature à l'élection présidentielle de 2007. Il avait appelé à la création d'une large coalition pour mettre fin au régime Wade et appliquer un plan de redressement national.

Cet appel survient après sept mois de détention de M. Seck qui a été emprisonné dans le dossier des chantiers de Thiès. Le 31 juillet 2005, l’Assemblée nationale avait voté sa mise en accusation devant la Haute cour de justice pour « détournement de fonds, atteinte à la défense nationale et à la sûreté de l'État etc. ». Bénéficiant d’une large sympathie de la part des Sénégalais au lendemain de sa libération, il est sorti deuxième derrière le candidat Abdoulaye Wade avec 510 922 voix (14,92%). Il devança, de loin, les ténors de l’opposition d’alors, Ousmane Tanor Dieng qui a eu 464 287 voix (13,56), Moustapha Niasse qui a engrangé 203 129 voix (5,93%). Beaucoup d’observateurs lui prédisaient un avenir radieux. Selon eux, il a été handicapé par les audiences qu’il a eues avec le président Wade à la veille de la présidentielle. En 2009, il gagne brillamment les élections locales dans son fief à Thiès en dépit des nombreux moyens déployés par ses adversaires.

Cependant, le maire de Thiès n’a pas pu conserver ces acquis. A la présidentielle de 2012, il chute. Et se retrouve avec 212 853 voix (7,86%). Il est loin derrière son successeur à la Primature, Macky Sall qui a réussi à se qualifier au second tour contre le candidat Abdoulaye Wade avec 26,58% (719 367). Les lieutenants du maire de Thiès expliquent cette défaite par la tension politique que le Sénégal a connue en 2012. « Est-ce que vous avez entendu ou vu une seule fois, lors de la présidentielle de 2012, le président Idrissa Seck faire un meeting ou un rassemblement pour demander le vote des sénégalais? En 2012, Idrissa Seck a été l'un des rares leaders politiques à avoir fait une candidature de combat uniquement contre un troisième mandat de Me Abdoulaye Wade », a expliqué Yankhoba Diatara.

La stratégie invoquée par M. Diatara en 2012 était-elle la bonne ? En tout cas, les élections qui ont suivi la présidentielle de 2012 n’ont pas changé la donne pour le parti Rewmi. Le leader Idrissa Seck cherche visiblement la formule magique pour redonner à Rewmi son lustre d’antan. Après avoir opté pour les attaques et les déclarations fracassantes contre le régime, Idrissa Seck semble maintenant miser sur le silence. Ce sont ses lieutenants qui vont au front. Cette mission a été assurée par Déthié Fall, le président du Parti et Thierno Bocoum, chargé de la communication. Aura-t-elle les résultats escomptés ? Thierno Bocoum a préféré désarmer alors que le parti est sorti des élections législatives avec une défaite dans le département de Thiès.

Mais aussi un nombre faible de députés. Le président du conseil départemental prépare-t-il une autre formule magique pour se repositionner sur le terrain ? Réponse avant la présidentielle de 2019.

Babacar DIONE

Last modified on mardi, 17 octobre 2017 15:37
Rate this item
(0 votes)
More in this category: « A quel Idrissa se fier ?

CanGabon90x700ok


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.